Magazine Le Mensuel

Nº 2965 du vendredi 5 septembre 2014

POLITIQUE

Présidentielle. Des idées pour meubler le temps

En réponse à Michel Aoun qui a proposé l’élection d’un président au suffrage universel, le 14 mars suggère des contacts en vue d’un accord sur un président consensuel. Des initiatives qui ne changeront pas la donne. Berry et Joumblatt préfèrent suspendre les leurs.
 

Juste après le report au 23 septembre de la onzième séance de l’élection présidentielle, tel qu’annoncé par Nabih Berry, faute de quorum, les députés du 14 mars tiennent une conférence de presse pour annoncer une nouvelle initiative. «Compte tenu de la crise politique aiguë, née du blocage de la présidentielle, qui s’accompagne d’une exacerbation des crises dans la région avec leur lot d’exodes, de tortures, de meurtres et de terrorisme; et en vue de la consolidation et la protection du poste de président de la République, qui reste le symbole de la coexistence dans la région et la primauté de la présidentielle», le 14 mars propose, par la voix de Fouad Siniora, une «initiative». «Le 14 mars reste attaché à la candidature de Samir Geagea à la présidentielle, mais il est dans le même temps disposé à se concerter avec toutes les parties pour s’entendre sur un candidat qui sera agréé par tous les Libanais et qui se conformera aux constantes nationales. Nous comptons donc mener des contacts avec toutes les forces politiques en vue d’une entente sur un compromis national, en conformité avec l’accord de Taëf, dont le point de départ est l’élection immédiate d’un chef de l’Etat», a indiqué le chef du bloc parlementaire du Courant du futur.
En d’autres termes, rien de nouveau. Cela fait plusieurs semaines, dernièrement encore par la voix du leader des Forces libanaises, que le 14 mars ouvre la porte à des discussions sur un président d’entente. Il s’agit simplement d’une réaffirmation de certitudes jusque-là subodorées. En soutenant Geagea et la candidature d’un chef de l’Etat consensuel, le 14 mars enterre d’abord la celle de Michel Aoun. En réaffirmant «le respect des délais constitutionnels», le 14 mars rejette sur l’autre camp la responsabilité du torpillage de l’échéance présidentielle. Peut également être pointée du doigt la contradiction entre l’appui d’un candidat fort et la volonté affichée d’un compromis.
La petite nouveauté, c’est Georges Adwan qui l’a expliquée. Les contacts envisagés engloberont «toutes les parties, de manière directe, au Parlement. Le Hezbollah est représenté à la Chambre et au gouvernement. Le contact avec lui se fera directement», a indiqué le député FL. Samedi, à l’occasion de la commémoration du souvenir des martyrs des FL, Samir Geagea en dira sans doute plus.
Du côté du CPL, la réponse est cinglante. L’ancien ministre du Travail, Salim Jreissati, a estimé mardi à l’issue d’une réunion du Bloc du Changement et de la Réforme que l’initiative proposée aujourd’hui par le 14 mars «n’a aucun sens. Elle est inutile et ancienne», a-t-il déclaré dans une conférence de presse. L’ancien ministre a souligné que l’«initiative salvatrice», présentée par Michel Aoun, était toujours sur la table, et que «toute autre initiative vise à perdre du temps».
 
