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Nº 2995 du vendredi 3 avril 2015

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Au Musée des beaux-arts de Montréal. Merveilles et mirages de l’orientalisme

Orientalisme. Un mot qui fait référence à tout un imaginaire exotique. Celui qui traverse l’Espagne jusqu’au Maroc de la fin du XIXe siècle et que Benjamin Constant a peint. Sur des toiles parfois gigantesques, l’exposition rutilante que propose le MBAM invite ses visiteurs à entrer dans cette symbolique d’un Orient qui fait rêver…  

Dans la lignée d’Eugène Delacroix, Jean-Joseph Benjamin Constant (1845-1902) nous fait découvrir les ombres et lumières d’un Orient lointain que la pensée dessinait et que le célèbre peintre dandy a immortalisé dans des portraits saisissants, des scènes intimes, des batailles sanguinaires, des quartiers de Marrakech ou de Tanger, des hammams secrets et des harems encore plus impénétrables…
Certains y trouveront de l’exagération, quelque peu choqués par la réalité forcée que le peintre reproduit dans ses ateliers français, à son retour de voyage. Sans doute. Mais il faut y voir là la représentation que se faisaient les Occidentaux de l’orientalisme, «invention et passion de l’Occident», et se laisser prendre par une fabuleuse exposition absolument enchanteresse, colorée, lumineuse et bougrement détaillée, sorte de voyage imaginaire dans une époque et un lieu pour le moins curieux.
A travers une rétrospective inédite des œuvres de Benjamin Constant, nous découvrons, au détour de six salles emblématiques: l’atelier orientaliste (tapis multicolores, animaux empaillés, armures damasquinées), le Salon (dans lequel est retracé l’Orient dans l’Histoire), l’Alhambra qui rappelle, par de magnifiques toiles, l’opulence d’une Andalousie empreinte de son héritage hispano-mauresque. Nous y admirons Tanger, la ville blanche, dans toutes les séductions qu’elle recèle: terrasses, souks, kasbah, médinas animées, Grande mosquée, merveille architecturale, etc. Une autre pièce est consacrée à la diplomatie coloniale au Maroc, dans laquelle de monumentales toiles, entre autres, peignent l’Orient, comme étant le théâtre des mœurs sauvages, d’une cruauté inexorable et d’une barbarie moyenâgeuse. Le tout baignant dans une farouche beauté… toujours reflet de l’imaginaire colonialiste.
Enfin, et non des moindres, des tableaux, dont certains immenses, représentent les odalisques exotiques et sensuelles des harems, incomparables sujets fantasmatiques, inaccessibles aux hommes. Ces endroits évocateurs consacrés aux sens occupent tout un espace où trône un judicieux divan suggestif de ces femmes qui somnolent, enivrées d’encens et de parfums, «esclaves de lit consentantes, soumises au bon plaisir d’un despotisme oriental décadent, blancheur circassienne des rousses ensorceleuses, servitude des esclaves noires domestiques»… Heureusement, jouxtant cette vision fantasmée d’une prison dorée, un coin est réservé à la modernité de Shéhérazade, avec les œuvres de trois artistes marocaines actuelles, Yasmina Bouziane, Lalla Essaydi et Majida Khattari, qui détournent un peu les stéréotypes qu’une telle exposition renforce.
Entre fantasme et mensonge, «la beauté des effets de lumière qui percent le secret de ces architectures closes, à l’abri d’un violent soleil, magnifie les peintures» de Benjamin Constant. Face à ces œuvres flamboyantes et ces nudités alanguies, entre mirages de la séduction et réalité colonialiste, le spectateur ne peut que rester bouche bée devant ces chefs-d’œuvre picturaux.

Montréal, Gisèle Kayata Eid 

L’exposition se poursuit jusqu’au 31 mai 2015.

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