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Nº 3001 du vendredi 15 mai 2015

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POLITIQUE

Tribunal spécial pour le Liban. Joumblatt déstabilisé par la défense

Au quatrième jour de sa déposition, ce n’était plus «Walid Bey» le leader druze qui répondait aux questions de la défense devant le Tribunal spécial pour le Liban, mais tout simplement Walid Joumblatt, fatigué, tendu, visiblement mal à l’aise devant l’avocat de la défense. L’Egyptien Yasser Hassan a réussi à lui arracher que «l’assassinat de Rafic Hariri était contre l’intérêt de la Syrie».
 

Walid Joumblatt a maintenu ses accusations contre le régime syrien dans l’assassinat de Rafic Hariri pour des «raisons politiques». Il a affirmé que l’ancien Premier ministre avait une relation spéciale avec le roi saoudien Abdallah Ben Abdel-Aziz et, a-t-il dit, «c’était un homme ambitieux qui avait le droit de jouer un rôle politique au Liban». Il a également évoqué les relations syro-saoudiennes, les qualifiant d’excellentes jusqu’à l’assassinat de Hariri et que le palais présidentiel syrien, dont la construction a pris vingt ans, a été financé par l’Arabie saoudite. Interrogé sur le point de savoir si les Syriens intervenaient arbitrairement et ne respectaient pas les traités, Joumblatt a répondu: «L’accord de Taëf ne mentionnait pas qu’il fallait se rendre à Damas ou à Anjar pour nommer un directeur d’hôpital. Dans leurs pratiques, ils ont dépassé Taëf et ont exercé la tutelle comme une réalité et se sont mêlés des moindres détails sécuritaires, administratifs et militaires».
 

Contre la 1559 
Les échanges les plus virulents furent incontestablement entre Walid Joumblatt et l’avocat égyptien Yasser Hassan, chargé de la défense d’Hussein Hassan Oneissi. «Vous avez dit avoir conspiré avec Hariri pour la prorogation du mandat d’Elias Hraoui. Vous avez accepté la prorogation pour vous-même et pour Hraoui, mais vous l’avez refusée pour Emile Lahoud. Vous interprétez la Constitution et la loi comme bon vous semble». Ce à quoi Walid Joumblatt répond: «Les circonstances politiques dictent l’intérêt du pays et parfois je le comprends». Commentant son fameux discours du 14 février 2007, dans lequel il avait copieusement injurié le président Bachar el-Assad, Joumblatt déclare avec un grand sourire: «Vous venez de me rappeler de très beaux souvenirs». Ironiquement, l’avocat Hassan lui demande: «Vous en êtes fier? S’agit-il peut-être d’un second moment d’abandon?». Joumblatt répond: «Mon discours n’est pas un moment d’abandon et c’est mon opinion, c’est mon droit. Depuis 2007 à ce jour, je peux dire qu’aucun des mots que j’ai prononcés ne s’est révélé faux, surtout lorsqu’on voit ce que Bachar el-Assad fait en Syrie». L’avocat réplique: «Vous appelez cela une opinion, mais en droit il s’agit d’une incitation au meurtre».
Reprenant son interrogatoire, Hassan affirme: «Vous avez dit que la décision 1559, introduite par la France et les Etats-Unis, était une condamnation à mort du Hezbollah, de la Syrie et des forces palestiniennes. Quelles sont les intentions de la France et des Etats-Unis pour adopter une telle décision?». Joumblatt répond: «Je n’ai pas d’analyse politique concernant leurs intentions», s’attirant un commentaire acerbe de Yasser Hassan: «Mais cela fait trois jours que vous vous livrez à des analyses!». Joumblatt a poursuivi, affirmant qu’il s’était dressé avec Hariri, contre la décision 1559, dès le départ, car elle n’était pas dans l’intérêt des Palestiniens, de la Syrie et du Hezbollah. C’est alors que l’avocat de la défense a entraîné Joumblatt à reconnaître que l’assassinat de Hariri avait changé l’équation en faveur de la décision 1559, affirmant que «sans cet assassinat, la résolution n’aurait pas été exécutée et le retrait syrien n’aurait pas eu lieu». A la question magistralement assénée par Hassan: «Voyez-vous donc que l’assassinat était contre l’intérêt de la Syrie et du Hezbollah?», Joumblatt a reconnu: «Oui, c’était contre l’intérêt de la Syrie». Et c’est par un «merci merci» très satisfait que l’avocat de la défense a achevé son interrogatoire. 

Joëlle Seif

L’assassinat de Kamal Joumblatt
Walid Joumblatt a nié durant son témoignage que l’ancien chef des Renseignements libanais, l’ambassadeur Johnny Abdo, soit derrière la tentative d’assassinat qui l’a visé en 1983, dévoilant qu’Elie Hobeika lui avait confié qu’il était lui-même derrière cette tentative. Revenant encore une fois sur l’assassinat de son père Kamal Joumblatt, il a répété que le régime syrien en était l’auteur. «Je ne sais pas qui a ordonné l’assassinat et qui l’a exécuté. Je sais tout simplement que le régime syrien était impliqué».

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