Magazine Le Mensuel

Nº 2919 du vendredi 18 octobre 2013

Affaire Déclassée

Morts suspectes en 1959. Une année noire de la médecine

En 1959, les corps médical et pharmaceutique sont sous le choc. Des médicaments viciés ou des négligences du corps médical étaient mis en cause dans plusieurs décès. La justice est saisie de tous ces cas.

Le 17 septembre 1959, le pharmacien René Farhi et son laborantin Moussa Sejean, sont arrêtés, alors que le propriétaire de la pharmacie, Joseph Farhi, fait l’objet d’un mandat de recherche. L’enquête porte sur le décès d’une jeune fille de 15 ans à l’hôpital Saint-Georges des suites d’une simple ablation des amygdales. La pharmacie Farhi avait fourni l’anesthésique, supposé vicié. La famille de la jeune fille porte plainte. Deux autres personnes sont mortes dans des conditions similaires et leurs familles portent également plainte. Plusieurs hypothèses sont avancées. Celle que l’anesthésique soit à l’origine de ces drames semble la plus retenue. La justice refuse de relâcher, sous caution, le pharmacien Farhi et le laborantin, avant les résultats de l’examen du dossier et la détermination des raisons du décès de ces trois personnes quel que soit le temps que cela prendra.
Mais le 18 novembre, après un arrangement, deux des trois familles des victimes de l’anesthésique utilisé ayant retiré leurs plaintes, la justice décide de libérer Farhi et Sejean sous caution. Le dossier n’est pas clos pour autant. Le ministère public poursuit son action en attendant de déterminer si le produit utilisé était la cause directe des décès. L’affaire ne va pas plus loin.
Le 30 septembre 1959, Ibrahim Abdel Aal, directeur général des grands travaux hydroélectriques, succombe à l’Hôpital américain des suites d’une transfusion sanguine. L’affaire suscite un émoi général, en raison de la personnalité de la victime. Le Dr Raïf Jaber, responsable de la transfusion, est arrêté début octobre.
Les médecins et le personnel de l’hôpital observent une grève générale, pour revendiquer la relaxation du médecin. Selon une commission médicale, le décès de Abdel Aal est dû à un simple choc accidentel, le corps ayant rejeté la transfusion, ce qui peut arriver à toute personne sensible et fragile.
Deux jours plus tard, les médecins lèvent la grève et décident de laisser à la justice le soin de se prononcer et de déterminer les raisons du décès. En attendant les résultats et les rapports médicaux, la justice relâche le Dr Jaber sous caution.
Le 23 décembre 1959, la commission médicale soumet son rapport final sur l’affaire. Elle indique que le sang transfusé à ce dernier était contaminé, mais estime que la contamination aurait pu survenir après la transfusion.
L’affaire traîne. Ce n’est qu’en mars 1960 que l’acte d’accusation est émis. Le Dr Raïf Jaber et deux infirmiers de l’Hôpital américain de Beyrouth sont jugés coupables de négligence et d’avoir, par imprudence, provoqué la mort de Abdel Aal. Une peine de six mois à trois ans de prison est requise. Les héritiers de Abdel Aal avaient demandé une indemnité d’un million et demi de livres libanaises.
Début mars 1961, la surprise est grande quand le juge unique, Nabih Badri, acquitte le Dr Jaber et les deux infirmiers arguant du fait que le sang transfusé n’était pas vicié. Il a estimé que la mort de Abdel Aal était due à un accident médical, une incompatibilité du malade. Dès lors, les responsabilités du médecin, des infirmiers et de l’hôpital ne sont pas retenues, et les héritiers de Abdel Aal sont déboutés de leur demande d’indemnité.

Arlette Kassas

Les informations citées dans cet article sont retirées du Mémorial du Liban: le mandat Fouad Chéhab de Joseph Chami.

Mort à l’hôpital
Au cours du même été de 1959, le 11 août, un patient, Mounzer el-Mounzer décède des suites d’une opération d’hernie à l’hôpital Saint-Georges. Le docteur Nicolas Abdouche, qui l’a opéré, est arrêté près d’un mois plus tard et relâché sous caution. Une commission médicale formée par l’Ordre des médecins a conclu que le décès de Mounzer avait été provoqué par la rupture d’une artère alors qu’il était sous opération.

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