Magazine Le Mensuel

Nº 2900 du vendredi 7 juin 2013

Hommage

Le centenaire d’Edouard Honein. La nostalgie des grands hommes

A l’initiative du club des Lion’s, un hommage est rendu au grand homme qu’a été Edouard Honein, à l’occasion du centenaire de sa naissance. Homme de lettres, poète et journaliste, ministre et député, la vie professionnelle d’Edouard Honein a débuté par une carrière d’avocat. Le choix de la Maison de l’avocat n’était donc pas un hasard pour cet hommage, hautement mérité, rendu à ce grand homme intègre, honnête, ce nationaliste obsédé par la justice et sa foi dans son pays. Il a marqué de son sceau l’Histoire du Liban contemporain, pays auquel il a voué une indéfectible passion. Pour lui, le bien-être du citoyen occupait une place prépondérante dans son cœur et dans sa vie. «Le Libanais, disait-il, a deux religions: ce que Dieu ordonne et la liberté».
Plusieurs personnalités se sont succédé à la tribune pour rappeler à ceux qui ont connu Edouard Honein et raconter à ceux qui ne l’ont pas connu, qui était cet homme et ce qu’il a fait pour ce pays qu’il a tant aimé. Son fils, qui suit les traces de ce père, dont les qualités humaines deviennent si rares dans le monde politique d’aujourd’hui, le décrit en termes poignants: «C’est la passion qui inspira l’écriture à l’homme, dit-il. De fait, parler de passion de la liberté, c’est évoquer celle de la liberté qui sous-tendait les écrits et a mis la plume entre les doigts d’Edouard Honein. Dans les moments les plus difficiles que le pays traversait, il menait avec un incomparable courage son combat contre l’injustice. Toute sa vie a été marquée par la lutte contre l’oppression sociale et politique». Le ton est donné. Salah Honein, ancien député de Baabda, homme de droit, attaché à la loi et à la Constitution, a repris devant un parterre de personnalités politiques, religieuses, médiatiques et sociales, et un large auditoire, les grandes lignes du très riche parcours du grand homme disparu. Pour Edouard Honein, l’amour de son pays était presque obsessionnel. «A quoi sert de gagner le monde entier, si nous perdons le Liban?», disait-il. Comme pour rappeler sa foi en Dieu et dans son pays, Edouard Honein a insisté pour que soit gravé sur sa tombe: «Ci-gît, celui qui croit en Dieu et en le Liban». Son fils souligne combien les principes que son père a respectés tout au long de sa vie l’ont marqué et poussé à marcher sur ses traces.

 

Edouard Honein, l’avocat
C’est le bâtonnier des avocats, fraîchement élu, Nohad Jabre, qui revient sur la carrière de juriste d’Edouard Honein, «ce brillant avocat qui a mis au service de sa profession son talent d’écrivain en publiant plusieurs articles et ouvrages, dans nombre de parutions de l’époque, pour défendre la cause de la profession et du monde de la justice. L’un de ses premiers écrits était intitulé Aider le juge à se libérer, article plus que jamais d’actualité… reprenant également le parcours politique de Honein, Jabre est revenu sur son rôle politique et son engagement auprès de Raymond Eddé, dans le parti du Bloc national. Elu député en 1957, il occupe son siège parlementaire sans interruption jusqu’en 1976 où la guerre avait empêché l’organisation d’élections. Ministre dans cinq gouvernements, il a marqué de son sceau les Affaires sociales, l’Education nationale, le ministère du Plan et celui du Tourisme. Ce fut l’un des très rares ministres à démissionner pour marquer son désaccord avec la politique du gouvernement. «L’alliance tripartite de 1968 à laquelle, non seulement il était intégré mais qui a vu le jour, entre autres, regroupait les Kataëb, le PNL et le Front national. Il fut également l’un des principaux fondateurs du Front libanais qui, créé en 1976 sous son inspiration, regroupait Sleiman Frangié, Camille Chamoun, Pierre Gemayel, Charles Malek, Jawad Boulos et Fouad Frem Boustany, auquel le liaient une grande amitié et une particulière union de la pensée».    

 

Le journaliste et l’écrivain
Nabil el-Rouss, gouverneur du district 351 des Lion’s, inspirateurs et organisateurs de cet événement, a dit avoir la joie de contribuer et de partager avec l’auditoire cet hommage rendu au grand homme, Edouard Honein qui, dit-il, «a lutté pour éviter les risques que pourrait courir son pays et le préserver de tous les dangers». «C’était un brillant avocat, ajoute-t-il, qui a sans arrêt défendu la justice et l’équité. Journaliste courageux, indépendant et libre, il a réussi à franchir les obstacles, à faire fi des menaces et du danger. Brillant orateur, il avait le don de haranguer les foules, au Liban et à l’étranger, pour stimuler leur attachement à leur pays. Un écrivain rayonnant qui a laissé ses marques dans la littérature arabe. Homme politique dont la sagesse et l’intégrité étaient notoires, il croyait profondément dans les vertus du dialogue».
Inaugurant cette rencontre de l’amitié, la journaliste Wardé Zamel a lancé un cri du cœur affirmant sa foi dans un Liban qui ressemble à celui d’Edouard Honein. Elle croit toujours, dit-elle, en cet homme et en ceux qui ont mené leur combat au sein du Front libanais et qui ont ainsi réussi à préserver la dignité nationale, alors que la machine infernale de la guerre battait son plein. Elle a énuméré une série d’idées lancées par le défunt disant combien ces mots l’interpellaient personnellement. «Parmi les phrases lancées par Edouard Honein et que je reprends à mon compte: «Moi qui ai passé ma vie au service de l’Histoire, je continue à me sentir rassuré là où nos aïeux se sont sentis rassurés et à me sentir inquiet là où eux se sentaient inquiets». «Je regarde l’Histoire comme un fils regarde son père». «Je vois l’Histoire comme un trait d’union entre les générations»…
Un documentaire retraçant le parcours riche et intense d’Edouard Honein a été présenté à un auditoire saisi par l’émotion qu’inspire le parcours national et professionnel totalement dédié à ce Liban que ce grand homme portait dans son cœur et dans ses tripes.

 

Danièle Gergès 

Il ne sera pas oublié
Toujours en hommage à ce grand homme qu’est Edouard Honein, au cours de l’année 2014, trois monuments à son effigie seront érigés, à Kfarchima son village natal, à l’université AUT à Jbeil et sur une place de Beyrouth, près du Palais de justice, comme cela se doit. Les Lion’s prennent l’initiative de créer un site électronique sur lequel tous ses écrits, ouvrages et archives seront rassemblés. Son souvenir marquera à jamais l’Histoire du pays, comme ce fut le cas d’autres grands hommes, que la jeune génération doit apprendre à connaître.

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