Magazine Le Mensuel

Nº 2919 du vendredi 18 octobre 2013

Presse étrangère

L’engrenage infernal

Cette semaine, la presse régionale et internationale se concentre sur les leçons à tirer de la crise transversale et durable que vit actuellement le Liban. Derrière le voile du désespoir, 
le désir du rebond.

The Independent
Robert Fisk, l’éditorialiste phare du quotidien britannique The Independent, revient sur la tragédie des migrants libanais morts au large d’Indonésie. Il titre sans ambages: Le négligent gouvernement libanais doit avoir honte.
C’est l’histoire de la guerre en Syrie qui a frappé à 10 000 kilomètres du front. C’est l’histoire d’une tragique ironie, d’un pays dont les autorités ne prennent aucune responsabilité lorsque leurs ressortissants meurent. Le naufrage du bateau au large de l’île de Java ne peut pas être comparé à celui de Lampedusa, mais certaines similitudes subsistent: le désespoir de ces malheureux qui veulent une nouvelle vie, les passeurs impitoyables, ces bateaux de fortune qui offrent l’illusion de la sécurité. Ce qui est différent, c’est la nationalité des réfugiés. Le Liban est un pays relativement sûr et riche, en dépit du conflit syrien et de la violence qu’il a apportée à Beyrouth ou Tripoli. Contrairement aux victimes anonymes de Lampedusa, on connaît l’identité des victimes libanaises de l’océan Indien.
Les hameaux de la rivière Bared ont été négligés pendant des années par le gouvernement de Beyrouth. Il n’y a pas d’école dans une grande partie de la région du Akkar, quelques hôpitaux, presque pas d’emplois. Les jeunes gens n’ont pas assez d’argent pour se marier. Beaucoup d’entre eux sont contraints de rejoindre l’armée afin de survivre. Les autorités libanaises se seront plus occupées d’eux morts que vivants. Qu’est-ce que cela vous dit sur le Liban?

Time Magazine
Cette semaine, Time Magazine propose un reportage sur les jeunes Libanais de Sydney pris dans l’engrenage de la violence.
Vue de loin, la ville de Bankstown, au sud-ouest de Sydney, représente un modèle de multiculturalisme. Cette cité est un fief de la communauté libanaise émigrée et est parsemée de mosquées, temples et églises. Des hommes aux traits moyen-orientaux conversent amicalement en arabe dans des cafés, alors que des femmes, voilées, flânent dans le centre commercial. Mais en regardant de plus près, on découvre l’histoire d’une communauté terrorisée par certains de ses propres membres. Les restaurateurs de Bankstown paient en effet jusqu’à 50 000 dollars par an en services de sécurité pour éviter de voir leurs commerces détruits et incendiés dans les violences entre sunnites et chiites, alors que des familles rivales échangent des tirs et se livrent au trafic de la drogue dans une apparente impunité.
Plus de 70 attaques à main armée à partir de voitures ont lieu à Sydney depuis le début de l’année, la plupart se sont produites à Bankstown. Ce genre d’attaques n’a fait son apparition qu’au milieu des années 1990, lorsque les enfants et les petits-enfants d’immigrés libanais ont surgi sur la scène du crime organisé. Keysar Trad, un éducateur d’origine libanaise, estime que la criminalité dans la communauté libanaise est le résultat de parents très stricts, qui attendent de leurs enfants d’exceller à l’école, et du racisme auquel ils font face.

