Magazine Le Mensuel

Nº 2920 du vendredi 25 octobre 2013

Affaire Déclassée

L’attentat manqué contre Joumblatt. La Montagne, victime de violences

A la fin de l’année 1982, le Liban est le premier pays arabe victime d’une occupation 
israélienne. Plusieurs de ses régions, et même Beyrouth, la capitale, sont envahies par 
les forces israéliennes. La Montagne est alors à feu et à flamme. Le leader druze, Walid Joumblatt, échappe miraculeusement à un attentat.

Né le 7 août 1949 au Chouf, Walid Joumblatt est l’héritier d’une vieille famille aristocratique druze. Les Joumblatt ont eu un rôle important dans l’histoire de cette communauté. Walid a pris la direction du parti socialiste progressiste (PSP) après l’assassinat de son père Kamal en mars 1977. Son principal adversaire dans la communauté est le cheikh druze Farid Hamadé. Walid bey, pour ses proches et ses partisans, fait le choix de s’allier à la Syrie. Cela le laissait seul maître de la situation.
En juin 1982, avec l’invasion israélienne, il prend le parti de la neutralité et n’engage pas ses combattants contre le bataillon druze de l’armée israélienne qui se déploie au Chouf. La région traverse alors une rude période. Les combats entre le PSP et les Forces libanaises font rage.
Fin novembre, Walid Joumblatt tente de calmer le jeu à la Montagne. Il rencontre Camille Chamoun à Baabda. Les deux leaders s’entendent sur plusieurs points. La rencontre est qualifiée de positive. Une autre réunion entre les deux hommes permet de finaliser un accord mettant fin aux accrochages opposant les milices du PSP de Joumblatt et les Forces libanaises.
Le 1er décembre 1982, une voiture chargée de 40 kg de TNT explose au passage de Walid Joumblatt à Kantari. Il rentrait d’un déjeuner avec son épouse et un ami. Sa voiture, une Mercedes qu’il conduisait lui-même, est blindée. Il est légèrement blessé à la main et au pied. Son épouse n’a que quelques égratignures, mais son garde du corps et deux passants trouvent la mort. Et comme d’habitude, les criminels sont reconnus mais jamais arrêtés.
Cet attentat manqué n’a pas influé sur la volonté d’épargner la Montagne de la violence en progression. Les contacts se multiplient et se poursuivent, d’autant que de durs combats sont signalés à Brih dans le Chouf, et d’autres non moins violents dans le caza d’Aley où les routes sont complètement coupées. Les rapts sont fréquents et les corps de partisans des deux camps jonchent les routes de la Montagne.
Israël ne souhaitait en aucune manière que la situation s’apaise. Son occupation de la Montagne depuis quelques mois lui permet d’imposer sa volonté. Il torpille l’accord conclu entre le PSP et les Forces libanaises portant sur le déploiement d’une force mixte formée d’éléments de l’Armée libanaise, des Forces de sécurité intérieure et de ceux de la Sûreté générale. La tension continue à régner et à s’étendre. La violence frappe les deux régions du Chouf et de Aley, où des prises d’otages sont enregistrées sur une large échelle.
Les premiers mois de 1983, la situation ne s’améliore pas. Le nouveau chef d’Etat, cheikh Amine Gemayel, élu en septembre 1982, se heurte à de grosses difficultés. Après l’accord  du 17 mai, la situation dégénère dans la Montagne. Le Liban entre dans une nouvelle ère, l’ère syrienne.

Arlette Kassas

Les revendications druzes
En mai 1983, la communauté druze présente des revendications au chef de l’Etat, Amine Gemayel: la création d’un Sénat qui, avec le Parlement, élira le président de la République et 
comptera un nombre égal de membres pour les six grandes communautés du pays. Le 
Premier ministre sera désigné par le Parlement; le regroupement des cazas de Rachaya et de Hasbaya en une même mohafazat et la division du Mont-Liban en deux mohafazats: la première comprenant le Chouf, Aley et le Haut-Metn, et la deuxième les autres régions; la création d’une Haute Cour de justice et le rétablissement des pouvoirs du chef de l’état-major.

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