Magazine Le Mensuel

Nº 3058 du vendredi 17 juin 2016

Economie & Finances

Le rapatriement d’une toile d’un Libanais est taxé

A écouter les galeristes libanais, on se rend compte que le ministère de la Culture a encore beaucoup de pain sur la planche malgré ses efforts tangibles au niveau de la sensibilisation des citoyens à l’art et au patrimoine national. Il n’existe pas au sein du ministère un département qui délivrerait un certificat de reconnaissance de peintre à un artiste. Un tel certificat lui permettrait de voyager avec ses œuvres dans de nombreux pays sans avoir à s’acquitter des taxes douanières. Une telle mesure incitative est en vigueur aux Etats-Unis, faisant de ce pays une place privilégiée pour les marchands de l’art. Au Liban, tel n’est malheureusement pas le cas, comme l’explique Saleh Barakat, propriétaire d’une galerie portant son nom à Clémenceau. «L’acquéreur d’une toile de Moustafa Farroukh, achetée à Washington, devrait payer des droits de douane lors de son rapatriement», dit-il, à titre d’exemple. Répondant à une question de Magazine, il déclare: «Les galeristes locaux font de la résistance culturelle et entendent préserver la place de Beyrouth comme un lieu privilégié du marché de l’art dans la région en dépit de tentatives de concurrence de la part de Dubaï». «Le marché local est marqué par la présence de spéculateurs qui faussent quelque peu le marché, dans la mesure où ils sont prêts à revendre les tableaux acquis dès qu’une plus-value, aussi minime soit-elle, est enregistrée», dit-il, ajoutant que les mécènes et les amateurs d’art sont devenus rares. Pour ce qui est des prix affichés pour certains peintres qui semblent peu correspondre au pouvoir d’achat des Libanais à moyen et haut revenus, Saleh Barakat considère que la cote d’une œuvre est la même partout dans le monde, faisant référence aux toiles de Nabil Nahas, Américain d’origine libanaise installé aux USA, exposées dans sa galerie et dont les prix varient entre 100 000 et 250 000 dollars. «Il s’agit d’œuvres destinées à une clientèle de grands collectionneurs et à une clientèle institutionnelle», dit-il. Heureusement, les grands établissements libanais, en l’occurrence les banques, achètent de plus en plus de toiles de peintres libanais, alors que le ministère de la Culture a un budget annuel pour l’acquisition d’un certain nombre d’entre elles. A cet effet, un jury est constitué pour la sélection des œuvres les plus méritantes.
A Beyrouth, tout est possible. Les Libanais veulent croire en leur art et en leurs artistes, qui sont en train d’exploser sur la scène internationale. L’ébullition culturelle se fait de plus en plus ressentir. L’absence d’un soutien solide de la part du gouvernement incite les initiatives privées.

Des facteurs objectifs
Certes, le prix de toute œuvre d’art dépend du talent de son auteur. Toutefois, d’une façon qui n’est surprenante qu’en apparence, le prix de vente constaté pour un tableau dépend de critères tout à fait objectifs, en particulier la technique utilisée (huile, aquarelle, acrylique…), les dimensions, l’expérience et la notoriété de l’auteur: le nombre d’expositions personnelles réalisées par l’artiste, le nombre d’expositions collectives auxquelles il a participé, le nombre d’articles de presse significatifs le concernant, l’existence d’un site officiel réservé à l’artiste sur le Web, le nombre de livres consacrés à l’artiste et la formation (école d’art, autodidacte).

Iran
Les Libanais doivent investir dans les actifs doux

Il n’y a plus lieu de se poser la question concernant l’opportunité de se rendre ou pas en Iran pour faire du business, la réponse ayant été donnée par un groupe de consultants libanais qui sont déjà sur place depuis plus d’un an. «Il est même un peu tard», rétorque Elie Srouji, partenaire associé d’Inbex Consultants (Téhéran). Les Français y sont déjà en force, les rues de la capitale iranienne regorgent de Peugeot 206, alors que les Allemands sont présents au niveau des technologies. Néanmoins, il faut que les Libanais étudient soigneusement les secteurs où ils entendent investir. Le marché iranien est suffisamment concurrentiel et il est préférable de s’abstenir de faire des placements dans des domaines où le secteur public est un acteur économique actif tel celui de l’immobilier. Srouji nuance ses propos et recommande aux Libanais de se tourner vers l’investissement dans les actifs doux (soft assets) en termes d’avoirs tangibles telles les ressources humaines, ou intangibles, tels les marques et le savoir-faire. Il considère que la stabilité politique est suffisamment solide dans le pays dans le sens où il n’y aurait pas de prémices de révolution ou de renversement de régime, les tiraillements se font entre gauche et droite dans le cadre d’un jeu politique domestique dont les contours sont définis. «Sur le plan sécuritaire, il est plus sûr de circuler la nuit dans les rues de Téhéran que dans celles de Beyrouth», souligne Ralph Nader, CEO de la société Amber Consultant (Liban-Téhéran), qui fait remarquer que la société iranienne est ouverte, tolérante et évolue d’une manière soutenue, les femmes travaillant aussi bien que les hommes. La demande étant plus forte que l’offre en termes de parcs hôteliers et de restauration, Nader considère que ce secteur est prometteur. D’autant que les enseignes internationales commencent à s’implanter sur le marché, entraînant dans leur sillage la nécessité pour les hôtels existants de se moderniser. Si les nouveaux entrants iraniens sur le marché du travail sont des éléments éduqués, les hauts cadres, notamment les gestionnaires qualifiés, font cependant défaut. «Un créneau à prendre au sérieux par les Libanais désormais réputés pour leur maîtrise de la gestion des affaires», dit-il. Les experts interrogés font état de la présence de restaurants iraniens qui ont copié les concepts de nombreuses enseignes libanaises et internationales sur le double plan de la forme (couleur du logo; formes et couleurs des canapés) et du fond (menu similaire). Toutefois, le produit offert n’a rien de similaire en termes de qualité et de goût à celui disponible dans les maisons mères. Une loi pour la protection des marques commerciales existe, mais son application dépend de la volonté des usurpés de faire valoir leurs droits, l’Iran, rappelle-t-on, étant membre de la Wipo.
Samer Karam, directeur de la start-up Megaphone, qui a effectué une visite de travail en mai accompagné d’une quinzaine de start-up libanaises, affirme que l’une d’elles, travaillant dans la mode, est en passe de signer un contrat à Téhéran. A la question de savoir si certains Libanais pourraient avoir des problèmes d’entrée en Iran, faisant allusion à ceux qui auraient des tampons de visa d’entrée en Arabie saoudite, Karam affirme ne pas avoir eu ce genre de difficultés. Mais «les Libanais sont connus pour aimer renouveler chaque année leurs passeports et la majorité d’entre eux détiennent deux passeports étant des binationaux», souligne-t-il.

Liliane Mokbel

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