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Nº 3007 du vendredi 26 juin 2015

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Santé

De l’espoir pour les amputés. Une prothèse de jambe révolutionnaire

Privé d’une jambe, un enseignant de 54 ans a retrouvé des sensations grâce à l’implantation d’une prothèse sensible. Six mois plus tard, il court, fait du vélo et même de l’escalade. Une première mondiale.
 

Changer le quotidien des amputés est désormais possible grâce à une prothèse connectée qui reproduit la sensation du membre perdu. Avec sa nouvelle jambe artificielle lui restituant une partie des sensations liées à la marche, l’enseignant retrouve un peu des activités qu’il pratiquait avant son amputation et sa vie s’est nettement améliorée. L’implantation de la prothèse «sensible» lui a permis d’avoir de nouveau un pied. «Je ne glisse plus sur la glace, je ressens la différence quand je marche sur du gravier, du béton, de l’herbe ou du sable», témoigne Wolfgang Rangger, le premier patient opéré par le professeur autrichien Hubert Egger, de l’Université de Linz. Ce résultat spectaculaire est en effet le fruit d’une technique associant le déplacement de faisceaux de nerfs et la mise en œuvre de capteurs à une prothèse connectée d’un nouveau type.
 

Fin des douleurs fantômes
La jambe artificielle comporte, de son côté, des capteurs sous la plante du pied, reliés à d’autres cellules, appelées stimulateurs, qui sont au contact du moignon. C’est l’information transférée entre les capteurs et les stimulateurs qui permet de simuler, et finalement de reproduire, la sensation du membre perdu. A chaque pas, à chaque pression sur le sol, le pied artificiel de Wolfgang Rangger adresse désormais un signal précis à son cerveau. «Sur un pied en bonne santé, ce sont des récepteurs sur la peau qui remplissent cette fonction. Chez un amputé, ils manquent, bien sûr. Mais les transmetteurs d’informations que sont les nerfs continuent d’exister. Il suffit de les stimuler», résume le professeur Egger à l’AFP. Le médecin autrichien avait déjà innové en 2010 en présentant une prothèse de bras contrôlée par la pensée, grâce à la mise en place d’une connexion entre les nerfs moteurs et la prothèse. Cette fois, le principe est le même, mais le parcours est inverse: l’information part de la prothèse pour aboutir au cerveau.
La prothèse de jambe offre à son porteur un autre avantage. Outre un pas mieux assuré, elle met fin en quelques jours aux insoutenables douleurs fantômes supportées pendant des années après avoir perdu une jambe. La prothèse conventionnelle provoque des douleurs et une sensation de souffrance au membre perdu. Elle découle d’une hyper-sensibilité se développant progressivement dans le cerveau, qui est à la recherche du membre amputé, selon le professeur Egger. La douleur est aggravée par le souvenir traumatique de l’accident ou de la maladie qui a conduit à l’amputation. La prothèse «sensible» y remédie en adressant à nouveau des informations au cerveau, mettant fin à sa recherche perpétuellement infructueuse. Le coût de l’équipement prototype est évalué entre 10 000 et 30 000 euros. Son industrialisation serait déjà possible, mais l’équipe de Linz veut d’abord se donner plus de recul sur les résultats obtenus avec le premier patient. De longs essais cliniques doivent encore être menés avant que ces prothèses expérimentales puissent recevoir une autorisation de mise sur le marché. Ainsi, les premières prothèses sensibles de main ne devraient pas être commercialisées avant 2019. Concernant le prototype de jambe développé en Autriche, ses concepteurs jugent son industrialisation déjà possible, mais souhaitent prendre le temps d’analyser les données recueillies avec le premier patient.

NADA JUREIDINI

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