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Nº 2939 du vendredi 7 mars 2014

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Nazem el-Khoury, conseiller présidentiel. «Le chef de l’Etat ne visait pas le Hezbollah en particulier»

«La déclaration du chef de l’Etat n’était pas dirigée contre le Hezbollah. L’intention de Michel Sleiman était d’accélérer les choses et non de les compliquer. Il craint un vide constitutionnel dans toutes les institutions et en particulier à la présidence. Interview de Nazem el-Khoury, ancien ministre et actuel conseiller du président Sleiman.
 

Le président Michel Sleiman a provoqué une polémique en parlant «d’équations en bois» en allusion à la formule Armée-peuple-Résistance. Le Hezbollah s’est senti directement visé et a réagi vivement en disant que désormais le palais présidentiel a besoin de soins intensifs. Votre commentaire?
La déclaration du chef de l’Etat ne visait pas le Hezbollah en particulier. Il a voulu dire qu’il fallait aborder les points cruciaux certes, mais aller de l’avant et s’entendre sur la déclaration ministérielle. Il est anxieux du fait que toutes les institutions libanaises soient paralysées. Il ne souhaite pas qu’à la fin de son mandat, il y ait un vide à la présidence. Par ailleurs, se tient en ce moment à Paris, une conférence pour aider le Liban. Or, les pays concernés pourraient être moins enthousiastes s’ils constatent que les Libanais n’arrivent pas à s’entendre sur la déclaration ministérielle, alors que cela fait dix mois que le pays attend la formation de ce cabinet. La réaction de certains milieux a été excessive. Ils ont été jusqu’à accuser le président de vouloir  renouveler son mandat. Or, telle n’est pas son intention.

Cette déclaration présidentielle en ce moment critique a jeté de l’huile sur le feu au lieu de rapprocher toutes les parties concernées par la déclaration ministérielle…
Ce n’était pas l’intention du président. Il voulait accélérer les choses et non les compliquer.

En insistant sur l’importance de mettre l’accent sur la déclaration de Baabda dans la déclaration ministérielle, il a suscité également une certaine polémique dans les milieux politiques qui 
considèrent que le chef de l’Etat donne une place dans la Constitution à cette déclaration qui ne peut l’avoir légalement.
Je suis responsable du comité en charge de l’organisation de la table autour de laquelle doit s’instaurer le dialogue nécessaire dans un pays comme le Liban. La déclaration de Baabda n’appartient pas au président. Elle est le fruit d’une entente entre toutes les composantes politiques de ce pays, qui se sont réunies autour de la table du dialogue. Toutes les parties se sont mises d’accord sur la nécessité de la neutralité du Liban. Sur le fait que le pays ne peut s’ingérer dans les affaires des autres et prendre position pour tel ou tel autre.

Cela s’est passé avant que le Hezbollah ne 
participe directement à la guerre en Syrie…
L’Etat libanais n’a pas demandé officiellement au Hezbollah de mettre un terme à son ingérence militaire en Syrie parce qu’il a constaté que, d’une façon ou d’une autre, différentes factions se sont également ingérées dans ce conflit. Mais il est du devoir et de la responsabilité du président de la République de réaffirmer et de rappeler que la déclaration de Baabda est le fruit d’une entente générale, qu’elle a été adoptée à l’unanimité. D’ailleurs, je pense qu’il est temps de réactiver cette table qui ne remplace pas les institutions, mais est susceptible de renforcer les rapports entre les principaux leaders. Le chef de l’Etat  est le garant de la stabilité. La modération à ce niveau est un signe de force et non de faiblesse. Il revient à l’hôte de Baabda de jouer un rôle médiateur pour contenir, aujourd’hui et à l’avenir, les problèmes confessionnels et communautaires.

Certains proches du président Sleiman et de la coalition du 14 mars reprochent au patriarche Béchara Raï de ne pas avoir défendu la position de Sleiman dans son homélie du dimanche. L’auriez-vous souhaité?
Je n’ai pas de commentaire à faire là-dessus.

Le quotidien al-Akhbar a été virulent dans ses articles. Le ministre de la Justice, Achraf Rifi, a décidé de le déférer devant le parquet. Certains voient dans cette position une atteinte aux
 libertés de la presse. Votre avis?
La liberté d’expression est une chose et le blasphème et les accusations d’ordre personnel sont autre chose. Si ce journaliste, en tant que citoyen, a des reproches à faire sur certaines questions, s’il détient, comme il le dit, des informations précises sur la corruption de certains, il peut avoir recours au tribunal. Nous sommes dans un Etat de droit. Respectons les institutions et collaborons avec elles.

Propos recueillis 
par Danièle Gergès

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