Magazine Le Mensuel

Nº 2857 du vendredi 10 août 2012

Confidences Moyen-Orient

Confidences Moyen-Orient

Abdi Jeylani Malaq Marshalle est mort, assassiné à sa sortie d’une station de radio à Mogadishu. L’humoriste et journaliste somalien, connu pour ses critiques des partis islamistes, a payé de sa vie son droit à la libre expression. Dans un pays déchiré depuis vingt ans par une guerre civile sans merci, les fanatiques n’apprécient guère d’être critiqués. Cet énième crime, commis dans une des villes les plus dangereuses du monde, est bien entendu resté impuni, puisque l’assassin a quitté les lieux sans être inquiété. Depuis le début de cette année, huit autres journalistes somaliens ont été assassinés. Les meurtries n’ont jamais été arrêtés.

Hamadi el-Jabali, Premier ministre tunisien et numéro deux du mouvement islamiste Ennahda, pourrait perdre son poste au profit de son ministre de l’Intérieur, Ali el-Arid. Il faut dire que Jabali multiplie les bourdes, embarrassant les islamistes qui tentent de redorer leur blason devant la communauté internationale et l’opinion publique locale. Dernier épisode en date, le chef du gouvernement aurait estimé que la Tunisie vivait sous un «tout nouveau régime dictatorial». Des propos jugés choquants, qui ont poussé le Premier ministre à assurer qu’il s’était trompé de mot et voulait dire un régime démocratique. Mais rien à faire, les journaux locaux et les politiciens tunisiens se sont déchaînés contre le chef du gouvernement, qui pourrait en fin de compte perde son poste à cause de ses déclarations maladroites. Il y a quelques mois, el-Jabali assurait que sous Ennahda, la Tunisie connaîtrait un sixième califat. Ce jour-là, s’était-il trompé d’idée?

L’opposition koweïtienne ne cédera pas
Les partis d’opposition koweïtiens ont décidé de boycotter les prochaines élections législatives, en signe de protestation contre la décision du gouvernement de modifier le découpage des circonscriptions afin de les priver de leur chance d’accéder en force au Parlement. Les opposants ont aussi fait savoir qu’au cas où le Premier ministre ne faisait pas marche arrière, ils transposeraient leurs protestations dans la rue, ce qui constituerait un défi majeur pour la famille princière  des Sabah. Entre-temps, la tentative du pouvoir de remettre en selle le Parlement de 2009 a échoué, car le quorum requis n’a pas été atteint. Le pays fait, par conséquent, face à la crise politique la plus sérieuse de son histoire, ce qui nécessite une intervention rapide et urgente de l’émir.         

Le Hamas se rapproche d’al-Qaïda
Le mouvement islamiste palestinien, Hamas, qui contrôle la Bande de Gaza depuis 2007, a surpris les observateurs après sa décision de libérer un dirigeant de la branche locale d’al-Qaïda détenu dans les geôles du mouvement depuis près de deux ans. Hicham el-Deidani, mieux connu sous le nom de cheikh Abou el-Walid el-Makdessi, qui n’est autre que l’émir du mouvement terroriste, a été libéré, à condition de quitter Gaza pour Amman, où il est supposé s’installer sagement dans sa maison, promettant aux autorités jordaniennes de ne pratiquer aucune activité politique. Condamné à une longue peine de prison, Abou el-Walid, a été libéré sans une révision de son procès. La justice à Gaza semble avoir des critères qui lui sont propres.

 

 

En pointillé
La communauté copte égyptienne est victime d’une campagne de violence depuis le début de cet été. Des dizaines de maisons appartenant à des familles chrétiennes ont été saccagées et pillées par des salafistes dans la province d’al-Minyah. Aggravant davantage la situation, les juges ont condamné les chrétiens qui défendaient leurs propriétés à des peines de prison, sans pour autant demander des comptes aux assaillants. Devant ce nouveau scandale, le président islamiste Mohammad Morsi a tenté de rassurer cette communauté très importante, affirmant que des enquêtes seront diligentées afin de déterminer l’identité des agresseurs. Mais ces promesses ne rassurent guère les chrétiens qui savent qu’ils sont plus que jamais la cible de crimes à connotation confessionnelle et que les Ikhwan ne leur feront aucun cadeau.

 

 

 

 

 

 

 

 

La justice américaine entre en jeu
L’ordre donné par la justice américaine à la secrétaire d’Etat Hillary Clinton de rayer le nom de l’organisation Mujahidee Khalq de la liste des organisations terroristes en a surpris plus d’un. En effet, cette milice armée qui mène depuis des dizaines d’années une guérilla contre le régime iranien est impliquée dans un grand nombre d’opérations terroristes. Dirigé par Mariam Rajavi, le groupe n’a jamais caché ses intentions, et considère la lutte armée comme un moyen légitime. L’Administration Obama, qui avait maintenu des relations froides avec les Mujahidee Khalq, pourra dorénavant traiter avec ce mouvement, devenu du jour au lendemain respectable aux yeux de la justice américaine. Cette décision tombe à point nommé, puisque Washington envisage de durcir les pressions et de renforcer les sanctions contre le régime iranien qui tente, selon lui, de développer un programme nucléaire à des fins militaires. Rajavi, qui se trouve à Paris, n’aura pas à attendre longtemps avant d’être la bienvenue au pays de l’Oncle Sam.            

