Magazine Le Mensuel

Nº 2952 du vendredi 6 juin 2014

Musique

Yasmine Hamdan de retour. Ya Nass, et l’appel résonne

Yasmine Hamdan retrouve son pays pour le lancement du film de Jim Jarmusch Only lovers left alive et surtout dans le cadre de sa tournée internationale pour la promotion de son album solo Ya Nass.
 

Il l’a rencontrée lors du festival du film de Marrakech. Yasmine Hamdan chantait. Jim Jarmusch tombe sous le charme. Il lui dit avoir une idée de scène pour elle. Et c’est parti pour deux ans d’attente, sans nouvelles. Jusqu’au jour où elle reçoit un mail de la production du cinéaste; a-t-elle envie de faire partie de l’aventure d’Only lovers left alive du mythique Jarmusch?! «Du coup, dit-elle, j’ai commencé à réfléchir, à rêver, à travailler de manière intuitive pour me remettre dans l’esprit du soir du festival, retrouver les sensations de la scène». Un labeur qui a nécessité du temps, d’autant plus qu’il y avait des directives quant à l’ambiance qui devait prévaloir dans cette scène durant laquelle elle devait chanter en live et non en play-back. Entre les moments d’éclaircie et ceux de déprime inhérents à tout processus créatif, le morceau Hal est finalement créé. Et le tournage s’effectue à Tanger, dans la vieille ville, toute une nuit durant, «un moment magique». Là aussi, Jim Jarmusch avait une direction d’acteur, une seule: «Tu fais comme tu veux, tu fais comme tu es!». De projections en tournées internationales en manchettes, Yasmine Hamdan, une Libanaise dans le dernier film de Jim Jarmusch!
«Je pense que toutes ces choses-là n’arrivent vraiment pas par hasard, je crois qu’à un moment donné, les choses se croisent, il y a un magnétisme, et si tu es assez alerte tu peux lire des signes, suivre ton intuition et aller là où la vie te mène». Et Yasmine Hamdan est une battante, depuis le début, depuis ses débuts au sein de Soap Kills, puis le détour par l’album Arabology sous le surnom de Yass avec le producteur de Madonna, Mirwais, jusqu’à son dernier album solo, Ya Nass, le premier sous son nom, produit par Marc Collin, le producteur de Nouvelle Vague. Que de chemin parcouru depuis, pour surmonter notamment la ghettoïsation de l’industrie musicale souvent discriminatoire. «Maintenant, je pense que les gens sont de plus en plus prêts à sortir les artistes des ghettos. Mais il fallait défoncer des portes, ouvrir des fenêtres. J’ai eu, à un moment donné, le caractère, l’envie et la passion pour le faire». Et les collaborations se sont enchaînées et ne cessent de se diversifier, de sorte que les gens ne peuvent plus la mettre dans une case, «donc ça crée des confusions, donc c’est très bien».
Au fil de l’entretien, décontracté, jovial, souriant, à son image, Yasmine Hamdan, épuisée mais sereine, explique la genèse de Ya Nass, qu’elle a «gravé de A à Z. J’avais une intuition, des envies, je les ai suivies et j’ai trouvé des collaborateurs, mes partenaires, qui m’ont fait confiance et aidée, avec leur talent, à réaliser cet objet que j’ai peaufiné vraiment de manière artisanale». Entre ses propres compositions et de vieux morceaux qu’elle reprend à sa manière bien particulière, de Mohammad Abdel-Wahhab, Omar Zeeni… elle crée «un équilibre entre des morceaux qui suivent des codes différents». Tout en mélangeant le puzzle, le reformant, tout en s’appropriant avec liberté ces chansons pour lesquelles elle a beaucoup de respect, tout en expérimentant, en évoluant, en les ramenant à la vie, «véritable ‘passeur’, elle les imprègne de sa propre personnalité, ainsi que «d’autres couleurs, d’autres sensations, d’autres sentiments en rapport avec le monde dans lequel on vit aujourd’hui».
De par le titre de l’album, de par sa connotation poétique et populaire en même temps, Ya Nass est un appel, une invitation, une conversation qui s’élance entre l’auditeur et la musique. Une conversation à multiples voix où le silence se teinte souvent de sensualité, de respiration régénérescente, de sonorités aux mille teintes. Et l’impact est immédiat, accrocheur, presque viscéral, dès les premières secondes. Immédiat et en même temps grandissant, chaque écoute se faisant plus pressante, encore plus pressante. Depuis environ un an et demi, Yasmine Hamdan est en tournée, appuyée par la très bonne réception de l’album. «Ça m’a montré que je pouvais me faire confiance, suivre mon intuition, que j’étais en train de mûrir artistiquement, que j’étais petit à petit en train de trouver mes alliés, les gens avec qui j’ai envie de travailler. Et puis, surtout, ça me prouve et continue à me prouver que la langue arabe n’est pas une barrière, que c’est une musique qui peut être universelle». 


Nayla Rached
 

En concert
Dans le cadre de sa tournée et dans celui de Liban Jazz, Yasmine Hamdan se produira au Music Hall Waterfront, le dimanche 8 juin, à 21h.

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