Magazine Le Mensuel

Nº 2898 du vendredi 24 mai 2013

Film

74, la reconstitution d’une lutte. De révolte et d’utopie

Depuis le 23 mai, le cinéma Métropolis à l’Empire Sofil programme la projection du documentaire atypique signé Rania et Raed Rafei, 74, la reconstitution d’une lutte. Quand le vécu croise les rêves et le réel la fiction.

1974. Un an avant la date fatidique du déclenchement de la guerre. Comme prémices, peut-être, à ce qui allait arriver. Un fait pas très connu a lieu à l’intérieur des murs de l’AUB. Des étudiants occupent les locaux de l’Université américaine de Beyrouth durant 37 jours pour protester contre l’augmentation des frais universitaires.
Rania et Raëd Rafei proposent là une relecture de ce fait. Une véritable «reconstitution» comme le dit si bien le titre. Une réappropriation aussi. Surtout. 74, la reconstitution d’une lutte est un film inclassable, entre le documentaire et la fiction, une expérience qui se vit intensément, intellectuellement, émotionnellement. La tension se perçoit au détour de chaque détail, dans la manière de filmer, dans la méthode adoptée par les réalisateurs pour pousser les acteurs à interpréter leur rôle. Un rôle qui se situe lui-même à mi-chemin, puisque les acteurs sont appelés à revivre les événements passés à leur manière.

Discussions et improvisation
Pour reconstituer cette révolte estudiantine, Rania et Raëd Rafei ont opéré un casting parmi des étudiants actuels obligatoirement activistes. Nassim Arabi, Nizar Sleiman, Rita Hedroj, Assad Thebian, Yasser el-Chami alias Molotov, Sandra Njeim, Maarouf Mawloud se donnent la réplique à l’écran, souvent filmés tout près des visages. Les discussions tournent autour de révolte, d’utopie, d’idéologie, de liberté, de changement… Chacun des protagonistes a son propre caractère qui s’affirme davantage à mesure que les minutes s’écoulent; il y a l’idéaliste, le pragmatique, le radical, l’anarchiste, le rationnel, le sceptique… Toutes ces personnalités différentes créent une dynamique de groupe qui crève souvent l’écran. Discussions ou disputes, les étudiants échangent leurs points de vue et convictions réciproques. Très souvent, les disputes prennent le pas, les voix s’élèvent. C’est que pour eux, l’enjeu est de taille. Ils jouent à interpréter leur propre rôle. Les dialogues n’ont pas été écrits à l’avance. Ils sont improvisés par les acteurs eux-mêmes à qui tous les faits de l’histoire initiale ont été contés auparavant. A leur tour de l’incarner, en fonction de leurs préoccupations actuelles, de leur militantisme d’aujourd’hui.
Entre un débat et un autre, chacun des étudiants est interviewé à part par les deux réalisateurs dont on n’entend que les voix. Filmés tout près des visages, ils sont interrogés sur une multitude de questions, touchant à leur activisme, à leurs convictions personnelles, à leur vie personnelle, à leur sentiment, à l’amour, à l’espoir, à l’idéal, à l’échec. Hésitation, mots qui se cherchent, silence. Les étudiants sont confrontés à eux-mêmes, sans fuite en avant, sans recul, sans répit. Des larmes, de la colère. De la tension encore et toujours. L’émotion est palpable à chaque minute. Une émotion due au fait que le film s’est construit au moment même du tournage, puisque les dialogues sont improvisés, les situations vécues.
Au détour d’un débat, d’une interview, le spectateur assiste également à des pans de vie de ces étudiants, à leur quotidien qui se construit et s’organise au fil des semaines, dans les locaux de l’université. Entre amour et amitié, conflit d’idées et lutte de pensées, les cigarettes se consument, la fumée se condense et les mégots s’empilent.
Rania et Raëd Rafei ont parfaitement réussi à mettre à l’écran l’ambiance qui prévalait en 74, celle de l’ébullition culturelle et intellectuelle du pays. Une ambiance qu’ils transposent au présent, sans concession. 74, la reconstitution d’une lutte marque encore plus l’actualité, au cœur du «Printemps arabe». Pourtant, Rania et Raëd Rafei avaient entamé ce projet bien avant le début de la révolte en Tunisie. Leur film se veut avant tout comme une expérimentation, comme une tentative de fouiller la mémoire réelle et la mémoire imaginée, le vécu et l’utopique, le passé et le présent. Une expérience à ne pas rater!

