Magazine Le Mensuel

Nº 2848 du vendredi 8 juin 2012

Associations

Act for the disappeared. Pour ne pas les oublier

Sous le patronage de l’ambassade des Pays-Bas, l’association ACT for the disappeared a organisé un concours artistique étudiants pour désigner le poster qui représente le mieux la cause des disparus de la Guerre civile.

«Les familles des disparus ont le droit de savoir. Les millions de Libanais aussi». Ce sont des victimes que l’on entend peu. Pourtant, entre 1975 et 1990, des centaines de personnes, principalement des civils, ont purement et simplement disparu des écrans radars. Depuis 1982, date de la première manifestation de parents de disparus, les familles attendent des réponses. Et avec l’usure du temps et des générations qui passent, ces dossiers tombent progressivement dans l’anonymat. L’association ACT s’est donné la mission de les faire vivre. Tel est le dur labeur de toutes ces associations qui font un travail admirable d’abnégation. Fonctionnant quasi exclusivement sur le bénévolat, ces petites organisations multiplient les événements pour sensibiliser les consciences. Le 23 mai, dans les locaux de la galerie Art Lounge, à la Quarantaine, du côté de Beyrouth, plusieurs dizaines d’étudiants de graphic design se sont réunis pour connaître le verdict d’un concours artistique lancé au mois de mars dernier.
Le sujet, la promotion de la cause des disparus de la guerre civile. Après avoir promu le concours dans six universités libanaises, 36 posters ont été soumis à deux jurys de sélection. Le premier, composé principalement de directeurs artistiques d’agences de publicité, a fait un premier choix de 10 panneaux qui ont été exposés à l’Art Lounge. Sur les murs de la galerie sont exposés des collages épurés, des montages photos plutôt fins, des dessins intimistes, souvent en noir et blanc, enfantins ou très adultes. Entre politique et émotion, ces posters expriment surtout une colère, une douleur aussi rentrée que vive. Les affiches sélectionnées ont ensuite été soumises à un second jury qui a sélectionné trois affiches gagnantes en fonction de leur pertinence et la nouveauté du message. Un second jury composé notamment du président de SOLIDE, le toujours aussi charismatique Ghazi Aad; des représentants de Human Rights Watch, de KAFA, de Kunhadi et, évidemment, d’un représentant de l'association ACT.
Ce 23 mai, l’ambassadeur du royaume des Pays-Bas, Hero de Boer, a ouvert la cérémonie par un discours dans lequel il explique le soutien de son pays au secteur associatif libanais dans sa globalité. «Il est important pour la réconciliation nationale d’en savoir plus sur le sort de ces disparus». S’est ensuite exprimée Wadad Halouani, présidente du Comité des familles des personnes enlevées ou disparues au Liban, qui a souligné l'importance d'engager la jeune génération sur cette question, remerciant les jeunes pour leur implication dans la compétition. «Il est difficile de vivre dans l’attente de quelqu’un qui ne vient jamais. Il est difficile de ne pas pouvoir voir ou embrasser nos proches sans savoir ce qu’ils sont devenus. Imaginez la douleur des mères et des enfants qui ont vu leur temps passer sans qu’aucune réponse n’ait été donnée à leurs questions». La colère fleure le discours. «Nous attendons aujourd’hui des décisions officielles. Nous avons des droits qui doivent être respectés, et devons cesser de protéger les responsables».   
Après ce message poignant, c’est Ghazi Aad qui a désigné les trois meilleures affiches, et a expliqué les raisons de la sélection du jury. Dans les locaux de l’Art Lounge, les sourires étaient de mise malgré la lourdeur de la cause qu’ACT défend. Beaucoup de jeunes étaient présents. L’association l’a bien compris, c’est désormais à la nouvelle génération de prendre le flambeau. Dans les prochaines semaines, toutes ces œuvres seront exposées dans plusieurs lieux sur le territoire libanais. En espérant que le public soit au rendez-vous.

Julien Abi Ramia

 

17000, ce n’est pas de la monnaie
L’affiche qui a remporté la mise est l’œuvre d’Edham Abi Faraj, étudiant à la Lebanese International University (LIU). Sur le haut de l’affiche, un billet de 10000 L.L., un billet de 5000 L.L. et deux billets de 1000 L.L. A la place des sites touristiques dessinés sur ces billets, l’artiste a intégré des visages en noir et blanc. 17000, ou le nombre de disparus libanais. L’affiche est barrée de ce slogan choc: «17000, ce n’est pas de la monnaie» avec cette phrase en plus petit caractère: «Rejoignez-nous pour soutenir les familles de disparus et trouver des solutions pour leur retour auprès de leurs proches».

 


Le prix Samir Kassir récompense une Egyptienne et un Jordanien

Le Prix Samir Kassir a été décerné à une Egyptienne et à un Jordanien pour leurs articles respectifs traitant de la disparition du journaliste égyptien Rida Hilal sous le mandat de Hosni Moubarak et de la vie dans les bureaux des services secrets syriens.
 

