Magazine Le Mensuel

Nº 3054 du vendredi 20 mai 2016

Economie & Finances

La Loi américaine contre le Hezbollah. A la recherche d’un modus vivendi

L’heure n’est pas aux surenchères dans l’affaire de l’application de la loi américaine de lutte contre le financement du Hezbollah (Hifpa-2015). Les moments sont difficiles et critiques pour tous les acteurs économiques et financiers. D’une part, l’obtention d’un amendement de la législation n’est pas une sinécure, d’autant qu’il s’agit d’une loi votée par le Congrès américain. D’autre part, une certaine interprétation américaine des dispositions de cette loi pourrait aboutir à la pénalisation, cette fois, de l’ensemble du secteur bancaire domestique. Le volume du marché libanais en termes de commissions est si insignifiant pour les banques américaines correspondantes qu’elles préfèrent naturellement chercher à avoir un De-Risk de 0% dans leurs relations financières avec le secteur libanais. Dans ce prolongement, les commissions s’élèveraient, dans les meilleurs cas de figure, pour une banque libanaise, à près d’un million et demi de dollars par an, alors que pour une banque en Amérique latine, ce montant serait de plusieurs centaines de millions de dollars. Interrogée par Magazine, une source bancaire a fustigé toute tentative de semer la discorde entre les parties prenantes sur la scène locale, appelant, à la même occasion, la presse à assumer ses responsabilités et à éviter de s’impliquer dans des polémiques malintentionnées qui ne serviraient, au bout du compte, que les ennemis du Liban.
 

Préserver les chiites
Aujourd’hui, il est impératif de calmer le jeu et de mettre le temps à profit afin de trouver un modus vivendi qui ne violerait pas les dispositions américaines et qui permettrait, en même temps, aux Libanais appartenant à la communauté chiite et aux institutions ayant des actionnaires chiites de vivre et de fonctionner normalement.
Pour cela, les autorités monétaires ne restent pas les bras croisés. Le gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, se trouve déjà aux Etats-Unis et ne devrait pas rentrer de sitôt, selon une autre source bancaire. Il aurait entamé des contacts tous azimuts auprès de l’Administration américaine afin d’obtenir des clarifications et des précisions se rapportant à une série de questionnements en rapport avec l’interprétation de la loi. La source interrogée a considéré que les vice-gouverneurs de la Banque centrale, Raëd Charafeddine et Mohammad Baasri, qui ont de bonnes relations avec les autorités américaines de par leur fonction, devraient rejoindre le patron de la BDL dans le cadre de ses efforts déployés dans le pays de l’oncle Sam. Cette action serait menée simultanément avec la reprise d’un lobbying de députés et d’hommes d’affaires respectés aux Etats-Unis, tel l’ancien ministre et actuel député Yassine Jaber. De son côté, le Hezbollah aurait à s’accommoder provisoirement d’un rythme de fonctionnement financier basé sur l’austérité et le respect de certaines règles, en attendant un dénouement de ce contentieux.  

 

L’exemple de l’Iran
La création d’un modus vivendi n’est pas impossible. La source bancaire fait référence à l’Iran qui a vécu des décennies sous embargo américain et qui a tenu le coup jusqu’à ce qu’une solution définitive ait été trouvée au contentieux mettant aux prises les deux pays. Ceci dit, les citoyens qui ne sont pas concernés d’une manière directe ou indirecte par le Hezbollah, et qui se trouvent parfois confrontés à la décision d’une banque de fermer leurs comptes à titre indicatif de domiciliation de leurs factures d’électricité, de téléphone fixe et/ou portable, devraient se rabattre sur le moyen de paiement en cash auprès des établissements de services publics, comme c’était le cas au Liban il y a près de vingt ans. A cette époque, les paiements électroniques par la carte bancaire et les paiements via le réseau bancaire étaient inexistants ou embryonnaires.
Quant aux émoluments des ministres et députés, lesquels ne peuvent pas être soupçonnés de faire l’objet de financement du terrorisme compte tenu de leur montant modique, les responsables se présenteraient à la caisse du ministère des Finances pour retirer leurs salaires en livres libanaises, comme c’était également le cas, il n’y a pas si longtemps, pour l’ensemble des fonctionnaires de l’Etat.
Prié de dire si les banques islamiques constitueraient un exutoire à un éventuel financement du terrorisme et du Hezbollah, la source bancaire a répondu par la négative, indiquant que la seule différence à ce niveau précisément entre une banque islamique et une banque commerciale réside dans le fait que la première ne verse pas d’intérêts, mais pour les autres services comme l’ouverture d’un crédit documentaire ou les placements d’argent, ils se font en dollars. En réponse à une question, la même source fait valoir qu’un chèque libellé en livres libanaises émis par une entité qui tomberait sous le couperet des dispositions de la loi américaine pourrait entraîner des sanctions contre tout le secteur bancaire libanais, les autorités américaines justifiant que ledit chèque passe obligatoirement par la chambre de compensation des chèques, où se retrouvent les représentants de tous les établissements de crédit libanais.
Dans cette foulée, l’Association des banques aurait entamé auprès des responsables, qui seraient éventuellement concernés par la loi américaine, une tournée d’explication des mesures prises par ses membres. Comment peut-il en être autrement au Liban où le secteur bancaire est la pierre angulaire de toute croissance économique?

Liliane Mokbel
 

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