Magazine Le Mensuel

Nº 2979 du vendredi 12 décembre 2014

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Mahaman Lawan Seriba. La francophonie bat son plein

Représentant de la francophonie et écrivain, le directeur du Comité international des Jeux de la francophonie, invité au Salon du livre, affirme: «La francophonie se porte à merveille». Rencontre avec Mahaman Lawan Seriba.

Est-ce votre première visite au Liban?
Je connais bien ce charmant pays. En 2009, j’ai participé à l’organisation des Jeux de la francophonie au Liban que j’ai bien connu après la guerre. Peu de gens se rendent compte à quel point le pays s’est amélioré! A l’époque, on voyait partout l’impact des balles. Les stigmates de la guerre sont bien moins visibles. Quand nous venions à Beyrouth, nous étions reçus au Sérail où se réfugiaient des ministres. Aujourd’hui, nous nous déplaçons librement. Quand j’ai annoncé que je venais au Liban, on m’a traité de fou. Pourtant, je suis là à accorder une interview dans la plus grande sérénité! J’ai été invité à participer au Salon du livre de Beyrouth en tant que représentant de la francophonie et comme écrivain. Le thème de cette année me touche particulièrement, car notre organisation travaille sur le respect de l’autre et son acceptation. Nous trouvons que cela va dans le sens de tous nos combats. Actuellement, l’Organisation internationale de la francophonie base ses activités sur le développement de la diversité.

Comment se porte la francophonie?
La francophonie se porte à merveille, nous sommes sollicités de partout. La demande dépasse nos possibilités. A Dakar, se tiendra le prochain sommet de la Francophonie à l’occasion duquel Abou Diouf cèdera la place. Nous en sommes malheureux, mais nous pensons que celui ou celle qui lui succèdera saura relever les défis. Les Jeux de la francophonie sont l’un des aspects les plus importants de l’organisation. Tous demandent à y intégrer leur discipline sportive, mais nous ne pouvons pas le faire sans devenir gigantesques dépassant même les Jeux olympiques! Ce que les gens ne comprennent pas c’est que ce ne sont pas nécessairement pas les différentes disciplines culturelles et sportives qui font la francophonie, ce sont les valeurs qu’elle porte. On ne se rend pas compte de notre mission précise, nous ne nous substituons pas aux Etats! Nous ne sommes pas une organisation internationale financière, mais une organisation modeste avec, il est vrai, un fort pouvoir d’influence.

Quels sont les critères d’admission? Etes-vous sollicité par ceux qui veulent être membres?
Nous sommes 77 pays membres et, au prochain sommet, nous pourrions être 80! La langue est le premier facteur d’admission, mais nous avons d’autres critères précis. Il faut que la langue officielle ou administrative soit le français, il faut des valeurs telles que la solidarité, l’excellence, la paix, la démocratie, le développement… La procédure est longue! La langue française est mise en valeur à deux reprises dans le monde, le 20 mars, jour de la célébration de la francophonie et dans les Salons du livre. La France fait partie de la francophonie, mais les Français ont tendance à penser à tort qu’elle est à l’origine de la francophonie, au point que l’on pense que la France n’est pas le pays qui excelle en la matière!

Pensez-vous que la francophonie continuera d’exister malgré la place que prend la langue anglaise dans le monde?
Nous serons toujours là! Nous ne sommes pas contre l’anglais. Au contraire, nous prônons la diversité culturelle et linguistique. Je vous parle en français et, pourtant, ce n’est pas ma langue maternelle. Le français je l’ai appris. C’est cette langue qui me relie au monde, à vous. Pour nous Africains, le français est un instrument de développement. C’est une langue qui nous permet d’enrichir le monde, car s’il n’y avait qu’une langue, tout comme une pensée unique, le monde serait appauvri.

Que pouvez-vous nous dire de votre ouvrage, La lutte traditionnelle au Niger, entre le sport et la culture?
Il porte sur la lutte traditionnelle au Niger, je l’ai intitulé Entre le sport et la culture. C’est la première fois qu’un sport africain gravit les marches de l’échelle mondiale. La lutte africaine est en pleine expansion. Dans le cadre de la consolidation de leur unité nationale, les pays d’Afrique ont trouvé un sport qui pouvait leur permettre de réunir tout le monde d’une manière saine, éducative et porteuse de valeurs. C’est un sport populaire qui a ses champions et une identité. Il rassemble tout le monde en sortant des frontières du Niger et de l’Afrique de l’Ouest. Nous avons tous les critères réunis pour prétendre un jour participer aux Jeux olympiques. C’est un sport qui existe depuis la nuit des temps, mais toutes les conditions sont désormais remplies pour qu’il émerge. La lutte chez nous n’est pas que sportive, elle est aussi culturelle, économique, politique et sociale. C’est ce qu’on appelle chez nous le sport national, c’est une discipline spectaculaire!

Propos recueillis par Anne Lobjoie Kanaan

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