Magazine Le Mensuel

Nº 2990 du vendredi 27 février 2015

Editorial

La République décapitée

Menacés par un terrorisme, aussi terrifiant que galopant, qui effraie le monde et n’épargne pas le Liban, les Libanais ne vivent plus que dans l’angoisse de leur quotidien avant même de penser à leur avenir, dont les voyants extralucides de la République brossent un sombre tableau. Même si nous ne voulons pas y croire, il est difficile de conseiller à la jeune génération de ne pas chercher à y échapper en se garantissant, à son corps défendant, un ailleurs qu’elle imagine meilleur. A ce présent, aujourd’hui sans horizon, se greffe l’image d’un pays qui, pour le moment, ressemble à une République bananière qui irait à vau-l’eau. Une présidence dont la vacance déboussole la République «démocratique» telle que la souhaitent les Libanais. Entre-temps, les appels lancés, de l’intérieur et de l’étranger, aux leaders maronites les plus concernés, mais pas qu’à eux seuls, d’apporter une solution, ne sont que des voix qui crient dans le désert. De toute évidence, le choix n’est plus de leur ressort – s’il l’a jamais été – mais de celui des forces étrangères influentes de l’heure sur la scène nationale.
Chacun se souvient des différentes échéances, des problèmes qui ont accompagné chacune d’elles et des interventions, pour ne pas dire des ingérences étrangères appelées à la rescousse par nos dirigeants eux-mêmes. Le Parlement n’offre pas une meilleure image. Les représentants du peuple qui, pour la plupart, une fois installés sous la coupole de la Place de l’Etoile, en oublient leur véritable mission, comme ils ignorent ceux à qui ils doivent d’avoir pu y accéder. Aujourd’hui plus que jamais, le Parlement qui ne s’était réuni que pour renouveler son mandat, s’est inscrit aux abonnés absents à toutes les séances supposées destinées à l’élection d’un chef d’Etat. Pour compléter ce triste tableau, le gouvernement perd pied et s’embourbe dans des conflits internes qui l’empêchent de remplir sa mission, suspendue depuis plus de deux semaines. Même si le Premier ministre se démène en consultations tous azimuts. L’adage ne dit-il pas que le vide appelle le vide? Celui-ci s’est installé à tous les niveaux de la République. La difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, de nommer des remplaçants à ceux qui partent à la retraite, paralyse toutes les administrations. Le corps diplomatique n’échappe pas à la règle et nombre de nos chancelleries à l’étranger, notamment dans les grandes capitales, sont privées d’ambassadeurs.
Dans ce triste tableau s’est intégrée la révélation des scandales, des fraudes et des corruptions qui touchent à la vie quotidienne des citoyens lambda. S’il est vrai que ces derniers n’ignoraient pas, ou pour le moins devinaient, les magouilles dont ils sont victimes, ils n’en avaient pas encore pris l’ampleur que les dénonciations du ministre de la Santé leur ont donnée.
Depuis la formation de l’équipe ministérielle, et alors que dans les hautes sphères il n’est question que du présumé locataire du palais de Baabda, un palais que lorgne tout «chef maronite», et qui occupe la majeure partie de l’information dans les médias, les Libanais s’intéressent de plus en plus, et en priorité, à tout ce qui touche à leur santé et à leur bien-être. Ils suivent avec beaucoup d’intérêt les communiqués du ministère de la Santé et s’inquiètent des fournisseurs auxquels ils ne doivent pas se fier. Du laitage aux poissons, en passant par la viande et divers autres aliments, tout les inquiète. Peut-on en vouloir au ministre compétent d’ouvrir un dossier aussi délicat, même si cela peut porter préjudice à certaines entreprises douteuses? Si les mesures prises aujourd’hui ne sont pas jetées demain aux orties, et si la campagne lancée se poursuit au même rythme, elle finirait par offrir aux résidants comme aux touristes potentiels, si tant est qu’ils viennent, la certitude d’une vie moins polluée. La phrase la plus entendue, depuis le lancement de la campagne du mieux-être, que nous répétons à notre tour: pourvu que ça dure. Mais pourvu aussi que la vacance au niveau des services publics ne dure pas autant.

Mouna Béchara

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