Magazine Le Mensuel

Nº 2938 du vendredi 28 février 2014

Semaine politique

Situation chaotique à Ersal. Hermel: les terroristes ciblent l’armée

Un nouvel attentat suicide a attaqué un barrage de l’Armée libanaise dans la région du Hermel, alors que la situation sécuritaire semble déraper vers le pire, à quelques kilomètres de là, à Ersal, où transitent les véhicules piégés.
 

Le Front al-Nosra-Liban a revendiqué l’attentat suicide du samedi 22 février au soir contre un check-point de l’Armée libanaise à Hermel. L’institution militaire aurait été visée pour avoir «facilité l’entrée des hommes et des armes (du Hezbollah) en Syrie via les passages frontaliers du Liban, et aux yeux du gouvernement libanais fantoche et de l’Armée libanaise», selon un tweet diffusé par l’organisation terroriste sur les réseaux sociaux. Une jeep de type Grand Cherokee attire l’attention des militaires postés au barrage de l’armée sur le pont de l’Oronte, à l’entrée de la ville du Hermel. La voiture est conduite par un kamikaze qui actionne la charge tuant l’officier. Le lieutenant Elias Khoury, qui l’avait arrêté et enjoint de mettre pied à terre, est tué. Le soldat Hamzé Faytarouni et le chauffeur de taxi, Mohammad Ayoub, figurent aussi parmi les victimes, alors que dix-sept autres personnes sont blessées, dont cinq militaires en poste au barrage.
La charge a été évaluée à 125 kilos d’explosifs, selon un artificier de l’armée, mais le kamikaze n’a pas pu être identifié.
Selon des sources, s’exprimant sous couvert d’anonymat, la situation à Ersal, une bourgade voisine, décrite comme point de passage pour les véhicules piégés vers le Liban, semble échapper au contrôle des responsables. «Des gangs armés sont derrière le kidnapping, peu médiatisé, de journalistes étrangers, une situation qui pourrait s’aggraver», assure un activiste local. De même, en raison de l’intensité des combats de l’autre côté de la frontière, l’afflux de Syriens, dont certains sont soupçonnés d’être des rebelles appartenant au Front islamique ou à al-Nosra, contribue au chaos qui sévit dans la bourgade. Un désordre qui, de surcroît, faciliterait les opérations terroristes au Liban. Les services de renseignements de l’armée ont également arrêté un ressortissant de Ersal, Hussein Kassem el-Atrache, ainsi qu’un Syrien disposant d’une fausse carte d’identité libanaise dans la région de Qaa, limitrophe de celle de Ersal. Les deux hommes sont soupçonnés d’activités terroristes.
Hussein Kassem el-Atrache est l’oncle de Omar el-Atrache. A l’instar de son neveu, il est soupçonné d’avoir facilité le transfert de voitures piégées dans la banlieue sud de Beyrouth. «Hussein Kassem el-Atrache est un homme simple et son implication dans de tels attentats semble peu probable», s’étonne le même activiste s’exprimant sous couvert d’anonymat. Omar el-Atrache avait été arrêté à la fin du mois de janvier. Il entretiendrait des liens avec des terroristes à l’intérieur de la Syrie et aurait mis en place une cellule terroriste au Liban regroupant des Libanais, des Syriens et des Palestiniens.
Lors de son interrogatoire, ce dernier a avoué avoir fait parvenir jusqu’à Beyrouth des voitures piégées. Les véhicules lui avaient été remis par un Syrien connu sous le pseudonyme d’Abou Khaled et Atrache avait pour mission de les livrer à Naïm Abbas.
Le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Sakr Sakr, a engagé des poursuites contre Hussein Kassem el-Atrache et cinq autres personnes, en raison de leur implication dans deux attentats suicide, le 2 et le 21 janvier à Haret Hreik, un quartier du sud de la capitale libanaise. En concomitance, le juge Sakr a engagé des poursuites contre le responsable dans les Brigades Abdallah Azzam, Naïm Abbas, actuellement en détention.
La montée de la tension après chaque attentat ou bombardement entre le village de Ersal et les régions à majorité chiite l’entourant ne fait que raviver les sentiments sectaires facilement instrumentalisés par les groupes radicaux.

Mona Alami

Les «couloirs de la mort»
Après l’attentat du Hermel, le ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, a appelé à «la fermeture des couloirs de la mort dans les deux sens, du Liban vers la Syrie et de ce pays vers le Liban». Il a invité «les parties concernées à contribuer politiquement à cela et à reconsidérer leur position concernant la guerre en Syrie». Machnouk a plaidé en faveur d’une coopération avec la communauté internationale et les experts pour faire face au takfirisme qui tue aveuglément. Le ministre de la Défense, Samir Mokbel, a pour sa part affirmé que rien n’empêchera l’armée de poursuivre sa lutte contre le 
terrorisme et les criminels. «Ceux qui se sont consacrés au service du pays lui resteront fidèles comme le pays restera fidèle à leurs sacrifices», a-t-il dit.

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