Magazine Le Mensuel

Nº 2900 du vendredi 7 juin 2013

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Livre

La Palestine, l’argent et le pétrole de Lina Murr Nehmé. L’histoire du sionisme, racontée du Liban

La Palestine, l’argent et le pétrole est le titre du premier volume de l’ouvrage L’histoire du sionisme, racontée du Liban de Lina Murr Nehmé. Magazine l’a rencontrée.

Pourquoi avoir voulu écrire ce livre? S’inscrit-il dans le prolongement de vos livres précédents?
Dans Le Liban assassiné, je raconte les racines de la tragédie libanaise en plongeant dans la tragédie palestinienne, car il y a eu une guerre civile en Palestine, entre les deux guerres mondiales. Et c’est cette guerre qui a abouti à la guerre libanaise et à toutes les autres au Proche-Orient, et qui est responsable de ce qui arrive aujourd’hui. Le désir de connaître les racines de cette guerre m’a poussée à faire ces recherches. Et j’ai trouvé que c’est le pétrole qui est responsable de la guerre. Ce vin que boivent les nations n’est pas du vin de table, mais du pétrole qui agit sur les collectivités comme du vin de table. Il les enivre, il fait qu’elles sont contentes, qu’elles ne sont plus très conscientes de la portée de leurs actes et si elles ne sont pas satisfaites, deviennent violentes.
J’évoque des faits primordiaux pour comprendre l’histoire. Et je suis scandalisée qu’on passe à côté. Comme l’affaire Dreyfus, par exemple; je suis scandalisée qu’on accuse les catholiques et qu’une grande vague de catholiques accuse les juifs. J’ai donc essayé dans ce livre de combattre le confessionnalisme. Je cherche à défendre les innocents en dénonçant les coupables. Beaucoup ont pensé qu’il s’agit d’un ouvrage anti-juif à cause du titre, L’histoire du sionisme, racontée du Liban. Mais non, il défend les innocents où ils se trouvent. Je cherche à démasquer l’histoire de propagande qu’on nous enseigne, ces choses prises littéralement avec le point de vue des chroniqueurs d’époque. Or, nous avons vu et vécu la guerre, nous savons qu’ils ne racontent pas la vérité en général. Il faut vérifier leurs dires, car il y a des puissants qui vont les faire taire, les limoger, les tuer, les soudoyer. Quand je travaille sur les chroniqueurs, je choisis mes sources parmi les ennemis de la cause qui me semble juste et innocente.

Le livre contient des faits qui sonnent un peu comme des révélations.
Il s’agit de documents qui ont été publiés mais qui ne sont pas connus. Et je les ai rassemblés, chose que personne avant moi n’a faite. Je ne pense pas qu’il y ait eu un livre défendant à la fois les juifs et les catholiques. Généralement, on met la pression pour défendre un seul côté contre l’autre. Alors que, finalement, les deux ont été bernés. Je pense que je suis l’un des seuls auteurs qui refusent de parler de juifs et d’Arabes. Je parle de Palestiniens musulmans, Palestiniens chrétiens, Palestiniens druzes et Palestiniens juifs. Même les colons entrés dans le pays prenaient la nationalité palestinienne. Donc, c’était une guerre civile palestinienne confessionnelle. Ce ne sont même pas eux les coupables, mais un personnage qui l’a été. On ne peut donc pas accuser toute une communauté à cause des actions d’une seule personne. C’est injuste. Ce n’est pas de l’Histoire, mais du confessionnalisme. J’essaie de sortir ces dossiers poussiéreux et de les regarder froidement. Moi, je n’ai pas une opinion, les faits sont mes opinions, je raconte des faits. Et je change d’opinion quand je vois des faits qui me contredisent. A peu près tous mes livres racontent des choses que je n’ai pas pensées un jour.

Quand sortira le 2e volume intitulé Qui prendra le Liban, la Syrie, la Palestine?
Ce sera dans les mois qui viennent, car plein de gens le réclament. Déjà celui-là c’est le meilleur de mes livres, sur le plan esthétique, sur le plan des scandales qu’il dénonce, le livre qui est le mieux raconté, qui fait le plus mal au cœur, et le plus important pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, qui enlève le plus de masques. Et je pense que le prochain sera encore plus fort.

Propos recueillis par Nayla Rached
 

Extrait
«On a attribué la folie qui s’est emparée de la presse et d’une partie du pays à la religion de Dreyfus. C’est faux: beaucoup de juifs étaient des détracteurs de Dreyfus et beaucoup de chrétiens le défendaient. […] La campagne médiatique orchestrée en France, voire même à l’étranger (plus de 400 articles dans le seul Times de Londres!) a transformé la tragédie en bras de fer dont le but était, pour les uns, d’humilier l’armée et la justice françaises, pour les autres, d’exploiter l’affaire à des fins confessionnelles. Pour beaucoup de sionistes, l’affaire Dreyfus était une aubaine: elle permettait de convaincre les juifs qu’ils ne pouvaient vivre avec les chrétiens. Et elle permettait de persuader les chrétiens qu’ils avaient intérêt à se débarrasser des juifs en les envoyant loin de chez eux».

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