Magazine Le Mensuel

Nº 2926 du vendredi 6 décembre 2013

à la Une

Espionnage. L’œil de la NSA «veille» sur le Liban

Depuis la nuit des temps, les services de renseignement de tous les pays du monde utilisent nombre de techniques illégales pour capter les secrets d’Etat ou même la vie privée des gens, sous prétexte de protéger leur sécurité nationale et de traquer les terroristes. Citoyens, dirigeants, entreprises, Etats… nul n’est à l’abri. Il y a quelques semaines, un scandale a secoué les Etats-Unis: La NSA aurait mis sur écoute le président français François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel, trente-cinq chefs d’Etat et des milliers de personnes dans le monde, ce que l’agence s’est empressée de nier, puis de nuancer.
 

Au Liban, les mobiles des utilisateurs libanais sont-ils, eux aussi, concernés par ces écoutes? «Sans aucun doute, affirme un haut fonctionnaire du ministère des Télécommunications, qui souhaite garder l’anonymat. «Dans ce bras de fer que se livrent les grandes puissances et certains pays du Moyen-Orient, les Etats-Unis sont plus vigilants que jamais, d’autant plus qu’ils craignent pour leurs intérêts au Liban. Ils n’ont donc aucun scrupule à «traquer» les lignes téléphoniques des personnes représentant pour eux un éventuel danger, ainsi que la majorité de celles des hommes politiques. Les familles et les proches de ces derniers ne sont pas épargnés. Des personnes et des institutions jugées «intéressantes» n’y échappent pas et cela sans le moindre scrupule.
Que fait l’Etat libanais pour contrer cette violation de la vie privée? «Il est très difficile de savoir exactement qui est sur écoute et qui ne l’est pas. Qui sont les services de renseignement locaux ou internationaux qui interceptent les communications? Ce que l’on sait c’est que les téléphones mobiles et les réseaux sociaux sont relativement faciles à espionner». Selon ce même informateur, certaines autorités officielles et institutions collaborent avec les Américains ainsi qu’avec d’autres services de renseignement amis sur ces opérations.

 

