Magazine Le Mensuel

Nº 2930 du vendredi 3 janvier 2014

Livre

La matriarche de Fouad Tabet. «L’argent ne symbolise pas le bonheur»

Dans son second roman, La matriarche, Fouad Tabet raconte la vie d’une jeune Colombienne, Mariecitta, qui a pris la ferme décision de réussir dans la vie. Tragédies et aventures caractérisent son parcours. Habituée à vivre dans le luxe et le faste, le jour où elle manque de moyens, elle décide de se lancer dans le trafic de la drogue et le blanchiment d’argent.
 

D’où vous est venue l’idée de ce livre?
Des expériences que la vie m’a apportées. J’ai côtoyé beaucoup de personnes qui ont eu dans leur parcours des hauts et des bas. Mon imagination a fait le reste.

Votre héroïne est pétrie d’ambition, mais manque de scrupules puisqu’elle n’hésite pas à plonger dans un trafic de drogue. En quoi ressemble-t-elle aux femmes libanaises, elle, qui est certes colombienne, mais d’origine libanaise?
Non, elle ne manque pas de scrupules. Bien au contraire. Elle a l’ambition de donner à ses enfants une vie telle qu’elle l’imaginait quand elle était riche et n’avait pas besoin de compter. Elle craint que ses enfants ne puissent, dans ce monde trouble et difficile, jouir des belles choses de la vie. Elle a voulu leur donner l’option de choisir des carrières permettant de satisfaire leurs souhaits. Il existe au Liban une large catégorie de femmes, toutes religions confondues, qui souhaitent à leurs progénitures un avenir heureux. C’est là où elle rejoint la mentalité libanaise, loin de l’égoïsme de beaucoup de sociétés occidentales.

L’argent est donc, pour vous, signe de bonheur?
Ce n’est pas nécessairement les meilleurs moyens, le trafic et le blanchiment pour améliorer son train de vie, mais encore faut-il tenir compte du coefficient temps. Certes, quelle que soit la carrière d’un homme ou d’une femme, ils ont besoin d’un minimum de dix ans pour s’affirmer matériellement. Je pense personnellement que, dans le cas de mon héroïne et vu ses responsabilités familiales, elle n’avait pas le temps de s’établir dans une carrière qui lui permettrait de vivre à l’aise comme elle avait été habituée à le faire. L’argent ne symbolise pas le bonheur mais c’est un véhicule qui permet à ceux qui en possèdent de se rapprocher autant que cela se peut d’une vie tranquille loin des contraintes du quotidien. En aucune manière, l’argent est une fin en soi.

Mariecitta est une aventurière qui a des relations sexuelles avec tout le monde sauf avec son mari. Elle est toutefois une bonne maman dont le souci majeur est de protéger ses enfants. Comment expliquez-vous les contradictions de sa personnalité?
Il ne faut pas oublier que, dans l’intrigue de ce roman, Mariecitta a épousé son mari non par amour, mais uniquement par confort pour être aux côtés de son beau-frère qui était son amant. Ayant perdu sa virginité avec cet homme qu’elle a adoré et cet amour ayant été éteint par la mort accidentelle de son amant, elle ne ressentait plus aucune attirance pour son mari si ce n’est que pour faire des enfants.

Votre premier roman, Opération Golfe, est un livre d’espionnage. La matriarche s’attarde sur le trafic et le blanchiment. Comment expliquez-vous cet 
engouement pour le suspense et l’interdit?
Je suis un lecteur de Ken Follett. J’ai toujours aimé chez cet auteur la mouture de ses romans où, à la fin de chaque page, on cherche tout de suite à lire la suivante. En écrivant mes romans, je me suis placé en position de lecteur pour me permettre de lui donner ce même goût du suspense. Les lecteurs qui ont lu l’un ou l’autre de mes livres m’ont dit avec quelle avidité ils parcouraient les deux ouvrages.

Vos projets d’écriture?
J’écris un troisième roman, l’histoire de la saga d’une grande famille libanaise des années 1820 à 1920 sous l’occupation ottomane.

Parmi vos passions aussi la peinture, la musique 
et la danse…
Dès l’âge adulte, mes camarades passaient leurs après-midis à jouer aux cartes. Pendant ce temps, je flirtais avec leurs copines ou je peignais ou écrivais. Je prépare une exposition pour le début de l’année où je vais présenter quarante de mes œuvres. C’est ma seconde exposition.

Propos recueillis par Danièle Gergès.

En bref…
Homme d’affaires, Fouad Tabet cultive plusieurs hobbies: la peinture, l’écriture, la musique et la danse. Des moyens d’évasion qui le tiennent loin des vicissitudes de sa vie professionnelle. Il a déjà publié un roman d’espionnage intitulé Opération Golfe.

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