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Nº 3026 du vendredi 6 novembre 2015

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Adnan Mansour, ancien ministre des A-E. Après Vienne, le meilleur… ou le pire

«Au-delà même de la personne de Bachar el-Assad, la Russie souhaite se débarrasser des terroristes qui constituent une menace à sa propre existence. C’est dans ce sens qu’elle apporte son aide au régime syrien. Le Moyen-Orient est une région importante pour les Etats-Unis, mais elle l’est plus encore pour Moscou». Interview de Adnan Mansour, ancien ministre des Affaires étrangères.

Après avoir lancé des frappes militaires en Syrie, la Russie est passée à l’offensive diplomatique. Réussira-t-elle à mettre sur les rails une solution agréée par tous les pays régionaux et internationaux concernés?
Toute guerre a une fin, mais trouver une solution n’est pas évident et cela pour plusieurs raisons. Pour arriver à un règlement, il faut que toutes les parties soient d’accord et se retrouvent sur une plateforme commune. Or tel n’est pas le cas. Certains pays régionaux, comme la Turquie et l’Arabie, ne veulent pas entendre parler de Bachar el-Assad, tout comme les Etats-Unis et la France. Ce scénario n’est pas logique d’autant que le régime syrien, et malgré toutes les attaques, a réussi à tenir. Nous devons nous rappeler que dès le début du conflit, personne ne s’attendait à ce qu’il résiste autant. D’autre part, l’extrémisme qui s’étend et les tentatives des groupuscules islamistes d’établir leur propre Etat constituent un grave danger, non seulement pour la Syrie, mais pour toute la région. Et même pour le monde.

La Russie tente de négocier un rôle pour Bachar el-Assad. Y Réussira-t-elle?
Par-delà même la personne de Bachar el-Assad, la Russie souhaite se débarrasser des terroristes qui menacent sa propre existence et c’est dans ce sens qu’elle apporte son aide au régime. Le Moyen-Orient est une région importante aux yeux des Etats-Unis et encore plus pour Moscou. La Syrie est son espace vital et contribue à sa sécurité nationale. Si nous remontons dans l’histoire, nous découvrons plein d’exemples sur l’importance que revêt la Syrie aux yeux des Russes. Si le régime tombe, c’est toute la Russie qui sera cernée et cela Valdimir Poutine ne l’acceptera jamais. D’autre part, Moscou souhaite la constitution d’un gouvernement d’union nationale, qui doit forcément inclure Assad parce que, malgré les années de guerre, il reste incontournable. Au sein de l’opposition, existent plusieurs coalitions. Et puis, Moscou souhaite l’organisation d’élections présidentielles pour que le peuple puisse exprimer sa volonté.
Personnellement, j’approuve ces propositions et ces élections pourront se dérouler sous l’égide des Nations unies pour assurer transparence et démocratie.

A quelles conclusions la réunion de Vienne parviendra-t-elle?
C’est déjà la mise en place d’un début de dialogue… Attendons voir où cela va conduire… Tout est possible, le meilleur et le pire…

Un effritement de la Syrie est-il possible?
Le 14 février 1982, Kivonim, une revue du mouvement sioniste, a établi une étude dans laquelle l’objectif est la partition de toute la région en mini-Etats sectaires. Ce scénario est très dangereux et doit à tout prix être combattu.

Pourquoi les responsables syriens, qu’ils fassent partie du régime ou de l’opposition, ont-ils été écartés de la conférence de Vienne?
Parce que certains pays refusent d’assister à toute conférence à laquelle participerait le régime. De ce fait, toutes les parties syriennes ont été éloignées.

Le Liban est présent, cette fois, à une conférence sur la Syrie, alors que, par le passé, c’était Damas qui le représentait et parlait en son nom. Vous, qui avez été ministre des Affaires étrangères, vous attendiez-vous à un tel revirement de situation?
J’ai toujours été contre la politique de distanciation. Le Liban ne pouvait pas et ne peut rester à l’écart de ce qui se passe en Syrie. Nous accueillons des réfugiés syriens chez nous, des gens armés venus de Syrie, une atmosphère d’insécurité du fait du conflit dans ce pays.
Ce qui se passe là-bas a forcément des répercussions au pays du Cèdre, il est normal que nous soyons présents à une telle conférence.
 

Propos recueillis par Danièle Gergès

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