Nayla Rached
 

Cinéma Métropolis à l’Empire Sofil.

Encadré
Il y a aussi
Fast and Furious VI
Action de Justin Lin
L’agent Hobbs demande à Dom et à son équipe de l’aider à traquer un groupe de chauffeurs mercenaires, mené par le redoutable Owen Shaw. La seule façon d’arrêter leurs agissements est de les détrôner en surpassant leur réputation. Avec Vin Diesel, Paul walker, Dwayne Johnson…
Circuits Empire et Planète – Grand Cinemas – Cinemall.

A haunted house
Comédie de Michael Tiddes
Malcom et Keisha viennent d’emménager dans la maison de leurs rêves. Mais leur bonheur est de courte durée car ils s’aperçoivent qu’un démon habite leur nouvelle demeure. Quand le démon possède sa femme, Malcom, déterminé à sauver sa vie sexuelle, fait appel à un prêtre, à un médium et à une équipe de ghost-busters pour l’aider.
Circuits Empire et Planète – Cinemall.

Dino Time 3D
Animation de Yoon-suk Choi et John Kafka
Un groupe d’enfants va remonter le temps, par accident, pour se retrouver au milieu des dinosaures.
Circuit Empire – Grand Cinemas – Cinemall.

Du vent dans mes mollets
Comédie de Carine Tardieu
Prise en sandwich entre des parents qui la gavent d’amour et de boulettes, Rachel, 9 ans, compte les minutes qui la séparent de la liberté. Jusqu’au jour où son chemin croise celui de l’intrépide Valérie. Avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Juliette Gombert…
Grand Cinemas.

Cabriolet Film Festival
La 5e édition du Cabriolet Film Festival démarre ce soir même, vendredi 24 et se poursuit durant le week-end, samedi 25 et dimanche 26. Sous le thème du Changement, sera projetée une cinquantaine de courts métrages de 21 pays. Le rendez-vous est, comme d’habitude, sur les escaliers Saint-Nicolas, à 20h. Entrée gratuite.
Pour le programme: www.cabrioletfilmfestival.com



74, la reconstitution d’une lutte
De révolte et d’utopie

Chapo
Depuis le 23 mai, le cinéma Métropolis à l’Empire Sofil programme la projection du documentaire atypique signé Rania et Raed Rafei, 74, la reconstitution d’une lutte. Quand le vécu croise les rêves et le réel la fiction.

Texte
1974. Un an avant la date fatidique du déclenchement de la guerre. Comme prémices, peut-être, à ce qui allait arriver. Un fait pas très connu a lieu à l’intérieur des murs de l’AUB. Des étudiants occupent les locaux de l’Université américaine de Beyrouth durant 37 jours pour protester contre l’augmentation des frais universitaires.
Rania et Raëd Rafei proposent là une relecture de ce fait. Une véritable «reconstitution» comme le dit si bien le titre. Une réappropriation aussi. Surtout. 74, la reconstitution d’une lutte est un film inclassable, entre le documentaire et la fiction, une expérience qui se vit intensément, intellectuellement, émotionnellement. La tension se perçoit au détour de chaque détail, dans la manière de filmer, dans la méthode adoptée par les réalisateurs pour pousser les acteurs à interpréter leur rôle. Un rôle qui se situe lui-même à mi-chemin, puisque les acteurs sont appelés à revivre les événements passés à leur manière.

