Magazine Le Mensuel

Nº 2945 du vendredi 18 avril 2014

Confidences Moyen-Orient

Confidences Moyen-Orient

Irak: unis contre le tyran!
Avec l’approche des élections parlementaires irakiennes, les divers mouvements politiques se sont rassemblés afin de bloquer la route au Premier ministre sortant, Nouri el-Maliki, qui espère former un troisième gouvernement. Ce scénario a réuni les ennemis d’hier tels l’ancien Premier ministre et chef de la Liste irakienne, Iyad Allaoui, le président du Conseil suprême islamique irakien, Ammar el-Hakim, le chef de l’Alliance kurde, Massoud Barzani, et le chef du bloc Ahrar, Mouktada el-Sadr. Ces derniers se sont entendus sur la nécessité de se débarrasser de Maliki en formant une large alliance jouissant d’une majorité parlementaire. Mouktada el-Sadr, à l’origine de ce plan, veut ainsi mettre son ennemi juré hors jeu, forçant l’Iran à se choisir un nouveau poulain.

 

Le Polisario accuse le Maroc
Le Front de libération du Sahara occidental, le mouvement Polisario, a adressé une lettre aux Nations unies, accusant le Maroc de tout mettre en œuvre pour saboter les négociations qui se déroulent sous l’égide de l’émissaire international, Christopher Ross. Ahmad Boukhari, représentant du mouvement à New York, a qualifié Rabat de colonisateur, insistant sur le fait que le royaume chérifien faisait tout pour nuire au droit du peuple sahraoui de décider de son destin. Ces accusations ne prédisent rien de bon avec l’approche des pourparlers prévus, de longue date, par Ross, en vue de mettre fin à un conflit qui dure depuis des décennies.

Abdallah II le roi de Jordanie, a évité la tempête qui s’est abattue sur un grand nombre de leaders arabes depuis la Révolution des Jasmins, en Tunisie, jusqu’à la guerre qui déchire la Syrie et le séisme politique qui secoue toujours l’Egypte. Alors que Riyad et Doha se disputent, le monarque hachémite parvient à maintenir de bons liens avec les deux pays, sans prendre parti pour l’un au l’autre. Une politique de neutralité adoptée aussi dans le dossier syrien, Abdallah II ayant été l’hôte de Barack Obama en février et de Vladimir Poutine en avril!

L’AKP le Parti pour la Justice et le Développement, au pouvoir en Turquie, a remporté les élections municipales sans pouvoir crier victoire, le scrutin ayant été entaché de nombreuses irrégularités, selon l’opposition, qui a demandé que les résultats dans certaines grandes villes, dont Ankara et Istanbul, soient annulés et les électeurs appelés à voter à nouveau. Face aux nombreuses critiques de l’Union européenne à ce sujet, les proches du Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, n’ont pas hésité à se moquer de l’Europe qualifiée de farce. Des conseillers du leader des islamistes turcs ont même ajouté: «On n’a pas besoin de cette Europe qui n’a pas de place dans le nouvel ordre mondial». Des propos qui éloignent encore plus Ankara de Bruxelles, et qui prouvent que la politique de rapprochement avec l’Occident n’existe plus.    

Washington agacé par Juba
Le conflit interne qui déchire la jeune République du Soudan du Sud a clairement embarrassé l’Administration américaine. Malgré les fortes pressions exercées sur les deux parties en conflit, le président Salva Kiir Mayardit et son ancien numéro deux Riek Machar, les deux hommes qui se détestent refusent d’écouter la voix de la raison. Résultat, le président Barack Obama leur a lancé un ultimatum: au cas où le bruit des canons ne cessait pas, des sanctions sévères seront imposées aux responsables des deux camps. Ce qui inquiète le plus Washington sont les violations des droits de l’homme commises contre les populations civiles et les attaques qui ciblent les Casques bleus présents sur le terrain. Mais il est peu probable de voir un accord conclu de sitôt. Les deux chefs de guerre ne veulent rien entendre.          
   

En pointillé…
Le rôle exercé par les éléments laïques de la Coalition nationale syrienne (CNS), le principal organe de l’opposition, s’affaiblit de jour en jour et cède la place aux membres des partis islamistes qui dominent désormais aussi bien le terrain que la politique. Ainsi, à la dernière réunion, Michel Kilo, Safi Makhos et Abdel Basset Sida se sont vu écartés au profit d’Anas el-Abda et Ahmad Ramadan, les faucons de la confrérie des Frères musulmans. Ahmad Jarba, président de la CNS, n’a pu renouveler sa présidence de la coalition que pour trois mois. Il est désormais minoritaire et à la merci des islamistes qui décident de tout. Des changements soutenus par le Qatar agacent énormément l’Arabie saoudite, principal financier des groupes rebelles sur le terrain, qui ne veut pas céder sa place à Doha. 

