Magazine Le Mensuel

Nº 2910 du vendredi 16 août 2013

Confidences Moyen-Orient

Confidences Moyen-Orient

Le procès d’Öcalan n’aura pas lieu
Le leader kurde Abdallah Ocalan, détenu depuis 11 ans en Turquie, condamné à mort puis à une peine commuée à la prison à vie, n’aura finalement pas de nouveau procès. Les avocats du chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont vu toutes leurs requêtes rejetées par la justice turque. A 64 ans, Ocalan espérait que l’accord «historique», conclu de derrière les barreaux avec le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, lui permettrait un jour d’obtenir la liberté. C’était sans compter sur les puissants services de renseignement turcs, qui ont estimé que sa sortie de prison constituerait un danger pour la sécurité nationale du pays et qu’un tel geste encouragerait les autres mouvements terroristes antiturcs.   

 

Un avenir incertain
Au moment où les alliés du président algérien, Abdel-Aziz Bouteflika, tentent d’amender la Constitution pour lui permettre de rester au pouvoir jusqu’en 2016, leurs plans sont compromis par la dégradation de l’état de santé du chef de l’Etat. Depuis son accession au pouvoir, pour la première fois, Bouteflika ne participe pas à la prière de la fête du Fitr. Les analystes voient désormais l’avenir de l’Algérie en noir. Plus grave encore, le président malade n’a même pas pu recevoir, comme le veut la coutume, les chefs des partis politiques et les officiers supérieurs de l’armée au palais présidentiel à l’occasion de la fête.    

Mohammad Javad Zarif, le nouveau ministre iranien des Affaires étrangères, qui a passé la moitié de sa vie aux Etats-Unis où il a décroché sa maîtrise et son doctorat, donne un tout autre visage à la République islamique d’Iran. Connu pour ses liens étroits avec les deux anciens présidents réformateurs, Hachémi Rafsandjani et Mohammad Khatami, ce diplomate chevronné avait été mis au placard pendant les dix années de règne du président Mahmoud Ahmadinejad. Il jouera désormais un rôle prépondérant sur la scène internationale. Contrairement à son prédécesseur, le nouveau président Hassan Rohani compte redonner au ministère des Affaires étrangères ses pleins pouvoirs. D’ailleurs, les liens que Zarif a maintenus avec plusieurs politologues et experts américains lui serviront, sans doute, au cours des semaines et des mois à venir à atténuer les pressions internationales qui pèsent sur son pays.   

 

Khodeir Khozai, le vice-président irakien, a tenu des propos pour le moins ridicules, en affirmant que la santé du président Jalal Talabani s’améliorait. En réalité, le leader kurde irakien est dans le coma et serait entre la vie et la mort. Des proches du clan présidentiel avaient même révélé que cette situation durait depuis de longues semaines et que les Irakiens ne devraient plus s’attendre à un miracle. Malgré toutes ces mauvaises informations, Khodeir Khozai prétend que Talabani avait retrouvé la parole et pouvait s’asseoir et se lever sans aide.

En pointillé…
Le président soudanais, Omar Hassan el-Bachir, dont l’avion a été interdit de survoler l’espace aérien saoudien, passe un mauvais quart d’heure. Le «général-président-à-vie» a ainsi manqué la cérémonie d’investiture du nouveau président iranien, Hassan Rohani, et reçu une gifle foudroyante de la part d’un pays arabe considéré, il y a peu, l’allié de Khartoum. Entre-temps, il devra faire face à un nouveau casse-tête, puisque l’acteur George Clooney, impliqué en faveur des réfugiés du Darfour, a financé le projet d’envoi d’un satellite espion avec pour seule mission: suivre Bachir 24 heures sur 24. Un cadeau tombé du ciel pour la Cour de justice internationale qui recherche ce dernier après l’avoir condamné pour de supposés crimes commis par son armée au Darfour, des massacres qui avaient coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes.  

Combats fratricides
Les relations entre les différentes communautés irakiennes sont très tendues. Mais ce qui surprend le plus est le fait que les milices chiites se mènent une guerre acharnée pour le contrôle des principales villes du pays. De violents combats ont éclaté dans la ville d’al-Sadr, un bidonville à l’est de Bagdad, entre l’armée d’al-Mahdi, dirigée par Mouktada el-Sadr, et le groupe Asaëb Ahl al-Haq, mené par Qais el-Khazaali, un ancien partisan du Sayyed. Cette escalade est due au fait que le mouvement sadriste traverse une période tourmentée, son leader étant tenté, dit-on, d’abandonner purement et simplement la vie politique. Mouktada el-Sadr a passé les dix dernières années entre l’Iran et la banlieue sud de Beyrouth, exprimant à plusieurs reprises son dégoût de la classe politique irakienne et sa gêne face aux pressions incessantes exercées par son mentor iranien qui le force à maintenir son soutien à Nouri el-Maliki. L’homme qu’il méprise et déteste de tout son cœur. 

