Magazine Le Mensuel

Nº 2877 du vendredi 28 décembre 2012

Confidences Moyen-Orient

Confidences Moyen-Orient

Le vieux veut rester?  
On le disait vieillissant, mourant même. Mais voilà, le président algérien Abdelaziz Bouteflika, âgé de soixante-seize ans et dont le mandat s’achève l’année prochaine, pourrait rester à son poste. Les proches du président assurent que leur chef serait prêt à «céder à la pression de la rue et à se présenter pour un quatrième mandat». Cette annonce, qui a eu l’effet d’une bombe vu que Bouteflika répétait, durant les deux dernières années, qu’il était fatigué et souhaitait se reposer, serait due selon des observateurs à la lutte acharnée pour le pouvoir entre ses successeurs potentiels. L’armée, qui craint de voir la scène politique exploser, a préféré ainsi que le président soit reconduit à ses fonctions même si ses chances de terminer un quatrième mandat semblent minimes, vu son état de santé.

 

 

 

«Stériliser les juifs»
L’imam salafiste Ahmad el-Soheili a choqué la société tunisienne connue pour sa tolérance religieuse. Dans un sermon, l’imam a demandé que les femmes et les hommes juifs soient stérilisés pour ne plus pouvoir se reproduire, «car cette race ne mérite pas d’exister». Stupéfaction au pays de Bourguiba, surtout parmi les organisations des droits de l’homme qui se sont empressées d’engager des poursuites contre Soheili qui insiste à «répandre la haine». Plus de deux mille juifs vivaient en Tunisie, mais depuis la révolution des jasmins, beaucoup d’entre eux ont pris le chemin de l’exil.    

Kadri Jamil l’homme politique syrien proche de Moscou, qui occupe depuis quelques mois le poste de vice-Premier ministre, vient de faire des déclarations pour le moins bizarres en Russie, où il se trouvait en visite. Le régime, a-t-il dit, est prêt à dialoguer avec l’opposition et Kadri Jamil, en tant que leader de l’opposition, s’est dit prêt à le faire avec le pouvoir. L’ancien communiste n’a apparemment pas compris que sa participation au gouvernement syrien signifie qu’il n’est plus membre de l’opposition. Après de telles déclarations, est-il toujours surprenant de voir l’état dans lequel se trouve actuellement le régime syrien?

Abed Rabo Mansour Hadi le président yéménite, a enfin pris les choses en main après sa décision de renvoyer le fils d’Ali Abdallah Saleh, le général Ahmad Saleh, de son poste. Ce dernier, chef de la Garde présidentielle depuis le temps où son père tenait les rênes du pouvoir à Sanaa, a vu son poste purement et simplement supprimé, puisque Hadi a ordonné la dissolution de la Garde. D’autres membres de la famille du président déchu seront aussi limogés, dont son neveu, chef d’une autre unité d’élite au sein de l’armée. Cette épuration est sollicitée depuis de longs mois par les forces de l’opposition qui considèrent que toutes les institutions d’Etat, et surtout l’armée, doivent être épurées des éléments pro-Saleh. Triste fin pour le général Ahmad Saleh qui pensait pouvoir, un jour, succéder à son père à la présidence de la République.

En pointillé…
Le roi Abdallah II Ibn el-Hussein a maintenu, depuis le début des troubles en Syrie, une position équilibrée pour protéger le royaume des répercussions de la crise syrienne. Mais depuis quelques semaines, il semble que le palais royal ait recommandé aux institutions gouvernementales de changer la politique adoptée et de prendre leur distance avec les rebelles syriens. Le roi voit d’un très mauvais œil la montée en puissance de l’organisation des Frères musulmans dans le monde arabe, et selon lui, avoir un régime islamique à Damas constituerait une menace directe pour la monarchie hachémite. Il a informé ses alliés occidentaux qu’au cas où Bachar el-Assad tombait, le régime radical qui lui succédera représentera un danger pour les pays arabes dits modérés. Désormais, les opposants syriens devront tenir leurs réunions loin d’Amman. Et après tout, les hôtels de Doha sont beaucoup plus modernes!

Assad tombera… tôt ou tard!
Depuis le début de la crise syrienne, le gouvernement irakien a toujours soutenu le régime de Bachar el-Assad. Après tout, Bagdad qui se trouve sous l’emprise de Téhéran, ne veut pas voir un gouvernement à majorité sunnite arriver au pouvoir en Syrie. Mais à la surprise générale, le ministre des Finances irakien, Rafeh el-Issawi, a déclaré que Bachar el-Assad allait tomber tôt ou tard. Il a ainsi déclaré: «Ce n’est plus qu’une question de semaines avant de voir le régime du Baas s’effondrer, puisque les batailles ont atteint l’aéroport de Damas». Il n’est pas sûr cependant que ce repositionnement irakien soit suffisant pour faire oublier aux rebelles syriens le soutien offert par Bagdad à Damas pendant près de deux ans. Les relations entre les deux voisins, qui ont connu au cours des cinquante dernières années plusieurs malentendus, devront maintenir la même voie, du moins dans les années à venir.

