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Nº 3051 du vendredi 29 avril 2016

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Samvel Mkrtchian, nouvel ambassadeur d’Arménie. Le Liban, modèle de la coexistence

Depuis mars 2016, Samvel Mkrtchian est le nouvel ambassadeur d’Arménie au Liban. Dans un entretien exclusif accordé à Magazine au siège de l’ambassade, à Rabié, le diplomate, dont c’est le premier voyage au Liban, livre ses impressions, évoque la communauté arménienne et parle des échanges entre l’Arménie et le pays du Cèdre.

Cela fait exactement un mois que vous êtes arrivé au Liban. Quel est votre sentiment?
Je me retrouve dans un environnement amical et familier. C’est une tradition d’être bien accueilli par le gouvernement libanais et par la communauté arménienne, grâce au rôle particulier joué par les Arméniens, qui considèrent le Liban comme leur patrie. C’est la raison pour laquelle notre activité s’en trouve facilitée. Nous recevons également un traitement spécial de la part des autorités libanaises.

Quel regard portez-vous sur la communauté libanaise d’origine arménienne?
La diaspora arménienne est très large et se trouve répandue partout au monde à cause du génocide de 1915. Les Arméniens ont quitté leur terre pour d’autres régions. En 1920, le Liban est devenu la terre d’accueil des Arméniens, qui lui ont offert leur loyauté et leur dévouement. Ils ont donné, en retour de leur intégration, une contribution au développement du Liban. La communauté arménienne au Liban est unique de plusieurs manières. Elle ressemble aux autres communautés dans le monde mais, en même temps, elle est différente de par son grand nombre et par son organisation. Elle est devenue une force politique, sociale et économique. Elle est intégrée dans la société civile par le biais de ses institutions éducatives, caritatives et humaines. Cette communauté a joué un rôle clé dans la préservation de l’identité arménienne et contribue au développement de l’Etat d’Arménie. Ma première mission en tant que diplomate est de développer les relations entre l’Arménie et le Liban, d’une part, et les liens entre la communauté arménienne au Liban et l’Arménie, d’autre part. Le rôle de la communauté arménienne au Liban est primordial dans le développement des relations entre nos deux pays.

A combien s’élève le nombre de Libanais d’origine arménienne?
Ce nombre était plus grand dans le passé mais avec les guerres dans la région et au Liban, beaucoup d’Arméniens sont partis vers des pays d’Europe et aux Etats-Unis. Actuellement, cette communauté compte environ 125 000 personnes.

Cette communauté se sent-elle plus arménienne que libanaise?
Elle n’a pas ce sentiment. Son identité est partagée entre les deux. Quand vous assistez à un événement organisé par les Arméniens, c’est bien l’hymne national libanais qui est joué en premier, ensuite vient l’hymne arménien. Ce sont des citoyens fiers d’appartenir au Liban en tant qu’Etat. Ils apprécient que le pays du Cèdre leur ait offert un asile et ait préservé leur identité. Dans aucun endroit au monde, une force ethnique et politique ne peut jouer un rôle aussi particulier que celui joué par les Arméniens au Liban. Même les différents partis politiques sont bien ancrés sur la scène politique libanaise. Ils sont représentés au Parlement et au gouvernement et font partie de plusieurs coalitions. C’est une entité distincte, mais pleinement intégrée dans la société libanaise.

Quelle est votre relation avec les partis arméniens au Liban?
Ils font partie de l’establishment politique libanais, mais ils sont aussi présents en Arménie. Ils contribuent à développer l’Etat libanais et ses structures et font la promotion des causes arméniennes sur le plan international. L’Arménie est un jeune Etat. En septembre, nous célébrons le vingt-cinquième anniversaire de la déclaration d’indépendance, qui a eu lieu le 21 septembre 1991. C’est une courte et longue période en même temps comparée aux autres pays. Si on regarde en arrière, l’histoire de l’Arménie remonte bien loin dans le temps. Comparée à cela, l’Arménie est une jeune nation. Les développements sont rapides. Nous devons être alertes pour pouvoir nous adapter aux nouvelles situations qui émergent et faire face aux nouveaux défis.