Une lauréate de paix dans l’embarras
La décision des autorités égyptiennes d’empêcher l’activiste yéménite, Tawakkul Karman, d’entrer au Pays des Pharaons, a braqué les projecteurs sur le rôle de cette jeune femme dans les événements en Egypte, alors qu’elle est censée être porteuse d’un message de paix. Mais Karman semble avoir révélé son vrai visage en apportant son total soutien à la Confrérie des Frères musulmans en dépit des nombreuses exactions commises par ces derniers tout au long de l’année au cours de laquelle ils ont régné. La jeune Yéménite avait posté sur sa page Facebook qu’elle comptait rejoindre les supporters de Mohammad Morsi à Rabiaa el-Adawiya, et qu’elle ne quitterait la place que lorsque le président déchu reviendrait à la tête de l’Etat. Tawakkul Karman est active au sein du parti al-Islah, connu pour ses penchants islamistes et pour ses affinités avec les Ikhwan.    

L’émir se montre clément
Cheikh Sabah el-Ahmad el-Sabah, émir du Koweït, a ordonné la libération des activistes politiques qui avaient été condamnés à de longues peines de prison pour atteinte à son auguste personne. Les bloggeurs koweïtiens, jetés en prison après des procès bidon, ont retrouvé leurs familles sans que cela ne signifie pour autant qu’ils puissent continuer à critiquer le prince, aucune mesure n’ayant modifié la loi dans ce sens. Les partis d’opposition ont, quant à eux, accueilli avec méfiance cette grâce, estimant qu’elle ne changerait rien au problème. D’où leur décision de boycotter les élections législatives. Les observateurs dans la capitale koweïtienne ont cependant salué cette main tendue par cheikh Sabah qui fait face, selon eux, à de lourdes pressions de la part de ses proches pour l’empêcher de trouver un terrain d’entente avec les forces d’opposition.     

 

Makhlouf refait surface
Selon des observateurs à Damas, la décision du président syrien, Bachar el-Assad, de permettre la création d’agences de sécurité privées, est due à plusieurs considérations. La plus importante étant son désir de légitimer la formation de milices armées proches du régime, et la seconde, redonner à son cousin Rami Makhlouf une part de son influence. Ces mêmes observateurs affirment que Makhlouf aurait déjà obtenu le feu vert du président pour créer plusieurs sociétés de ce type ce qui, non seulement, lui permettrait de réaliser des bénéfices financiers très importants, mais aussi de former sa propre mini-armée. Apparemment, le président syrien ne fait confiance qu’aux membres de sa famille: son frère Maher, chef de la 4e division d’élite de la Garde républicaine et son autre cousin, le colonel Hafez, frère de Rami.   

L’Algérie se cherche des alliés
Depuis la dernière escalade avec le voisin marocain, les responsables algériens tentent à tout prix de contourner cet obstacle de taille en renouant les contacts avec la Libye et la Tunisie. Ainsi, le Premier ministre libyen, Ali Zeidan, effectue une visite éclair à Alger, alors que le ministre des Affaires étrangères tunisien, Othman Jarandi, passe plusieurs jours en Algérie. Une visite durant laquelle des accords bilatéraux sont signés. Cette politique de rapprochement, prônée par le Premier ministre Abdel-Malek Sellal, a pour but de mettre un terme à l’isolement dont souffre son pays depuis plusieurs années au Maghreb. Sellal a d’ailleurs informé ses hôtes qu’il effectuerait durant le mois de septembre des visites à Tripoli et Tunis, désirant ainsi prouver la sincérité de ses intentions.    

3,6 milliards de dollars est le montant de l’aide apportée par la République islamique d’Iran à l’allié syrien. En effet, le gouverneur de la Banque centrale syrienne, Adib Mayala, en visite à Téhéran, avait signé plusieurs accords avec son homologue Mahmoud Bahmani pour officialiser le ravitaillement de la Syrie en pétrole. Une matière qui manque terriblement au régime de Damas, qui a besoin de centaines de milliers de litres d’essence chaque année pour approvisionner son armée chaque mois et faire fonctionner normalement sa machine de guerre. Selon les accords, la Syrie devra rembourser à l’Iran la totalité de cette somme d’ici 2018, mais sans intérêts. Il est difficile d’imaginer comment le régime de Bachar el-Assad pourra honorer ses dettes, l’économie ne fonctionnant plus depuis la destruction des infrastructures agricoles et industrielles. Le tourisme, qui rapportait plusieurs milliards de dollars par an aux caisses de l’Etat, est au point mort. Mais entre amis, on peut tout se permettre et Téhéran devra probablement renégocier ses prêts avec Damas quand le temps viendra.                

35 milliards de dollars est le volume de la dette extérieure du royaume marocain. Elle devra atteindre à la fin de l’année les 40 milliards. La principale cause de ce gouffre est l’énorme déficit budgétaire, avec des revenus à la baisse et des dépenses à la hausse. Ces difficultés seraient principalement dues aux politiques économiques prônées par le gouvernement islamiste présidé par Abdel-Ilah Benkirane. Ce dernier ne veut surtout pas voir le scénario égyptien se reproduire dans son pays. C’est pourquoi il refuse les conseils donnés par les experts économiques qui lui demandent d’augmenter les impôts. Pire encore, Benkirane ne pourra pas appliquer les réformes économiques promises par son gouvernement à cause des divisions internes provoquées par la démission des représentants du parti al-Istiklal. Or, le ministre des Finances, Nizar Baraka, est un membre de ce parti et refuse désormais de se rendre à son bureau.   

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