Les médiateurs temporisent
Nabih Berry et le leader du Parti socialiste progressiste (PSP), Walid Joumblatt, ont, de leur côté, suspendu les efforts qu’ils menaient en vue de résoudre l’impasse présidentielle. «Tout le monde s’est insurgé lorsque Walid Joumblatt a annoncé qu’il menait des contacts avec moi et Hassan Nasrallah. A commencé à poindre l’idée que ce sont les musulmans qui décideraient du président chrétien. Nous avons maintenant interrompu nos efforts. A leur tour de nous montrer ce qu’ils vont faire», ironise le président du Parlement libanais. Réagissant à l’initiative du 14 mars, Berry a simplement répondu qu’ils doivent «convaincre Michel Aoun». «Tout ce que j’ai à dire, c’est que l’élection présidentielle doit avoir lieu à n’importe quel moment, hier avant aujourd’hui». Là non plus, rien de nouveau sous le soleil.
Ces derniers jours, le monde politique libanais était surtout occupé à s’élever contre le terrorisme et les germes de la division qu’il porte en lui. Tammam Salam a déclaré lundi, à l’occasion de la 94e commémoration de la Déclaration du Grand-Liban au Grand sérail, que «94 ans se sont écoulés et l’entité libanaise résiste toujours, en dépit des difficultés et des mutations énormes en cours dans la région». Le Premier ministre a indiqué que plusieurs crises ont débordé sur le Liban, ce qui fut au-dessus de sa capacité et l’a exposé au danger. «Mais le pays a toujours résisté», a-t-il affirmé, notant que la non-application de l’accord de Taëf a accentué la fragilité de la situation politique. Je réitère ma demande à toutes les composantes politiques à l’élection, dans les plus brefs délais, d’un chef de l’Etat chrétien et maronite, qui à la tête de l’Etat est le symbole de son unité. Nous pourrons ainsi consolider notre pays et redynamiser nos institutions afin qu’elles soient à la hauteur des défis énormes auxquels nous faisons face», a conclu Salam.

 

Raï en sauveur?
Les observateurs sont unanimes, l’amélioration de la situation politique et sécuritaire du pays dépend grandement de la volonté des grandes puissances de régler le dossier. Mardi après-midi, le patriarche Béchara Raï est revenu à Beyrouth au terme d’une visite de plusieurs jours au Vatican. Le chef de l’Eglise maronite a rencontré tout l’aréopage du Saint-Siège. Des discussions ont eu lieu avec les ambassadeurs des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, d’Italie, de Russie, de France, d’Allemagne, de l’UE, de la Ligue arabe et du Liban accrédités au Vatican, ainsi qu’avec plusieurs responsables de l’Eglise. Un seul sujet au menu, la situation des chrétiens d’Orient.
Ce sera le thème du congrès de l’association In Defence of Christians (IDC) qui aura lieu à Washington du 9 au 11 septembre prochain sur le thème du soutien aux chrétiens dans la région, qu’il entend aborder sous un angle plus concret face à la montée du fondamentalisme. Il entend surtout sensibiliser l’opinion américaine sur la situation des chrétiens dans la région et stimuler une dynamique de pression au sein du Congrès américain et jusqu’à New York, siège du Conseil de sécurité de l’Onu. A la tête d’une délégation comprenant le patriarche syriaque catholique, Ignace III Joseph Younan, le patriarche syriaque orthodoxe, Ignatius Ephrem II, et le patriarche catholique chaldéen, Louis Sako, le cardinal Raï y participera.
Des sources proches de Bkerké indiquent que le patriarche pourrait effectuer une visite à Moscou, ainsi qu’auprès du leader du Hezbollah Hassan Nasrallah. Débloquera-t-il la situation?

Julien Abi Ramia

Les évêques condamnent
Le Conseil des évêques maronites a condamné, ce mercredi à l’issue de sa réunion mensuelle, «l’échec du Parlement à élire un nouveau chef de l’Etat» et appelé les députés à respecter la Constitution. Ils ont également souligné leur soutien à l’armée et au gouvernement dans leurs efforts visant à obtenir la libération des militaires détenus par les groupes jihadistes.
Les évêques ont, par ailleurs, appelé le Conseil de sécurité de l’Onu à prendre des mesures pour rétablir la sécurité et la paix dans la région, rejetant sur ce plan toute forme de discrimination. «Nous rejetons toute forme de discrimination et de rejet d’autrui, ainsi que les assassinats perpétrés par les groupes takfiristes».

Al-Nosra contre Aoun
Dimanche, un communiqué de la branche du Qalamoun du Front al-Nosra a été publié sur son compte Twitter. Sa cible, le leader du CPL. «Il essaie de vous [les chrétiens du Liban] entraîner dans une guerre contre les sunnites». «Il vous entraînera dans une guerre que vous ne voulez pas, dans le but d’atteindre ses objectifs et satisfaire ses envies en accédant à la présidence de la République, même au prix du sang», poursuit le communiqué. Sa seule volonté est de devenir président, «ne serait-ce que pendant une heure». «Il s’est abaissé à faire ce que son maître, le véritable souverain du Liban, le parti de l’Iran, lui a demandé de faire», conclut-il, en référence au Hezbollah.

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