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Nº 3026 du vendredi 6 novembre 2015

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Rencontre

Père Joseph Mouannès. «Les chrétiens ont l’épée sur la gorge»

Dans un rapport très sévère à l’égard de l’Eglise maronite, le cardinal Dominique Mamberti accuserait les responsables religieux de ne pas protéger les chrétiens du Liban et du Moyen-Orient, allant jusqu’à les accabler de se vautrer dans le luxe et d’oublier les souffrances de leurs sujets. Magazine a rencontré père Joseph Mouannès* pour une mise au point.
 

Le cardinal Dominique Mamberti aurait rédigé un rapport dans lequel il accable l’Eglise maronite et la tient responsable de la situation des chrétiens au Liban et dans tout le Moyen-Orient. A votre avis, l’Eglise ne tient-elle pas le rôle qui lui incombe?
En effet, le cardinal Mamberti a rédigé un rapport très négatif de la situation de l’Eglise maronite et des chrétiens du Liban. Il pointe du doigt l’avenir des chrétiens dans toute la région du Moyen-Orient. Il a assuré que du fait de la vacance à la tête de l’Etat libanais et de l’inconscience des autorités, les chrétiens ne seront plus à même d’occuper la première magistrature et que l’ensemble de leur avenir est en danger. Je ne partage pas son avis.

Sur quels éléments son argumentation repose-t-elle?
Il avance que l’Eglise ne s’occupe pas des régions limitrophes avec la Syrie et Israël, ni même de celles situées au cœur du Liban. Il mentionne, par exemple, l’école de Hammana et dit qu’à l’instar d’autres institutions, elle va fermer ses portes et que l’Eglise ne bouge pas pour empêcher sa fermeture. Il a souligné donc l’absence d’écoles dans les régions localisées hors de Beyrouth, mais aussi celle d’hôpitaux, de branches universitaires, d’administrations… il a évoqué la vente des terrains à des non-chrétiens, se demandant ce que fait l’Eglise pour empêcher ces transactions. Il a assuré que l’intérêt de l’Eglise se concentre entre Kfarchima et Madfoun, accusant également les autorités religieuses et, spécifiquement les évêques, de mener une vie de luxe alors que le peuple s’appauvrit de plus en plus.

N’y a-t-il rien de vrai dans toutes ces accusations?
Je reconnais nos péchés, nos manques et nos défaillances. Et comme le pape l’a fait, je demande pardon au nom de l’Evangile et de ma vocation de moine religieux maronite, qui a joué le rôle de saint Charbel dans un film consacré au saint homme. Cet homme qui a mené une vie de mysticisme et de recueillement. Mais soulignons quand même que l’Eglise n’a eu de cesse de porter intérêt à toutes les régions en y construisant, écoles, églises, monastères, asiles, hôpitaux… D’autre part, le patriarche Béchara Raï appelle sans cesse à l’élection d’un président de la République. Ce n’est pas sa faute si les politiciens ne collaborent pas. Il est tout à fait faux que nous vivons dans le luxe et le plaisir. Beaucoup d’entre nous vivent dans la fidélité à l’Evangile et aux valeurs mystiques maronites, dans l’austérité et même parfois la pauvreté. Nous sommes pécheurs, nous le reconnaissons. Nous ne sommes pas tous dans cet univers de péché. Notre Eglise a récemment donné de grands saints au monde. Rome a toujours soutenu les maronites depuis le pape Hermezda qui a dit: «Les maronites sont comme une rose dans les épines de l’Orient». Et n’oublions pas ce que le pape Jean-Paul II a déclaré en parlant du Liban pays-message et les propos du pape François.

Mais nous ne pouvons pas nier que la situation des chrétiens est en danger et que dans le fond et la forme, ils ne sentent pas un réel intérêt de la part de l’Eglise…
Oui, les chrétiens sont en danger. Ils ont l’épée sur la gorge. Ils sont déplacés, massacrés, broyés par l’extrémisme et l’obscurantisme qui prévalent actuellement. D’ailleurs, c’est le cas de toutes les minorités qui sont persécutées dans la région du Moyen-Orient. Toutefois, après toutes ces souffrances et ces ténèbres, il y aura un matin radieux, illuminé de paix, de liberté et de dignité humaine, car je crois que le sang des martyrs est le printemps de l’Eglise.

Propos recueillis par Danièle Gergès

* Secrétaire de la Commission épiscopale pour les communications sociales, responsable de la branche presse et professeur d’anthropologie.

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