 

Gül vs Erdogan: c’est la guerre!
Rien ne va plus entre le président turc, Abdullah Gül, et le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, les deux anciens amis et alliés se trouvent aujourd’hui dans deux camps opposés. Erdogan ne cache plus son désir de se présenter aux prochaines élections présidentielles, se mettant automatiquement face à Gül, qui n’a toujours pas pris sa décision finale à ce sujet. Alors qu’Erdogan a sévèrement critiqué la décision de la justice d’annuler son ordre préalable d’interdire l’accès à Twitter, Gül s’est dit fier de ce choix. Mais comme le chef de l’Exécutif n’est pas connu pour sa tolérance, il a aussitôt riposté en accusant le géant américain de fraude fiscale. Une façon de faire diversion de la décision de la justice et de réimposer sa volonté.   

Koweït: panique au palais
La famille princière koweïtienne connaît l’un des scandales les plus embarrassants qu’elle ait jamais connus à cause d’un téléchargement sur les réseaux sociaux d’une vidéo qui implique l’un de ses membres, pris en flagrant délit de discussion avec l’ancien président du Parlement, Jassem Khourafi, au sujet d’affaires douteuses. Les députés de l’opposition ont demandé des explications à cheikh Ahmad el-Fahd el-Sabah, ancien ministre, photographié alors qu’il négociait avec Khourafi des projets de loi favorisant certains de ses proches. Une boule de neige qui menace désormais la famille princière tout entière, poussant la cour princière à émettre un appel inédit à tous les citoyens koweïtiens, les priant de ne plus parler publiquement de ce sujet. Une déclaration suivie d’une décision du parquet interdisant aux médias la diffusion de la vidéo incriminée, voire la discussion de son contenu. Quant aux blogueurs, très actifs à Koweït City, plusieurs d’entre eux ont été longuement interrogés par la justice.

Un cousin bien embarrassant
Le prince Hicham el-Alaoui, cousin du roi Mohammad VI du Maroc, vient de publier un livre choc dans lequel il révèle les secrets du palais. Sous le titre Le journal d’un prince banni, il y raconte comment son père avait été chassé de son pays par le roi Hassan II, ajoutant que même après sa mort, cette décision a été maintenue. Connu pour ses positions en faveur des droits de l’homme, Alaoui est aussi très sévère envers le parti Justice et Charité, qu’il accuse de s’être transformé en parti pour la réforme agricole. Plus dures encore, ses critiques envers son cousin le roi actuel, notamment la façon avec laquelle il a traité le scandale du violeur d’enfants espagnol qui fut gracié sur ordre royal. C’est ce qui explique l’acharnement médiatique contre lui, et les accusations qui visent à couper court à tout espoir de le voir retourner au pays un jour.          

Quand l’ambassadeur d’Egypte s’énerve
Une crise sans précédent vient d’éclater entre l’ambassade d’Egypte à Amman et la confrérie des Frères musulmans. Les causes de ce différend: la demande présentée par les Ikhwan au gouvernement du Premier ministre Abdallah Ensour de ne plus permettre aux imams égyptiens de venir en Jordanie, car al-Azhar choisit des éléments proches du nouveau régime. Réponse violente de la part de l’ambassadeur d’Egypte, qui a accusé la confrérie d’être «une bande de terroristes qui ne savent utiliser que la force et qui dévient l’islam, le vrai, en adoptant un comportement fanatique». C’est la première fois qu’un ambassadeur étranger se mêle d’une telle façon des affaires internes du royaume sans ménagement. Pourtant, le gouvernement n’a pas trouvé nécessaire de répondre à ses violentes accusations, préférant garder un silence radio.         

30000 personnes ont participé à la marche de protestation contre le gouvernement du Premier ministre marocain Abdel-Ilah Benkirane, organisée dans la ville côtière de Casablanca. Une première depuis la prise du pouvoir par les islamistes. La lune de miel qui existait entre le parti Progrès et Charité et les syndicats ouvriers est bel et bien finie. Les raisons de cette colère: les politiques sociales suivies par Benkirane, qui a diminué les allocations familiales, tout en haussant les prix des matières premières et des produits de consommation. Face à cette grogne sociale, le ministre de l’Information, Moustafa el-Khalfi, n’a pas trouvé mieux que d’accuser «cette manifestation d’être manipulée par des partis politiques qui veulent la chute du gouvernement et de ne représenter nullement les catégories sociales les plus démunies». Ce n’est pas la première fois que des responsables marocains réagissent de la sorte quand ils se trouvent opposés à la rue. Une fuite en avant qui rend la position du Premier ministre plus difficile que jamais.

125 journalistes bahreïnis ont perdu leur travail dans divers médias proches du régime depuis la nomination de la ministre de l’Information Samira Rajab. Connue pour ses déclarations très controversées, cette femme d’origine chiite est considérée l’ennemie numéro un de l’opposition. Ses prises de position sont suivies d’une vague d’indignation de la part des membres du mouvement Tawafok. Rajab se trouve désormais accusée d’être la principale cause du licenciement d’un grand nombre de journalistes jugés critiques envers la famille au pouvoir, ce qui lui vaut le surnom de Samira la Despote! Or, la ministre se trouve aujourd’hui aussi sous le feu d’éléments radicaux loyaux au régime, qui lui en veulent pour ses origines chiites et d’être l’instigatrice d’un incendie qui a explosé dans son ministère!  

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