Huffington Post
James Zogby, président du puissant Arab American Institute aux Etats-Unis, publie une tribune sur le site du Huffington Post, consacrée à la situation du Liban.
Une attention immédiate doit être accordée au Liban, de peur qu’il devienne la énième victime du conflit qui fait rage à côté. Aujourd’hui, le pays est au bord du gouffre. Mais plus que la violence ou la crainte d’une nouvelle guerre civile, ce qui pousse le Liban au bord du gouffre, c’est le flot de réfugiés syriens qui asphyxie le pays, menacé d’effondrement économique, et met à l’épreuve la survie de l’Etat.
Il est légitime que l’attention du monde ait été attirée par le sort terrible de ces réfugiés, mais l’ampleur de cette marée humaine doit également être prise en compte.
Beaucoup se sont entassés dans des appartements à faible loyer. Résultat, pénurie de logements et hausse incontrôlée du prix des loyers − jusqu’à 44% dans certaines régions. D’autres se sont regroupés à la marge des communes pour créer des villes de tentes, des colonies sauvages dont le nombre est estimé à 1 500 à travers le pays.
Parce que les réfugiés syriens, souvent prêts à travailler pour peu, ont inondé le marché du travail, les statistiques officielles indiquent maintenant que le salaire moyen a chuté et que 20% des Libanais sont aujourd’hui au chômage.
Les 90 000 enfants syriens inscrits dans les écoles locales ont créé un problème de surpopulation ingérable pour l’Education nationale. Les prix de l’eau, du gaz et de l’électricité ont augmenté de 7,4% en un an et certains médicaments sont aujourd’hui en nombre très insuffisant.
Il faut s’attendre à ce que cette situation conduise à de violentes tensions sociales. Les sondages indiquent que les Libanais sont devenus amers et vivent cette situation comme une invasion.

Al-Hayat
Une autre tribune fleuve, rédigée cette fois par l’ancien ministre Marwan Hamadé et publiée dans les colonnes d’al-Hayat. Son injonction? Le Liban doit être neutre.
La question n’est pas hypothétique. Elle comprend une série de mesures qui doivent être prises pour préserver et protéger une nouvelle réalité libanaise. Cela peut sembler difficile à atteindre dans les circonstances actuelles, mais si l’option de neutralité était approuvée par le peuple libanais, elle serait facile à mettre en œuvre. Vu que le Liban est unique, nous devons créer une formule unique qui garantit et protège la décision de neutralité, à la manière du modèle suisse.
Je vais être franc en abordant le volet palestinien de cette neutralité. Notre position face à Israël est unanime, mais la stratégie de libération de la Palestine annule l’idée de neutralité. Non au Fatehland, non au mini-Etat du Hezbollah, non au front ouvert d’al-Qaïda. Dans l’un de ses récents essais intitulé Les guerres volées, l’écrivain israélien Uri Avnery pense que l’Iran de Hassan Rohani, avec l’appui du guide suprême Ali Khamenei, s’engage sur une voie plus pacifique qui mettrait son intérêt économique et le développement social au-dessus de ses rêves impériaux et de son obsession de l’arme nucléaire. Ce changement va déjouer les plans des fans, en Occident et en Orient, des guerres insensées. Les fermes de Chebaa ne serviront plus de prétexte. La politique de dissociation suivie par le Liban devrait également être adoptée par nos pays voisins afin qu’elle soit viable.
Il n’y a pas de place pour la formule «Peuple, armée, résistance». Notre peuple ne fait qu’un. Notre armée est indivisible et notre résistance émane de l’unité du peuple et de l’armée. Notre résistance ne doit être ni une entité indépendante, ni une référence différente de l’autorité légitime. 


Julien Abi Ramia

La «bière branchée»
Le site Slate.fr parle de la 961, «bière branchée». Sensiblement au même prix que la Almaza, 961 est distribuée dans 300 points de vente du Liban et est servie en pression dans trente-cinq bars de la capitale. Mais beaucoup de bistrots, même branchés, ne la proposent pas. Comme Almaza, qui est un emblème national, 961 se veut pourtant patriotique. 961 est l’indicatif téléphonique international du Liban et la firme utilise autant que possible des ingrédients de 
producteurs nationaux.
C’est aussi une bière écolo, proposée dans un verre brun et non vert, comme l’exigent les meilleures conditions de préservation à la lumière. 961 doit également être servie à tout prix dans un verre, et non bue au goulot. Plusieurs années durant, l’injonction apparaissait sur une étiquette collée aux bouteilles. L’entreprise refuse les additifs chimiques et poursuit un objectif d’empreinte carbone à zéro.

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