 

 

L’ex-raïs va mal
Hosni Moubarak ne va pas bien. Il est victime, chaque semaine,  d’accidents qui ont provoqué une dégradation de son état de santé. Pendant ces dernières semaines, l’ancien raïs est tombé à plusieurs reprises alors qu’il faisait sa toilette, provoquant des fractures et des blessures qui ont rendu l’octogénaire très vulnérable. Son avocat, qui a présenté une demande au procureur général pour que son client soit détenu dans l’hôpital miliaire et non pas dans la prison de Torra, attend toujours une réponse qui ne viendra probablement jamais. Le peuple égyptien, connu pour son humanisme et sa fierté, ne tardera sûrement pas à pardonner les erreurs commises par Moubarak, surtout que son successeur rend nombreux les nostalgiques de l’ère Moubarak.

 

 

Téhéran et Tel-Aviv ne lâchent rien
La République islamique d’Iran et l’Etat hébreu semblent mener une bataille sur tous les fronts possibles et imaginables. En effet, les deux Etats tentent de gagner à tout prix les faveurs de l’Erythrée, un pays qui jouit d’une position stratégique sur les bords de la mer Rouge. Ainsi, au moment même où Tel-Aviv tentait de négocier le déploiement de quelques dizaines de militaires dans les ports érythréens pour, soi-disant, contrer la menace émanant des pirates de la mer, Téhéran a marqué un point en signant un accord militaire permettant aux navires de guerre iraniens d’accoster aux ports de ce pays de la Corne de l’Afrique. Ces développements sont vus d’un très mauvais œil par le voisin et ennemi éthiopien qui n’apprécie guère l’intérêt grandissant porté par des puissances régionales à une partie du monde qu’il considère sienne.

Le Sud, zone militaire!
Le Parlement libyen vient de prendre une décision pour le moins surprenante: déclarer zone militaire toutes les régions sud du pays. Du jamais vu, puisque la superficie des provinces concernées dépasse des centaines de milliers de kilomètres carrés. Résultat, les frontières avec le Tchad, l’Algérie, le Niger et le Soudan seront fermées jusqu’à nouvel ordre. Le ministre de la Défense a aussitôt nommé pour la région un gouverneur militaire qui détient des pouvoirs absolus et qui a le droit d’arrêter et de juger n’importe quelle personne à des peines pouvant atteindre la condamnation à mort. Même du temps de Mouammar Kadhafi, les walis n’avaient pas d’aussi vastes pouvoirs, ce qui suscite beaucoup de questions encore sans réponses dans le pays d’Omar el-Mokhtar.

Erdogan remporte la bataille
Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan qui se mêle de tout a mené une guerre sans merci contre la série Le Harem du sultan. Il semble avoir obtenu gain de cause avec la décision prise par le Parlement à Ankara d’interdire toute œuvre cinématographique qui porterait atteinte à l’Empire ottoman. Par conséquent, la saison trois de la série ne sera pas tournée, car le Premier ministre islamiste considère que l’Empire ottoman, qui a gouverné le monde musulman durant quatre siècles, avait des valeurs morales et humaines et ne peut pas être ridiculisé de la sorte. Drôle de lecture de l’Histoire, le monde arabe, innovateur en médecine, mathématique et chimie, ayant connu les pires heures de son Histoire pendant tout le règne du sultanat. Mais il ne faut surtout pas le dire à Erdogan qui n’est pas vraiment connu pour son ouverture d’esprit. Mouhannad devra bien se tenir s’il veut que ses prochains rôles ne soient pas interdits par les islamistes.   

20000 livres égyptiennes est le montant que devra payer le cheikh Abdallah Badr pour les insultes et les injures qu’il avait adressées à l’icône du grand écran égyptien Elham Chahine. Le cheikh avait traité l’actrice de garce, ce qui avait poussé cette dernière à le poursuivre en justice. Le prêcheur salafiste devra aussi passer une année derrière les barreaux. Si le verdict n’est pas une vraie surprise vu les propos très durs de Badr, il reste que ce dernier avait refusé de participer à l’audience, préférant protester en dehors du tribunal avec des dizaines de ses supporters. Ces derniers n’ont pas manqué de menacer le juge qui a ordonné cette sentence, tout en promettant de punir très sévèrement Chahine pour «son immoralité et sa décadence». Il est loin le temps où les stars du grand écran égyptien étaient traitées comme des dieux vivants.

4,2 millions de dollars est la somme que le gouvernement irakien a dépensée sur les milliers de réfugiés syriens accueillis au pays des deux fleuves. Cette somme, plutôt modeste, est due au fait que le Premier ministre Nouri el-Maliki ne souhaite pas recevoir un flux de réfugiés syriens à majorité sunnite. Des centaines de personnes attendent des mois à la frontière sans se voir accorder l’autorisation de passer. Pire encore, ceux qui ont eu la chance d’être accueillis en Irak sont interdits d’y travailler. Aucun d’entre eux n’a réussi à obtenir les documents nécessaires pour régulariser sa situation. Drôle de voisin l’Irak, vu que pendant près de neuf ans, des centaines de milliers d’Irakiens avaient trouvé refuge en Syrie où ils étaient soutenus et suivis par le gouvernement syrien. Le Premier ministre irakien, Nouri el-Maliki, a apparemment la mémoire courte, lui qui avait passé ses longues années d’exil au pays des Omeyades!

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