Magazine Le Mensuel

Nº 3098 du vendredi 1er février 2019

Point final

Téléphone cellulaire: entre utilité et abus

Alors que le nombre de personnes possédant un téléphone cellulaire (TC) augmente rapidement, il en va de même pour le nombre d'individus qui utilisent  leur TC d’une façon démesurée. Lorsque ces appareils ont été inventés, ils étaient destinés à faciliter la vie. Cependant, aujourd’hui, de nombreuses personnes n’ont plus de vie sociale parce qu’elles ne savent pas quand les désactiver. C’est une arme à double tranchant.
Vous connaissez sûrement quelqu’un qui est accro à son portable. Il peut s’agir de quelqu'un qui envoie des messages toute la journée alors qu’il devrait faire son travail, ou bien d’un individu qui laisse son téléphone activé dans certains endroits même si cela est contraire aux règles, par crainte de manquer un appel. Pire encore sont ceux qui écrivent des messages au volant de leur voiture. Ces personnes auront une crise d’angoisse si elles oublient leur téléphone à la maison et ne peuvent pas profiter de ce qu’elles font avant de le récupérer.
Malheureusement, l’utilisation abusive du TC devient plus répandue à mesure que de plus en plus d’enfants l’utilisent. Une étude statistique a montré que les enfants japonais ne se lient pas d’amitié avec des camarades n’ayant pas de téléphone. Une autre étude souligne que les trois quarts des enfants hongrois possèdent un TC. Une autre encore, menée en Italie, indique qu’un quart des adolescents avaient plusieurs téléphones, tandis qu’en Grande-Bretagne, 36% des étudiants interrogés ont admis qu’ils ne pourraient pas vivre sans leur appareil, et que 7% ont déclaré avoir perdu un emploi ou une relation à cause de son utilisation abusive.
On se demande si ces abus pourraient être qualifiés de réelle dépendance, telle que celle que l’on peut observer vis-à-vis de la drogue. Il existe, en effet, quelques similitudes. Les accros au portable l’utilisent pour se sentir mieux. Ils semblent même accroître leur utilisation au fil du temps pour obtenir la même sensation que lorsqu’ils ont commencé à l’utiliser. Il existe également des problèmes d’anxiété lorsque l’utilisateur n’a pas son téléphone à disposition, ce que l’on peut appeler la nomophobie*. Avec les dépendances régulières, il y a généralement des changements biologiques au niveau du cerveau, comme c’est le cas de la toxicomanie, de l’alcoolisme ou de la dépendance tabagique. Dans ce cadre, une étude effectuée sur le cerveau d’un utilisateur excessif du téléphone cellulaire pourrait être nécessaire pour que cette tendance soit considérée comme une véritable dépendance.
Notre équipe de recherche a réalisé une étude sur 600 élèves des classes secondaires de différentes écoles de Beyrouth et nous avons trouvé, entre autres, que la qualité du sommeil se détériore avec l’augmentation du niveau de dépendance au TC (Travail présenté au Congrès du sommeil à Lille- France le 23-11-2018).
Les téléphones cellulaires facilitent la vie, mais vous ne devez pas perdre de vue qu’il existe une vie sans eux. Testez votre niveau de dépendance au téléphone cellulaire et comment la vaincre sur:
https://psychcentral.com/quizzes/internet-addiction-quiz/
https://www.santemagazine.fr/actualites/addiction-au-smartphone-trois-conseils-simples-pour-la-diminuer-309324
* La nomophobie: no mo(bile-phone) phobia désigne la peur excessive d›être séparé de son téléphone mobile et de l’anxiété lors de la perte du réseau.

Professeur Ramez Chahine
Doyen, Faculté de la Santé
Université de La Sagesse

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