Discussions et improvisation

Pour reconstituer cette révolte estudiantine, Rania et Raëd Rafei ont opéré un casting parmi des étudiants actuels obligatoirement activistes. Nassim Arabi, Nizar Sleiman, Rita Hedroj, Assad Thebian, Yasser el-Chami alias Molotov, Sandra Njeim, Maarouf Mawloud se donnent la réplique à l’écran, souvent filmés tout près des visages. Les discussions tournent autour de révolte, d’utopie, d’idéologie, de liberté, de changement… Chacun des protagonistes a son propre caractère qui s’affirme davantage à mesure que les minutes s’écoulent; il y a l’idéaliste, le pragmatique, le radical, l’anarchiste, le rationnel, le sceptique… Toutes ces personnalités différentes créent une dynamique de groupe qui crève souvent l’écran. Discussions ou disputes, les étudiants échangent leurs points de vue et convictions réciproques. Très souvent, les disputes prennent le pas, les voix s’élèvent. C’est que pour eux, l’enjeu est de taille. Ils jouent à interpréter leur propre rôle. Les dialogues n’ont pas été écrits à l’avance. Ils sont improvisés par les acteurs eux-mêmes à qui tous les faits de l’histoire initiale ont été contés auparavant. A leur tour de l’incarner, en fonction de leurs préoccupations actuelles, de leur militantisme d’aujourd’hui.
Entre un débat et un autre, chacun des étudiants est interviewé à part par les deux réalisateurs dont on n’entend que les voix. Filmés tout près des visages, ils sont interrogés sur une multitude de questions, touchant à leur activisme, à leurs convictions personnelles, à leur vie personnelle, à leur sentiment, à l’amour, à l’espoir, à l’idéal, à l’échec. Hésitation, mots qui se cherchent, silence. Les étudiants sont confrontés à eux-mêmes, sans fuite en avant, sans recul, sans répit. Des larmes, de la colère. De la tension encore et toujours. L’émotion est palpable à chaque minute. Une émotion due au fait que le film s’est construit au moment même du tournage, puisque les dialogues sont improvisés, les situations vécues.
Au détour d’un débat, d’une interview, le spectateur assiste également à des pans de vie de ces étudiants, à leur quotidien qui se construit et s’organise au fil des semaines, dans les locaux de l’université. Entre amour et amitié, conflit d’idées et lutte de pensées, les cigarettes se consument, la fumée se condense et les mégots s’empilent.
Rania et Raëd Rafei ont parfaitement réussi à mettre à l’écran l’ambiance qui prévalait en 74, celle de l’ébullition culturelle et intellectuelle du pays. Une ambiance qu’ils transposent au présent, sans concession. 74, la reconstitution d’une lutte marque encore plus l’actualité, au cœur du «Printemps arabe». Pourtant, Rania et Raëd Rafei avaient entamé ce projet bien avant le début de la révolte en Tunisie. Leur film se veut avant tout comme une expérimentation, comme une tentative de fouiller la mémoire réelle et la mémoire imaginée, le vécu et l’utopique, le passé et le présent. Une expérience à ne pas rater! Nayla Rached
Cinéma Métropolis à l’Empire Sofil.


Encadré
Il y a aussi
Fast and Furious VI
Action de Justin Lin
L’agent Hobbs demande à Dom et à son équipe de l’aider à traquer un groupe de chauffeurs mercenaires, mené par le redoutable Owen Shaw. La seule façon d’arrêter leurs agissements est de les détrôner en surpassant leur réputation. Avec Vin Diesel, Paul walker, Dwayne Johnson…
Circuits Empire et Planète – Grand Cinemas – Cinemall.

A haunted house
Comédie de Michael Tiddes
Malcom et Keisha viennent d’emménager dans la maison de leurs rêves. Mais leur bonheur est de courte durée car ils s’aperçoivent qu’un démon habite leur nouvelle demeure. Quand le démon possède sa femme, Malcom, déterminé à sauver sa vie sexuelle, fait appel à un prêtre, à un médium et à une équipe de ghost-busters pour l’aider.
Circuits Empire et Planète – Cinemall.

Dino Time 3D
Animation de Yoon-suk Choi et John Kafka
Un groupe d’enfants va remonter le temps, par accident, pour se retrouver au milieu des dinosaures.
Circuit Empire – Grand Cinemas – Cinemall.

Du vent dans mes mollets
Comédie de Carine Tardieu
Prise en sandwich entre des parents qui la gavent d’amour et de boulettes, Rachel, 9 ans, compte les minutes qui la séparent de la liberté. Jusqu’au jour où son chemin croise celui de l’intrépide Valérie. Avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Juliette Gombert…
Grand Cinemas.

Cabriolet Film Festival
La 5e édition du Cabriolet Film Festival démarre ce soir même, vendredi 24 et se poursuit durant le week-end, samedi 25 et dimanche 26. Sous le thème du Changement, sera projetée une cinquantaine de courts métrages de 21 pays. Le rendez-vous est, comme d’habitude, sur les escaliers Saint-Nicolas, à 20h. Entrée gratuite.
Pour le programme: www.cabrioletfilmfestival.com




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