Magazine Le Mensuel

Nº 3048 du vendredi 8 avril 2016

Spectacle

Jardin d’amour. Et le silence se fait plaisir…

Jusqu’au 17 avril, les planches du théâtre Monnot accueillent Jardin d’amour, performance musicale, chorégraphique et théâtrale, mise en scène et écrite par Lara Kanso, avec Roger Assaf dans le rôle principal. Rencontre à deux voix.
 

Qu’est-ce qui a décidé Roger Assaf à prendre part à ce projet? La question est inévitable, et la réponse tout aussi déconcertante de simplicité: «Ce n’est pas compliqué, j’aime être acteur», dit-il. «Peu de gens le savent, mais je suis surtout comédien. J’adore l’art d’être comédien. Depuis ma plus tendre enfance, c’est une passion, et quand je suis metteur en scène et que je dirige les acteurs, pendant les répétitions, je suis tout autant acteur, toujours sur scène, à jouer tous les rôles avec eux. Je m’amuse comme un fou et c’est ce qui me fait le plus plaisir». Depuis longtemps, pris par la mise en scène et l’enseignement, il a rarement eu l’occasion de se prêter à sa passion, d’autant plus qu’il ne désire pas n’importe quel rôle. Mais plus d’une fois, il avait accepté de jouer dans des pièces de certains de ses étudiants brillants dont il avait saisi le potentiel, à l’instar de Rabih Mroué dans La prison de sable ou Issam Bou Khaled dans Archipel. Et c’est le cas aujourd’hui avec Lara Kanso dans Jardin d’amour. «Une pièce qu’on n’a pas l’habitude de voir au Liban, ajoute Assaf. Au pays du Cèdre, on aime le comique, la politique, la satire. On n’a pas réellement tendance à faire du théâtre poétique où l’aspect spirituel est plus important que l’aspect réaliste ou narratif».
 

Mystique, philosophique, oui mais…
Pour Lara Kanso, le choix de cette pièce s’est presque imposé à elle, à une période de sa vie où elle avait besoin de dépouillement, de vide, la résonance avec le soufisme s’établissant ainsi naturellement. Un besoin qui croise un souvenir; quand, durant l’un de ses cours de Master à l’Iesav, Roger Assaf raconte l’histoire d’un grand classique du nô japonais, Le tambourin de soie, qu’elle pense immédiatement mettre en scène, fascinée par le Japon et par l’extrême subtilité du nô qu’elle estime n’avoir pas pu traduire sur scène. C’est alors tout un travail de réécriture qu’elle effectue, changeant tous les personnages, modifiant la fin tragique de l’histoire, s’inspirant de La Conférence des oiseaux de Farîd ad-Dîn ‘Attâr, écartant le suicide et la folie pour un anéantissement dans la lumière divine et l’appel mystique, faisant combiner, de manière tout aussi naturelle, la civilisation du Japon et celle de l’Iran.
«Il n’y a rien du théâtre nô, tient-elle encore à préciser, car j’en suis réellement incapable». Roger Assaf d’intervenir pour relever: «L’esprit du nô s’y trouve, modernisé et personnalisé». Et il interviendra un peu plus tard, pour préciser que, contrairement à l’impression qui pourrait s’en dégager d’un spectacle lourd, plein de philosophie et de mysticisme, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un «théâtre divertissant, sérieux, où il y a autant de comique que de tragique, du chant, de la danse, de la musique, une scénographie… Tout est fait avec beaucoup d’esprit créatif. C’est du spectacle!».
Après Les Noces de Zahwa, qui contenait des balbutiements de son univers, de ce qu’elle est, Lara Kanso estime que Jardin d’amour est effectivement son premier travail, sa première expérience de metteuse en scène. Soulevant la chance qu’elle a eue de travailler auprès d’une formidable équipe, simple et sérieuse à la fois, malgré les moments durs auxquels elle a fait face, notamment pour l’écriture du texte qui ne s’est effectuée qu’une fois les répétitions entamées. «Les scènes ont continué à évoluer et continuent d’évoluer tous les jours. Assaf a écrit lui-même ses propres interventions».
Autre question inévitable, des difficultés à diriger Assaf? «Oui! oui!», s’exclame-t-elle, le regard en sourire, joie et malice. En complicité. Alors que Assaf avait auparavant affirmé qu’il est normal et nécessaire qu’il y ait des tensions avec le metteur en scène, des tensions positives. Avant de préciser qu’il aurait écrit le texte différemment, mais qu’il a adapté ses répliques au rythme et aux idées de Lara Kanso. «Je crois, ajoute-t-il, que j’ai contribué à cette atmosphère de copains qui travaillent ensemble, qui se moquent de tout, à commencer d’eux-mêmes. C’est l’esprit du théâtre tel que je l’aime et qui n’est pas du tout un esprit professionnel. Je crois avoir joué un rôle, celui d’empêcher le travail d’être trop sérieux. Et cela correspond à la façon de vivre et de travailler de Lara».

Nayla Rached
 

Du jeudi au dimanche, à 20h30.
Billets en vente à la Librairie Antoine.

Fiche technique
Acteurs: Roger Assaf, Sarah Wardé et Rozy Yazji.
Chanteuse: Daline Jabbour.
Chorégraphe et danseuse: Kazumi Fuchigami.
Scénographie: Niloufar Afnan.
Musique: Khaled Yassine.
Peintures/Illustrations: Nada Matta.
Costumes: Mira Tabet (Amita).
Eclairage: Hagop Derghougassian.
Texte et mise en scène: Lara Kanso.
Production: O de Rose.

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