Quelles sont les relations économiques entre le Liban et l’Arménie?
Pendant ces 25 années, nous avons tenté de développer les relations économiques. Il existe 120 compagnies qui travaillent en Arménie avec des capitaux libanais. C’est un processus continu. L’une de nos missions consiste à encourager les entrepreneurs et hommes d’affaires libanais à investir en Arménie. De même, nous encourageons les Arméniens à exporter leurs produits vers le Liban. La communauté arménienne au Liban est très utile dans ce sens. Elle contribue à développer ce commerce. Nos deux pays traversent des situations difficiles avec les conflits armés dans le voisinage. Ces éléments ont une influence sur les développements économiques entre l’Arménie et le Liban. Malgré cela, nous déployons des efforts pour développer les relations entre les deux pays. La MEA a un vol direct à Erevan. Ce vol opérait même durant l’occupation soviétique et pendant la période touristique, le nombre de vols a augmenté. Il faut travailler au développement du tourisme entre les deux pays.  

Les Libanais ont-ils besoin d’un visa pour se rendre en Arménie?
Un visa est requis, mais les formalités d’obtention sont simples. Le visa peut être obtenu à l’ambassade ou à l’arrivée à l’aéroport en Arménie. De nombreux Libanais d’origine arménienne ont demandé un passeport arménien et se rendent en Arménie avec ce passeport et vivent entre le Liban et l’Arménie.     

Le Liban a été l’un des rares pays à appuyer l’Arménie et à condamner l’Azerbaïdjan à la suite des attaques dans le Nagorno-Karabach…
La position du gouvernement libanais a été objective. Il a refusé d’appuyer un texte qui reflète un seul point de vue dans ce conflit. Cela est dû aux relations historiques qui lient nos deux nations qui sont, en réalité, une seule et unique nation. La société libanaise est très diversifiée et les Arméniens en font partie. Il y a quelques jours, nous avons commémoré ensemble le 101e souvenir du génocide arménien. Cela prouve la relation spéciale qui existe entre Arméniens et Libanais, ainsi que l’amitié et la compassion du peuple libanais à l’égard du peuple arménien et de ses souffrances. Nous avons exprimé notre gratitude au gouvernement libanais d’avoir affiché une opinion objective devant une organisation internationale dont le Liban est membre, alors que l’Arménie n’en fait pas partie. C’est important pour l’Arménie d’avoir un partenaire qui est à son écoute et défend son point de vue devant les instances internationales.
 

Quelle est votre relation avec les Eglises arméniennes du Liban?
Il existe trois Eglises au Liban: l’Eglise arménienne apostolique, le Catholicosat orthodoxe d’Antélias et l’Eglise catholique évangélique. Elles sont toutes les trois bien établies à travers leurs institutions, leurs écoles, leurs monastères. Mon arrivée a coïncidé avec les fêtes de Pâques et j’ai assisté à trois différents services religieux en un même jour. C’était ma première fonction officielle.

Vous arrivez dans un pays sans président de la République…
Je suis un ambassadeur agréé. J’ai effectué une visite auprès du ministre des Affaires étrangères. Nous suivons la situation de près et nous espérons qu’un consensus sera trouvé prochainement et qu’un président sera élu bientôt. A ce moment, je présenterai mes lettres de créance officiellement.

Est-ce votre première visite au Liban?
Ma première visite au Liban coïncide avec ma désignation comme ambassadeur. J’avais été informé à propos du pays, mais voir les choses avec ses propres yeux est très différent. Mes impressions sont très positives. Le Liban est un endroit unique où il existe une interaction entre les différentes religions et communautés. Parfois, je me demande comment un pays si petit peut contenir et accueillir autant de gens différents, tout cela de manière très harmonieuse. C’est un pays où s’entremêlent en toute beauté la culture orientale et la culture occidentale. Le Liban doit être présent au-devant de la scène mondiale pour promouvoir la coexistence et l’harmonie entre diverses civilisations, en particulier dans ce moment de notre histoire. Le pays du Cèdre montre au monde que la diversité et la différence peuvent être gérées de manière très efficace. J’ai bon espoir que le Liban conserve sa stabilité interne et externe. La stabilité est essentielle pour le développement de la société. Je souhaite au Liban la prospérité et l’instauration d’une paix durable.

Propos recueillis par Joëlle Seif

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