Magazine Le Mensuel

Nº 3030 du vendredi 4 décembre 2015

Semaine politique

Nadim Gemayel, député d’Achrafié. «Frangié ne serait pas un président neutre»

Alors que l’élection présidentielle revient en force sur le terrain, par le biais de la candidature du chef des Marada, Sleiman Frangié, le député Nadim Gemayel confie, dans un entretien à Magazine, sa farouche opposition «à l’élection de l’allié de Bachar el-Assad à la présidence de la République libanaise».
 

Que pensez-vous de la candidature du président Amine Gemayel à la présidence?
Ceci n’est pas nouveau. Dès le départ, le bureau politique du parti Kataëb a pris la décision de soutenir la candidature d’Amine Gemayel et il ne se rétractera pas. Amine Gemayel est notre candidat à la présidence de la République.

Cette candidature n’est-elle pas de nouveau remise à l’ordre du jour au moment où l’on parle de celle de Sleiman Frangié?
Dès l’ouverture de l’élection présidentielle, nous avons soutenu la candidature d’Amine Gemayel. Il n’était alors même pas question de celle de Sleiman Frangié. A un certain moment, la présidentielle n’était plus du tout d’actualité. Aujourd’hui, c’est toute cette question qui revient à l’ordre du jour avec la candidature de Frangié, qui ne représente pas les valeurs du 14 mars ni celles du parti Kataëb. Plus que jamais, nous avons besoin d’un président qui défend les valeurs de notre parti et de nos martyrs.

Même si, dans une déclaration officielle, l’ancien Premier ministre Saad Hariri adoptait la candidature de Sleiman Frangié?
Il n’y a pas de consensus sur la présidence. Il n’est pas envisageable que nous fassions de compromis sur nos principes fondamentaux. Nous ne pouvons pas faire des concessions ou des compromis à ce niveau. Nous pouvons peut-être le faire sur le gouvernement, sur la déclaration ministérielle ou sur d’autres sujets, mais pas en ce qui concerne la présidence de la République. Nous avons besoin d’un vrai républicain et non de quelqu’un qui se vante de son amitié avec Bachar (el-Assad, ndlr) et sa démocratie.

Donc en tant que Kataëb, vous ne voterez pas pour Sleiman Frangié même s’il est appuyé par Saad Hariri…
Je vous réponds à titre personnel. Saad Hariri représente sa propre personne. Il peut prendre la décision qui convient à lui et à ses partisans et nous prendrons celle qui répond à nos principes et à nos valeurs. Hariri ne peut pas nous donner des garanties concernant Sleiman Frangié qui ne représente pas ce que nous aspirons pour l’Etat. Ma position n’est pas personnelle tout comme elle n’est pas fondée sur des considérations familiales. C’est une position purement politique.

On dirait que la principale opposition à la candidature de Sleiman Frangié viendrait des pôles chrétiens…
D’un point de vue politique, il est vrai qu’elle vient essentiellement des partis politiques chrétiens, des Forces libanaises pour des raisons évidentes et des aounistes, à un moindre degré. Pourtant, l’opposition populaire, sunnite ou chrétienne, est très féroce. Le peuple est contre l’arrivée de Frangié à la présidence. Est-ce que la rue suit Saad Hariri dans sa décision? La réaction des Kataëb est normale vu notre opposition aux principes et à la politique de Frangié. Il est normal que Kataëb et Forces libanaises, pour des raisons différentes, s’opposent à cette candidature. Ce ne serait pas un président neutre. Frangié est intrinsèquement lié au régime syrien et à la puissance iranienne au Liban et au Moyen-Orient. Son élection représente l’arrivée d’un mini-Bachar au pouvoir, ce qui est inconcevable pour nous. Nous avons boycotté l’Etat pendant des années à cause de la présence syrienne. Nous n’accepterons pas aujourd’hui que le pays soit offert à Bachar el-Assad sur un plateau d’argent.

Nous avons assisté à un rapprochement entre les Kataëb et Saad Hariri lors de la visite à Paris de cheikh Samy Gemayel…
Ce rapprochement est normal et il a toujours existé. Mais est-ce un rapprochement politique? Je ne sais pas. Il est amical et s’inscrit dans le cadre de la politique de la main tendue du parti. Il faut construire des ponts et établir des liens avec toutes les parties. Mais ceci ne se transcrit pas en politique.

Certaines rumeurs prétendent que la candidature de Sleiman Frangié a été créée pour faire passer une très grosse affaire. Qu’en pensez-vous?
C’est une affaire qui aurait pu aboutir et qui peut toujours aboutir si on ne fait pas bloc pour mettre un terme à cette candidature, afin d’interdire l’arrivée à la présidence d’un proche de Bachar el-Assad. Il faut s’y opposer et on fera tout pour empêcher que cela n’arrive. n

Propos recueillis par Joëlle Seif

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