Magazine Le Mensuel

Nº 3046 du vendredi 25 mars 2016

Semaine politique

La région du Nord. Le flanc mou du Liban

La situation sécuritaire et économique du Liban-Nord et le mouvement des réfugiés syriens, logés par milliers sous des tentes de fortune, sont un sujet d’inquiétude. Ambassadeurs et diplomates se sont rendus à Tripoli et dans la région pour s’informer de la réalité de la situation. Des rumeurs circulent faisant état de projets d’ouverture d’un front jihadiste au Akkar pour bloquer l’armée syrienne, contrôler les régions frontalières, empêcher les forces de sécurité libanaises d’arrêter les suspects et les fouilles des dépôts d’armes. Les services de sécurité sont mobilisés face à tout mouvement des cellules dormantes sur ordre de Daech dont le plan d’expansion vers le Liban, et plus particulièrement au Akkar, tient toujours.
Les services de sécurité ont constaté un retour de l’activité sur certains passages illégaux entre le Liban et la Syrie servant à faire passer des produits alimentaires et des troupeaux, avec l’accord de l’armée syrienne. Le but est de faciliter la vie dans les villes et les bourgades fidèles au régime syrien. Ces services craignent qu’ils soient utilisés pour faire passer des combattants. Des partisans de Daech passent en Syrie et en reviennent avec des instructions pour l’exécution d’attaques sur le territoire libanais.
L’objectif de l’Etat islamique est d’infiltrer le Liban sur le double plan sécuritaire et militaire pour les raisons suivantes:
n Devancer les offensives annoncées contre lui par une alliance des Etats du monde et de la région, en organisant une opération de grande envergure. Daech tente de se trouver de nouveaux territoires pour contrer la décision de le frapper en contournant les endroits de son déploiement en Syrie, en Irak et en occupant la communauté internationale avec des crises nouvelles.
n Le but ultime de l’organisation est d’arriver aux rivages de la Méditerranée, objectif que le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, a clairement évoqué à maintes reprises. Après la fermeture du passage vers la Turquie, la seule sortie vers le monde, Daech cherche une autre ouverture sur la mer.

Aïn el-Heloué
Un coup de force islamiste imminent?

La situation sécuritaire du camp de Aïn el-Heloué où règnent le chômage, la misère et le radicalisme, sans oublier la densité populaire, est explosive. Les défis auxquels les réfugiés palestiniens font face au Liban augmentent pour deux raisons. La première est l’arrivée de quelque 50 000 Palestiniens venus de Syrie, qui s’ajoutent aux 350 000 déjà présents au Liban. La deuxième est la régression des services fournis par l’UNRWA. Des Palestiniens sont descendus dans la rue pour accuser l’Office des Nations unies de vouloir la mort lente des réfugiés, privés de travail, de domiciles, de soins de santé et d’enseignement. Toute réduction des services de l’UNRWA se répercutera sur la stabilité libanaise, la vengeance pouvant devenir violente.
Le général Abbas Ibrahim, directeur général de la Sûreté générale, se démène pour résoudre cette crise dont les retombées sur le plan humain, sécuritaire et social seraient très grandes pour le Liban. Il œuvre à réunir les factions palestiniennes avec le directeur général de l’UNRWA, Mathias Chamali.
Les besoins dramatiques poussent de très nombreux jeunes des camps à rejoindre les mouvements radicaux, attirés par différentes tentations notamment celle de la drogue et encouragés par un confessionnalisme exacerbé. Des informations avaient noté la disparition de groupes de jeunes du camp de Aïn el-Heloué qui auraient rejoint, via la Turquie, Raqqa, la capitale autoproclamée de Daech en Syrie.
Le rêve expansionniste de Daech, disent des experts, continue à se réaliser dans les camps palestiniens à travers Aïn el-Heloué. Son plan n’est pas nouveau. Mais l’heure «H» dépend des circonstances et des données. La charge est dévolue à Imad Yassine, ancien commandant du groupe Jund el-Islam et à ses principaux adjoints: Halal Mohammad Hilal et Jamal Ramide el-Chichani, qui comptent de nombreux adeptes infiltrés dans les camps notamment à Taamir-Aïn el-Heloué et el-Menchiyé…
Le Fateh craint les scénarios mis au point par les islamistes à l’intérieur du camp avec Daech pour prendre le contrôle de Jabal el-Halib où le Fateh s’est redéployé avec une force militaire jamais vue.

Chaouki Achkouti

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