Le modus operandi
Toujours selon le fonctionnaire que nous avons rencontré, la méthode est classique. «Quand certains numéros de téléphone sont utilisés, ils activent un signal chez les instances à l’écoute, déclenchant automatiquement l’enregistrement des conversations. Cette surveillance englobe aussi les SMS et leur contenu en fonction de mots-clés qui intéressent les services de renseignement. En principe, les citoyens ciblés sont ceux qui sont suspectés d’avoir des liens avec les terroristes, mais aussi avec le monde de la politique, des affaires ou des administrations étatiques. Le téléphone mobile représente donc un risque majeur, les données comprenant non seulement l’heure, la durée, la source et le destinataire, mais aussi une localisation géographique approximative de l’appel. Les données enregistrées pour chaque appel sont d’une importance capitale pour la surveillance». Toujours, selon notre interlocuteur, «les portables de troisième génération sont plus difficiles à surveiller car ils utilisent une transmission compressée et numériquement encodée. Cependant, les autorités peuvent intercepter les téléphones mobiles en coopérant avec les services téléphoniques. Cette coopération reste ultrasecrète si elle est justifiée par des raisons sécuritaires». Certains fonctionnaires, cependant, collaborent dans la plus grande discrétion, contre des pots-de-vin, avec certains services de renseignement auxquels ils facilitent la tâche». Il est encore plus facile d’espionner les réseaux sociaux, affirme notre source dont les propos sont confirmés par les dernières révélations du Washigton Post en se basant sur les documents d’Edward Snowden. Ce dernier y explique comment la NSA a procédé pour récolter les données privées des utilisateurs de Google et Yahoo! Le Monde qui se réfère au journal américain, divulgue l’existence d’un programme de la NSA, appelé Muscular, dont le but est de surveiller justement les serveurs de Google et Yahoo!
L’agence américaine y parvient en infiltrant l’infrastructure interne des géants du Web, les liens entre les serveurs, et en stockant et organisant les données de leurs utilisateurs. Avec la coopération des services secrets britanniques, elle copie des quantités de données qui passent à travers les câbles en fibre optique reliant ces serveurs entre eux. Une position stratégique qui lui permet de récolter les données de centaines de millions d’utilisateurs, poursuit le Washington Post, qui écrit que le programme Muscular a recueilli, du 9 décembre au 9 janvier 2013, 181 280 466 nouveaux documents, «allant des métadonnées qui indiquent l’origine de l’envoi, le moment de son arrivée au destinataire de l’e-mail, ainsi que les teneurs: textes, sons et vidéos». L’objectif est de pouvoir contourner les limitations légales imposées à l’agence sur le territoire américain. Une telle collecte à grande échelle serait en effet illégale aux Etats-Unis. Le piratage opéré à l’étranger, la Foreign Intelligence Surveillance Court [juridiction supervisant les mandats autorisant la surveillance] n’a plus son mot à dire. Ceci étant alors hors de sa juridiction. Le programme Muscular exploite une faille fondamentale, selon le Washington Post. Les centres de données de Google et Yahoo! sont reliés à travers quatre continents par des milliers de kilomètres de fibre optique. Pour fournir à leurs millions d’utilisateurs à travers le monde leurs services de courriel, d’agenda ou de recherche, Yahoo! et Google synchronisent d’importants volumes de données à travers leurs propres serveurs. Le réseau interne de Yahoo! transmet ainsi, parfois, des années d’archives de messages et de pièces jointes d’un centre de données à l’autre. Exploiter le nuage de Google et de Yahoo! permet donc à la NSA d’avoir «un regard rétrospectif sur l’activité ciblée», selon un document interne de l’agence américaine. Pour ces deux sites, il s’agit de piratage n’ayant jamais autorisé la NSA à accéder à leur nuage. «Nous n’avons pas autorisé l’accès à nos centres de données à la NSA ni à tout autre organisme gouvernemental», assure un porte-parole de Yahoo! et Google se dit «scandalisé» par ces allégations, démenties par la NSA».
«Des téléphones sécurisés sont apparus sur le marché, explique le haut fonctionnaire du ministère, mais ils sont chers et incompatibles entre eux. Les cartes prépayées sont disponibles et aucun nom ou adresse ne sont associés au numéro. En outre, il n’existe pas d’informations sur la facturation. Toutefois, dès qu’un utilisateur d’un tel téléphone est identifié, toutes les informations peuvent être retracées avec l’«International Mobile Equipement Identification» (IMEI) intégré et encodé à chaque téléphone mobile. L’IMEI émis par le téléphone ne change pas, indépendamment de la carte Sim. Il est même transmis quand la carte Sim n’est pas engagée dans le téléphone. Si vous souhaitez garder votre anonymat et éviter les écoutes, il est nécessaire de remplacer périodiquement le téléphone et la carte Sim. Pour l’anonymat complet, il est recommandé de ne pas avoir sur soi un téléphone mobile, l’information pouvant être transmise au réseau et accessible depuis le réseau même si le téléphone est éteint. C’est pourquoi il est conseillé d’enlever la batterie du mobile. En ce qui concerne les réseaux sociaux, il n’y a absolument rien à faire, les services de renseignement pouvant intercepter tout message, toute photo, tout site visité…».

 