 

 

 

 

 

Les lois saddamiennes de retour
L’Irak, qui se croyait libéré pour de bon de la dictature, découvre, neuf ans après la chute de Saddam Hussein, que rien n’a vraiment changé. En effet, le gouvernement du très autoritaire Nouri el-Maliki vient de proposer une loi punissant d’une peine de prison à vie les abus des bloggeurs! Ce projet, qui pave la voie à la persécution des internautes, a été farouchement critiqué par les organisations des droits de l’homme, qui ont noté qu’il ne respectait pas la liberté de parole des citoyens irakiens, pourtant garantie par la Constitution. Mais vu que le Parlement du pays est paralysé depuis de longs mois, cette loi ne verra probablement jamais le jour. Ce serait mieux pour tout le monde.

 

 

 

Mechaal dans l’embarras
Le leader du mouvement palestinien, Hamas, Khaled Mechaal, qui a visité le Maroc en juillet, s’est retrouvé dans une position très difficile. En effet, lors d’un dîner offert en son honneur par Omar el-Khatib, fils du fondateur du parti islamiste au pouvoir Justice et Développement, un invité bien embarrassant pour Mechaal était présent. L’activiste israélien Ofeir Bernstein, président du Centre de Paix, se trouvait à deux pas du dirigeant palestinien, ce qui a embarrassé les islamistes qui refusent toute forme de normalisation avec l’Etat hébreu. Pire encore, Bernstein avait occupé dans le passé un poste au sein du gouvernement israélien aux côtés de Benjamin Ben Eliazar, et faisait partie de la délégation israélienne aux pourparlers de paix d’Oslo. Le Hamas, qui avait au début répondu absent, a ensuite fait savoir qu’aucune rencontre n’avait eu lieu entre Mechaal et Bernstein, ajoutant que les Palestiniens ignoraient même la présence de ce dernier au dîner.

Pas de cadeau pour Karroubi
Le leader réformiste iranien Mehdi Karroubi, ancien chef du Parlement sous le mandat du président Ahmad Khatami, assigné à domicile depuis février 2011, n’a pas pu participer à l’enterrement de sa sœur malgré la demande qu’il avait adressée en ce sens aux autorités. Mais le régime iranien ne veut rien entendre et insiste à priver l’un des chefs de l’opposition de toute liberté de mouvement. Face à ce nouvel affront et à l’indignation qui a suivi, le gouvernement d’Ahmadinejad a dû faire un geste, permettant à des membres de la famille de Karroubi de lui rendre visite pendant quelques heures chez lui. Il faut dire que cette situation qui dure depuis plus de cinq cents jours étonne sous un régime qui prétend avoir fait tomber une dictature pour rendre au peuple ses droits.

Abdallah face à ses responsabilités
Le roi de Jordanie Abdallah Ibn el-Hussein, qui se trouve depuis de longs mois sous la pression des mouvements islamistes réclamant davantage de libertés et de transparence, est confronté à un nouveau défi: celui des Palestiniens. En effet, un grand nombre d’intellectuels jordaniens ont adressé une lettre très franche au monarque hachémite, dans laquelle ils exposent les nombreuses exactions commises contre les citoyens jordaniens d’origine palestinienne. Parmi les signataires figurent un grand nombre d’anciens ministres et députés, qui ont noté que les Palestiniens étaient exclus des décrets de clémence royale. Ils ajoutent que bien que citoyens jordaniens à part entière, ils n’avaient pas le droit d’entrer dans l’armée ou dans la police. Même au sein des universités, aucune chance ne leur est accordée puisque les recteurs exigent de connaître l’origine des étudiants, des pratiques très anciennes qui datent du temps du roi Hussein. Or ceci est très surprenant, vu que la reine Rania est elle-même d’origine palestinienne. Mais il n’est pas facile de changer les mauvaises habitudes au royaume hachémite!

4,2 milliards de dollars représentent la valeur du contrat d’armes qui vient d’être signé entre le Pentagone et le ministère koweïtien de la Défense. Le petit émirat veut se doter de la meilleure technologie américaine pour se protéger contre une éventuelle attaque balistique iranienne, au cas où la situation dans le Golfe devait dégénérer. Le contrat stipule la vente de soixante missiles dernière technologie pour protéger le pays et le doter d’un arsenal très efficace. Mais l’affaire n’est toujours pas conclue, car le congrès américain pourrait s’opposer à cette vente si ses membres décidaient que les intérêts des Etats-Unis ou de son allié israélien sont menacés. Du côté de Tel-Aviv, et contrairement à des cas précédents, aucune réserve n’a été exprimée. Après tout, les responsables israéliens observent avec plaisir les relations très tendues entre l’Iran et ses voisins arabes et savent qu’ils n’ont rien à craindre des monarchies du Golfe, plus occupées à combattre l’Iran qu’à libérer la Palestine.

13000 médecins doivent être recrutés par les Emirats arabes unis d’ici 2013 dans les différents hôpitaux. Le pays, qui compte un peu plus de quatre millions d’habitants dont une grande majorité d’étrangers a expressément besoin de praticiens, car les citoyens émiratis ne sont pas vraiment doués pour les études et préfèrent profiter des joies de la vie dans un Etat considéré comme l’un des plus riches au monde. Dans le passé, le pays de Zayed manquait d’hôpitaux et pour se soigner, il fallait voyager en Arabie saoudite voisine. Mais ce ne sera plus le cas bientôt, puisqu’un plan a été mis en place pour satisfaire les demandes locales, et une longue file d’attente de plusieurs milliers de docteurs a fait surface suite à cette annonce. Les Emirats font rêver les médecins du monde entier avec des salaires mirobolants.

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