Près de 160 journalistes ont participé à la sixième édition du prix Samir Kassir. Deux d’entre eux ont été récompensés et leurs prix leur ont été remis par la chef de la délégation de l’Union européenne, Angelina Eichhorst et Gisèle Kassir, présidente de la Fondation Samir Kassir. L’annonce des résultats a eu lieu symboliquement le 2 juin, date anniversaire de l’assassinat de Samir Kassir, victime de l’explosion de sa voiture au bas de son immeuble.
Dans la catégorie «article d’opinion», c’est le Jordanien Suleiman al-Khalidi qui a remporté la palme pour son article intitulé «l’humanité brisée au sein des services de sécurité syriens». Il y raconte son expérience personnelle avec ces services alors qu’il assurait la couverture médiatique des manifestations qui se déroulaient dans ce pays. Emu, touché par cette reconnaissance pour son travail, il a déclaré: «Je suis très heureux d’avoir reçu ce prix, mais j’avoue par ailleurs que je suis triste et malheureux de constater que la situation en Syrie ne fait que se détériorer. Les pertes humaines sont impressionnantes et je suis profondément inquiet quant à l’avenir de ce pays qui tient une place particulière dans mon cœur».
Dans la catégorie «enquête-reportage», c’est la journaliste égyptienne Pakinam Amera qui a remporté le prix haut la main pour son article: «la curieuse affaire de Rida Hilal». Elle part à la trace de ce journaliste égyptien, mystérieusement disparu en 2003, parce qu’il dénonçait les exactions commises par le régime de l’ancien président égyptien Hosni Moubarak. Dans son allocution, elle souligne qu’il est primordial pour elle de parler de cette disparition. «Le prix que je remporte aujourd’hui, dit-elle, porte le nom d’un illustre personnage connu pour avoir défendu férocement la liberté d’expression malgré les risques bien réels du métier de journaliste».
Pour sa part Angelina  Eichhorst a évoqué les risques qui entravent le chemin des journalistes dans l’accomplissement de leur travail. «Depuis l’année 2011, affirme le chef de la délégation européenne, plus de 90 journalistes ont perdu la vie dans l’exécution de leur métier. De nombreux autres ont subi des intimidations, des harcèlements, des enlèvements, des détentions arbitraires ou encore la torture. Malheureusement, c’est un fait: le droit à la liberté d’expression a besoin d’être constamment défendu et protégé», conclut-elle.
Il est évident que le prix Samir Kassir, décerné depuis 2006, par l’Union européenne a gagné en popularité depuis sa création comme en témoigne le nombre croissant de candidats. Cet engouement, selon les responsables, serait dû au fait que le prix promeut une liberté d’expression très souvent bafouée au Moyen-Orient et assure aux gagnants une notoriété internationale et une somme de dix mille euros qui permet aux gagnants une plus grande indépendance financière et une plus grande confiance dans leurs capacités. Danièle

Les conditions de participation
Le concours était ouvert aux candidatures venant des pays du pourtour méditerranéen, du Moyen-Orient et du golfe. Deux prix sont décernés à l’auteur du meilleur «article d’opinion» et la meilleure «enquête-reportage», qui traitent de l’Etat de droit ou des droits de l’homme, comme la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, la liberté de presse… le jury est composé de 7 membres arabes et étrangers issus des milieux des médias et de la société civile et d’un observateur représentant l’Union européenne. L’Union européenne et la Fondation Kassir se réservent le droit de publier les textes gagnants dans leurs propres médias.

 


Un cœur pour Philippe (UCPP)


Soigner les malades du cœur


 

Créée en mémoire de Philippe el-Hage, décédé à l’âge de 25 ans des suites d’une cardiomyopathie, l’association Un cœur pour Philippe veille à la prise en charge médicale et financière des malades
souffrant d’insuffisance cardiaque terminale et ayant besoin de pompe ou de greffe cardiaque.
La cardiomyopathie est une maladie du muscle cardiaque. Elle touche le muscle du cœur et réduit ainsi sa capacité de pomper le sang vers le reste de l’organisme.
Une greffe cardiaque est souvent nécessaire pour les patients souffrant de cardiomyopathie avancée. Un cœur pour Philippe (UCPP) est une association qui s’adresse aux adultes et aux enfants touchés par une insuffisance cardiaque terminale et ayant besoin de pompe ou de greffe cardiaque.
 