Le Hezbollah… impénétrable
La question peut sembler naïve, nous avons quand même tenté notre chance auprès de diplomates américains en mission à l’ambassade des Etats-Unis au Liban. Ils n’ont pas souhaité se prononcer sur le sujet. Pourtant, en juin dernier, le directeur national du Renseignement américain avait expliqué que «toutes les personnes ciblées à l’extérieur des frontières américaines ne sont pas visées sans motifs justifiés, tels qu’une menace terroriste ou une prolifération nucléaire». Sur son site Internet, la NSA réplique: «Si vous n’avez rien à cacher, vous n’avez rien à craindre».
Tristan Ash, général américain responsable de la lutte contre le terrorisme – actuellement à la retraite – fait des révélations explosives sur le monde secret de l’espionnage. Cité par le quotidien koweïtien al-Anbaa, il déclare: «Dans tous les pays du Moyen-Orient, les chefs d’Etat, présidents, responsables et partis politiques, amis des Etats-Unis ou leurs homologues ennemis, sont sur la liste des écoutes permanentes». Toujours selon Ash, «le Hezbollah est le seul parti politique qui n’a pas d’empreinte électronique permettant de l’espionner. Cela est dû au fait que le parti utilise un réseau filaire, même si certains responsables utilisent le réseau de téléphonie mobile qui leur est personnel, permettant aux services de renseignement américains de capter des informations, pas toujours de première importance, mais suffisantes pour ne pas rester dans le noir le plus total». Le général révèle également la difficulté, sinon l’impossibilité, d’espionner toutes les lignes au Moyen-Orient sans être de connivence aves les autorités locales qui, dans la majorité des cas, facilitent la tâche».
Tristan Ash assure qu’après le 9 septembre 2001, l’ordre a été donné de transformer toute chancellerie dans le monde en centre d’espionnage et les diplomates sont équipés de matériel d’espionnage extrêmement pointu au point où chaque ambassade est devenue une réplique de la NSA». «Il en est de même pour les navires de guerre amarrés sur les côtes, précise-t-il. Il existe un impressionnant dictionnaire à la disposition des services de renseignement: si les expressions explosifs, roquettes, Etats-Unis, Israël, Hezbollah, al-Qaïda et bien d’autres sont prononcées, toute la conversation est analysée en fonction de la banque de données précises». 


Danièle Gergès

Des chiffres effarants
On constate que sur une période de trente jours, du 10 décembre 2012 au 8 janvier 2013, 70,3 millions d’enregistrements de données téléphoniques des Français ont été effectués par la NSA. (Source Le Monde).
La NSA a collecté 124,8 milliards de DNR et 97,1 milliards de DNI dans le monde dont, bien évidemment, des zones de guerre comme l’Afghanistan, ainsi que la Russie ou la Chine. En Europe, seuls l’Allemagne et le Royaume-Uni dépassent la France en termes de nombre d’interceptions. (Source Le Monde).
La NSA, déjà impliquée dans des écoutes en France, au Brésil et au Mexique, a mis sur écoute trente-cinq dirigeants de la planète (Source The Guardian).

Le Liban espionné par Israël
Les Commissions parlementaires des Affaires étrangères et des 
Télécommunications se sont réunies en présence de vingt-sept ambassadeurs pour débattre de l’espionnage du Liban par Israël, le 28 novembre. Un film sur les installations israéliennes à la 
frontière libanaise a été diffusé. Absence remarquée celle de 
l’ambassadeur des Etats-Unis.
Les systèmes d’écoute israéliens sont déployés le long de la frontière sud notamment à Naqoura, Meis al-Jabal, Adayssé, les fermes de Chébaa et Abassiya… Il s’agit d’antennes de réception, de radars, d’analyseurs de réseaux, ainsi que de robots remplaçant les soldats israéliens. Composée de six personnes représentant le ministère des Télécommunications et la direction de l’armée, une commission s’est rendue des dizaines de fois sur les lieux au Sud et un plan évoquant les dangers causés par ces antennes d’écoute a été 
transmis au ministre des 
Télécommunications, Nicolas Sehnaoui. Une copie de ce rapport a été remise au chef du Parlement Nabih Berry.
Ces équipements sont capables 
d’identifier la nature de ces engins (volume, orientations, hauteur) à 
300 mètres de distance. La commission a aussi observé Jal al-Alam près de Naqoura (2e plus grand site d’espionnage israélien après celui de Abbad), 
reconstruit après sa destruction par le Hezbollah, en 2006. Selon la commission, le site de Jal al-Alam est le plus 
compliqué vu qu’il est équipé de radars liés aux sites du Mont Hermon et des fermes de Chébaa. Il s’est avéré que le site de Jal al-Alam espionne les deux entreprises de télécommunications mobiles libanaises touch et alfa.
Selon la commission, il est 
techniquement possible de brouiller les écoutes israéliennes et de les empêcher relativement de capter les ondes 
libanaises, en érigeant des antennes qui les entravent.

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