Magazine Le Mensuel

Nº 3044 du vendredi 11 mars 2016

Semaine politique

Rencontre Hariri-Mrad. Les sunnites veulent resserrer les rangs

La rencontre entre l’ancien Premier ministre, Saad Hariri, et l’ex-ministre Abdel-Rahim Mrad est une première du genre entre des personnalités sunnites du 14 et du 8 mars. Il est question également d’une entrevue entre Saad Hariri et Najib Mikati, ce dernier se plaçant dans le camp des centristes. Hariri établirait aussi un contact avec l’ancien député Oussama Saad, malgré ses liens avec le Hezbollah. Cette activité n’est pas liée aux élections municipales, mais à deux autres impératifs:
Remettre de l’ordre au sein de la communauté sunnite, vu les nombreux défis auxquels elle fait face. Le Courant du futur doit prendre en compte les autres leaderships et forces sunnites et établir un dialogue avec eux.
La décision de l’Arabie saoudite de diversifier ses relations politiques en dehors du Courant du futur, Hariri n’ayant plus la possibilité de gérer seul tous les dossiers.
Pour en revenir à la réconciliation Hariri-Mrad, après une rivalité de onze ans, certains y voient l’ouverture saoudienne sur Mrad vu sa position dans la guerre du Yémen qui s’est distinguée de celle du Hezbollah. A partir du Caire, il avait déclaré, il y a un mois, que la «sécurité saoudienne est tributaire aussi de celle du Yémen». Ces propos, accompagnés d’encouragements égyptiens et émiratis, ont convaincu Riyad de lever le veto sur lui, de l’accueillir et d’entendre son avis sur la nécessité du dialogue intersunnite.
Pour Mard, il n’était pas permis que les relations avec Riyad ne soient pas bonnes et solides, admettant que même dans l’accord de Taëf, les relations se devaient d’être bonnes avec tous les pays arabes, et plus particulièrement avec la Syrie. Il reconnaît qu’une erreur grossière a été commise à l’égard de l’Arabie en ne dénonçant pas, à l’instar de tous les pays, l’agression contre son ambassade en Iran.
Dans certains milieux du Futur, cette relation, même tardive, a été vue comme une façon de retirer le tapis sous les pieds du Hezbollah dans les villages de la Békaa-Ouest où Mrad bénéficie d’une grande influence. De leur côté, les faucons du Futur, dont les partisans du député Jamal el-Jarrah, ont qualifié ces initiatives de reculades de Hariri. Jarrah et Ziad el-Kadri avaient pourtant été informés, peu avant la réunion avec Mrad, que le mot d’ordre était de ne pas créer un climat hostile à son égard.
Les sources du 8 mars, quant à elles, n’ont pas vu dans la rencontre le passage de Mrad d’un bord à l’autre, mais une preuve que le 8 mars est capable de nouer des liens sur différents sujets. La visite n’a pas, à leurs yeux, une portée de changements d’alliances. Le Hezbollah, pour sa part, observe avec satisfaction l’action de Mrad et affirme que ce dernier ne changera pas de position nationale et que seules certaines circonstances permettent une action qui ne s’écarte pas des constantes.

Chaouki Achkouti
 

Les municipales auront lieu
Le Courant du futur est-il prêt?

A la maison du Centre, Saad Hariri a accueilli des présidents de municipalités et des moukhtars du Akkar et de Beyrouth. Il leur a affirmé que «les élections municipales auront lieu». Les observateurs relèvent que par ces propos, Hariri a donné le feu vert au Courant du futur pour organiser ce scrutin (annoncé en mai) et couper la route à toute autre éventualité. Des rumeurs avaient circulé sur le manque d’enthousiasme du Futur à se lancer dans de tels préparatifs pour les raisons suivantes:
Alors que Saad Hariri était absent du Liban, des divergences avaient opposé les cadres et les partisans du Futur sur fond de luttes d’influences…  Les échos de ce climat sont parvenus à la direction du Futur qui s’est évertuée à y remédier avec le retour au Liban de Hariri. Des forces et des leaders sunnites avaient profité de la situation pour conforter leurs positions face au Courant. A Tripoli, ce fut l’alliance Mikati-Safadi-Karamé et, à Saïda, la Jamaa islamiya s’est ralliée à d’autres forces. Dans la Békaa-Ouest se trouve également un rival politique, l’ancien ministre Abdel-Rahim Mrad, qui s’est rabiboché partiellement avec l’Arabie saoudite.
L’implication de certaines forces dans la crise syrienne a fait surgir des conflits politiques ou religieux dans les milieux sunnites libanais. Ces courants bénéficiaient d’une popularité en dehors du Courant du futur. Ils ont cependant trouvé de la sympathie chez certaines bases du Futur. Ersal est otage des groupes terroristes tels que le Front al-Nosra et Daech. Les réfugiés syriens dépassent par leur nombre les Libanais de la région et les terroristes imposent leurs lois et prononcent parfois des verdicts.
Le Courant du futur n’est pas dans sa meilleure condition pour gérer les municipales. Sa machine, connue pour sa force et sa capacité organisationnelle et financière, n’est pas aussi combative que d’habitude et ses rivaux exagèrent volontairement la crise financière que connaît le Courant. Mais ceux qui gèrent la situation ne le démentent pas.

Chaouki Achkouti

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