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Nº 3045 du vendredi 18 mars 2016

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Saad Hariri version 2016. Un homme serein et sûr de lui

Si le 14 mars 2005 a réuni ceux dont l’union était impensable, la politique et les intérêts personnels les ont bien séparés. De ce fameux élan populaire né en ce jour historique, il ne reste plus que des souvenirs, de la déception et beaucoup d’amertume. Ce mouvement se résume actuellement à une seule personne: Saad Hariri.

Depuis qu’il est revenu au Liban pour la commémoration du XIe anniversaire de l’assassinat de son père, Saad Hariri est apparu en homme nouveau. Dans son attitude, dans son discours, quelque chose a changé. Lorsqu’il a pris la parole au Biel le 14 février, son assurance était indéniable. Aucune hésitation, le verbe haut, une prononciation claire. Il n’a pas hésité à multiplier les pointes à l’encontre de son principal allié Samir Geagea et de son ennemi intime, le Hezbollah.
A peine rentré, il a entrepris une tournée auprès des personnalités politiques. S’il ne veut plus entendre parler d’Achraf Rifi, il a, en revanche, déployé des efforts dans une tentative de rassembler la scène sunnite en visitant Fayçal Karamé et en recevant Abdel-Rahim Mrad. Après l’avalanche de critiques qu’il a essuyées à la suite de ses propos et de son attitude envers Samir Geagea, il s’est rendu le lendemain à Maarab pour réparer l’affront. Sur le plan chrétien, il n’arrête pas de courtiser le parti Kataëb en commençant sa tournée auprès de Samy Gemayel. D’ailleurs, il n’a pas cessé, depuis son retour, de réserver un traitement très spécial aux Gemayel, père et fils. Sur la scène du Biel, il les a chaleureusement entourés, multipliant embrassades et accolades, alors qu’il ignorait superbement Samir Geagea, lui tournant carrément le dos.  
 

Une grande sérénité
Dans son discours politique, Saad Hariri affiche une grande sérénité. Il promet un président de la République pour le mois d’avril et fait une sérieuse campagne pour son candidat, Sleiman Frangié, l’exhortant à se rendre au Parlement pour la séance du 2 mars. Il appelle à l’exercice de la démocratie et invite tous les blocs à se rendre place de l’Etoile, affirmant qu’il est prêt à accepter le résultat de l’élection quel qu’il soit, allant jusqu’à avancer qu’il serait le premier à féliciter le général Michel Aoun au cas où il serait élu. C’est comme si son simple retour a contribué à débloquer tous les dossiers en suspens et à dynamiser une vie politique qui ne cesse de tourner en rond.

 

L’estime de Berry
Dans sa première entrevue télévisée dans le cadre de l’émission Kalam el-nass, sur la LBCI, Saad Hariri avait beaucoup de prestance et s’exprimait avec toute l’assurance d’un Premier ministre qu’il n’est pas. Sûr de lui, il a affirmé que l’affaire des déchets serait résolue dans les jours qui viennent. Un exploit qu’en huit mois l’actuel locataire du Grand sérail, Tammam Salam, n’a pas réussi à faire. Certains disent même que c’est l’équipe de Hariri qui entravait toutes les solutions, allant jusqu’à avancer qu’elle a laissé exprès les choses atteindre ce stade, comme si elle voulait bien montrer que le véritable chef du gouvernement c’était bien lui et qu’il est le seul à pouvoir régler tous les problèmes.
Malgré la crise avec l’Arabie saoudite, Saad Hariri garde la main tendue au Hezbollah et maintient le dialogue avec lui. Au cours de son entrevue télévisée, il a appelé, encore une fois, sayyed Hassan Nasrallah à se retirer de Syrie, lui adressant un «Je suis revenu au Liban, faites-en de même». Il a affirmé, à maintes reprises, qu’il était prêt à se réunir avec lui, alors que le Hezbollah est classé organisation terroriste par le royaume. Cette attitude lui a d’ailleurs valu toute l’appréciation et l’estime du président Nabih Berry.

Joëlle Seif
 

Le coup de grâce
Le chef des Forces libanaises, Samir Gagea, reconnaît aujourd’hui que le 14 mars n’est pas au meilleur de sa forme, mais il s’y accroche dans le but de l’édification de l’Etat de droit. Il estime que la crise que traverse le 14 mars n’est pas fondamentale, mais uniquement passagère. Alors qu’il était l’artisan et l’un des piliers de ce mouvement, le Courant patriotique libre a été le premier à se retirer de cette formation après le fameux accord quadripartite. Il fut suivi par le leader druze Walid Joumblatt. Par la suite, plusieurs personnalités ont déclaré leur «indépendance» au sein du 14 mars. Mais le coup de grâce assené à ce mouvement fut l’appui de ses principales composantes, les Forces libanaises et le Courant du futur, à deux candidats, proches ou issus du 8 mars. Une initiative qui a fait voler en éclats un édifice dont les murs tenaient à peine.

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