Ces opérations, urgentes et nécessaires à la survie du patient, ont un coût inabordable et excessif pour la plupart des malades qui en souffrent.  L’Association contribue donc à soigner les patients libanais et participe à leur prise en charge financière et médicale afin qu’ils puissent bénéficier d’un traitement adapté sans distinction de leur confession, de leur lieu de résidence ou de leur appartenance. Parmi ses objectifs, organiser des campagnes d’information pour recueillir des fonds et sensibiliser le grand public aux besoins des malades du cœur. L’Association vise
également à collaborer avec des organismes internationaux ou des autorités locales et entreprend des actions de partenariat avec tout autre association poursuivant les mêmes buts. Le Dr Tony Abdel-Massih, spécialiste en maladies cardiovasculaires et hyper-
tension à l’Hôtel-Dieu de France et membre de l’UCPP, souligne que la greffe du cœur au Liban n’est pas actuellement développée comme il le faut. La communauté médicale en association avec le ministère de la Santé publique essaient d’établir des protocoles de fonctionnement au niveau national. Pour le cardiologue, le pourcentage de guérison est acceptable, mais il existe malheureusement un nombre extrêmement faible de donneurs.
Des campagnes de sensibilisation
Pour collecter des fonds, l’Association
organise des campagnes d’information, des concerts et d’autres événements. Un dîner de gala sera organisé prochainement pour recueillir des fonds. Un cœur pour Philippe a déjà contribué à l’achat d’une pompe
cardiaque dont le coût est de 100000 euros.
n Nada Jureidini
Un site web sera disponible prochainement à l’adresse: www.uncoeurpourphilippe.org

Trois questions au Dr Tony Abdel-Massih

Parlez-nous de l’UCPP.
Un cœur pour Philippe (UCPP) est une association humanitaire qui contribue à soigner les patients condamnés par une insuffisance cardiaque terminale. Elle est née en mémoire de Philippe el-Hage qui souffrait d’une cardiomyopathie et qui est décédé le 31 mai 2010, à l’âge de 25 ans. Il avait été à l’origine d’une mobilisation sans précédent pour lui permettre de bénéficier d’une transplantation cardiaque à Paris. L’insuffisance cardiaque est l’incapacité du muscle cardiaque à assurer le débit sanguin suffisant pour couvrir les besoins énergétiques de l’organisme. C’est un problème majeur de santé publique dans le monde. Elle frappe une à cinq personnes pour mille par an dans les pays industrialisés. Son pronostic ainsi que la qualité de vie sont pires que certains cancers comme ceux du sein, du côlon, de la vessie, etc.
Qu’avez-vous réalisé grâce aux dons collectés jusqu’à présent?
Nous avons réussi à implanter trois cœurs artificiels à trois malades (âgés de 42, 54 et 61 ans
respectivement) incapables de faire le moindre effort et à risque de mort imminente. Ils ont repris un train de vie quasi normal. C’est une machine de 300 g implantée chirurgicalement au-dessous du cœur natif pour remplacer sa fonction de recevoir le sang et de le pomper dans l’aorte, en gardant ce cœur natif en place et vivant.
Quels sont les futurs projets de l’association?
Nous avons un plan d’action assez ambitieux. Mais celui-ci ne pourrait être réalisé que grâce à la générosité des gens. Nous voudrions sauver le plus grand nombre possible de gens, mais il faut savoir que chaque pompe coûte 100000 euros. A noter que le ministère de la Santé publique et la Sécurité sociale ne couvrent pas les frais de cette machine.

Propos recueillis par N.J.

 

Trois questions au Dr Tony Abdel-Massih

Parlez-nous de l’UCPP.
Un cœur pour Philippe (UCPP) est une association humanitaire qui contribue à soigner les patients condamnés par une insuffisance cardiaque terminale. Elle est née en mémoire de Philippe el-Hage qui souffrait d’une cardiomyopathie et qui est décédé le 31 mai 2010, à l’âge de 25 ans. Il avait été à l’origine d’une mobilisation sans précédent pour lui permettre de bénéficier d’une transplantation cardiaque à Paris. L’insuffisance cardiaque est l’incapacité du muscle cardiaque à assurer le débit sanguin suffisant pour couvrir les besoins énergétiques de l’organisme. C’est un problème majeur de santé publique dans le monde. Elle frappe une à cinq personnes pour mille par an dans les pays industrialisés. Son pronostic ainsi que la qualité de vie sont pires que certains cancers comme ceux du sein, du côlon, de la vessie, etc.
 

Qu’avez-vous réalisé grâce aux dons collectés jusqu’à présent?
Nous avons réussi à implanter trois cœurs artificiels à trois malades (âgés de 42, 54 et 61 ans
respectivement) incapables de faire le moindre effort et à risque de mort imminente. Ils ont repris un train de vie quasi normal. C’est une machine de 300 g implantée chirurgicalement au-dessous du cœur natif pour remplacer sa fonction de recevoir le sang et de le pomper dans l’aorte, en gardant ce cœur natif en place et vivant.

 

Quels sont les futurs projets de l’association?
Nous avons un plan d’action assez ambitieux. Mais celui-ci ne pourrait être réalisé que grâce à la générosité des gens. Nous voudrions sauver le plus grand nombre possible de gens, mais il faut savoir que chaque pompe coûte 100000 euros. A noter que le ministère de la Santé publique et la Sécurité sociale ne couvrent pas les frais de cette machine.

Propos recueillis par N.J.

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