Magazine Le Mensuel

Nº 2979 du vendredi 12 décembre 2014

general

Une ville rutilante. Magnifique Vancouver!

Se réconcilier avec l’homme moderne, la nature, les plantes, les oiseaux, la forêt et l’océan. Se remplir de bleu, de vert, de brillance et de calme. Est-ce encore possible? Oui, à Vancouver.

Il faut imaginer une ville toute neuve. Pas de problème, pas d’état d’âme, pas d’histoire à part celle de quelques centaines de milliers d’habitants unis par une seule volonté: vivre tranquilles.
Vancouver, c’est l’autre côté du Canada. Celui qui est resté, jusqu’il y a 150 ans encore, un point de chute sur un rivage isolé du continent par des montagnes gigantesques, ouvert sur un Pacifique immense et habité par des autochtones en osmose avec leur environnement naturel. C’est la métropole de la Colombie britannique, une province (la dernière à adhérer à la Confédération canadienne) aux ressources naturelles prolifiques qui ne sont pas loin de suggérer le paradis sur terre. Un climat doux, ensoleillé, de la pluie abondante qui fait grandir les feuilles et entretient le vert intense des forêts, des rivages escarpés qui multiplient les plages dorées (quoique froides même en été), une faune et une flore exceptionnellement bien conservées qui peuvent faire encore rêver l’être humain à une planète généreuse et en bonne santé.
A Vancouver, on croirait se perdre. Mais non. Malgré la multiplicité des ponts, la ville se dessine vite. En arrière-fond, une chaîne de montagnes vierges, boisées, très hautes, dont les cimes, même en été, sont toujours garnies de blanc.
Plus bas, et partout, l’océan entre en ville, créant des contrescarpes avec les monts avoisinants d’où on peut admirer largement la beauté naturelle des lieux. Entre marina, port commercial, plages de baignade et rivages escarpés, un parc immense, sauvage, intensément boisé, léché par des pistes cyclables à couper le souffle. Le très beau Stanley Park, qui, cerise sur le gâteau, est situé à quelques centaines de mètres d’un centre-ville flambant neuf. Des gratte-ciel en vitre, clinquants et aérés, qui se mirent là où l’océan s’amuse à entrer, aux abords des quartiers et des ruelles. Un centre d’affaires rutilant, qui ressemble à un diamant aux mille facettes, décore ce relief géographique exceptionnel.
De part et d’autre, des «banlieues» qui n’en sont pas, puisque la ville s’y installe dans toute la variété de sa population multiethnique. Il y a bien sûr les Anglais (devenus depuis canadiens) qui se mêlent harmonieusement à une majorité écrasante d’Asiatiques qui ont prêté leurs bras à la construction du CN (Canadian National). C’est ce train qui relie toutes les provinces du Canada, de la côte est à la côte ouest et qui a seul permis aux «conquérants» de traverser les Rocheuses, ces immenses montagnes qui isolaient la côte pacifique. Cette même côte reconnue pour son saumon exceptionnel qui fait la gloire des sushis japonais de la ville. Les restaurants malaisiens, tibétains, vietnamiens… n’ont rien à leur envier et assurent le dépaysement. Mais ce sont quand même les Chinois qui demeurent les plus nombreux et leur quartier est le second en importance dans toute l’Amérique du Nord (après celui de New York).
A cet heureux mélange de peaux et de couleurs, se joint une poignée d’Indiens dont la présence est encore vivace, ne serait-ce que dans les arts. Des aborigènes qui, après des décades de mauvais traitements, sont enfin reconnus et quelque peu honorés. C’est ce que montre un crochet par le très intéressant musée de l’anthropologie situé dans la célèbre University of British Columbia dont les étudiants, entre deux cours, dévalent la pente pour faire trempette à quelques minutes de là. Au MOA (Museum of Anthropology) les cultures ancestrales des habitants originaires de cette Amérique farouche sont exposées en détail, abolissant tous les préjugés sur les civilisations dites sauvages. Même sentiment de réconciliation avec le genre humain et sa capacité de créer, devant les expositions, des masques et des objets de culte de tous les peuples de la terre, même les plus retirés de la planète.
En gros et en bref, Vancouver, ce sont 600 000 personnes qui vivent paisibles, baskets aux pieds, en symbiose avec la nature. La ville est soucieuse du bien-être des habitants: plaisirs aquatiques divers (aviron, kayak, natation, ski nautique), promenades innombrables pour grands et petits marcheurs, pistes de jogging qui serpentent au gré de l’eau, terrains de tennis par dizaines, terrains de foot, de volley aménagés sur le sable, vélos pour citadins heureux du beau temps à longueur d’année (il ne neige pratiquement pas à Vancouver, contrairement à tout le Canada)… Rien qu’en ville, parcs, courts, plages sont aménagés et entretenus par le gouvernement pour le maintien et la forme. Pas étonnant que sur ce bras de mer du Pacifique, on ne soit pas loin de la «zénitude» californienne: spas, yoga, détente… même les animaux de compagnie ont leur propre «relaxing grooming».
Il n’y a pas que le confort des êtres humains qui soit digne d’intérêt à Vancouver. La gent animale l’est tout autant, comme par exemple dans le souci apporté à la conservation des fonds marins. Le réputé aquarium de Vancouver, œuvre d’une ONG très active, montre les splendides ressources de la faune aquatique autant celles des îles chaudes (plus au sud) que celles des anses profondes qui bordent la province au slogan judicieux: «Beautiful British Colombia». Les bassins aménagés révèlent la richesse et l’abondance insoupçonnables des espèces et des palettes marines, tout à fait sublimes.
Un autre observatoire, le Bloedel, une énorme volière dans un microclimat envahi par les plantes et fleurs exotiques, chante la beauté des plumes et des sons. Chaque oiseau a une fiche d’identité, un nom, une provenance et une histoire. Le jardin botanique VanDusen n’a rien à lui envier avec ses arbres millénaires et ses ravissants parterres. Autant d’odes et d’occasions pour exulter les merveilles de la nature.
Dans le respect le plus profond de la plus petite créature, humaine, animale ou végétale, la nature est glorifiée, entretenue, embellie. De quoi raviver et exulter la noble fibre du genre humain qui, partout ailleurs, et de plus en plus désormais, fait rimer exister avec saccager. 

Gisèle Kayata Eid, Vancouver

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