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Nº 2998 du vendredi 24 avril 2015

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Neshan Der Haroutiounian. L’art de poser des questions

«Si mon cœur bat aujourd’hui, c’est parce qu’il y a 1 500 000 Arméniens qui sont tombés pour que je sois là». Ces propos du présentateur vedette Neshan Der Haroutiounian expriment la profondeur de son enracinement dans le cœur du génocide arménien, qui est pour lui une question existentielle.

Dans sa mémoire d’enfant, les contes et les histoires qu’il lisait n’avaient jamais de dénouement heureux. «Depuis que j’étais tout petit, je connaissais tous mes voisins libanais qui n’étaient pas d’origine arménienne. Ils lisaient des histoires différentes des miennes, peuplées de héros qui ne meurent jamais et qui avait toujours une fin heureuse. Nous les Arméniens, nos histoires n’étaient pas pareilles. Elles étaient sanguinaires et le héros mourait toujours».
Lorsqu’il revient sur le patrimoine littéraire arménien, il constate que les plus beaux textes ont été écrits par des personnes mortes en 1915. Dans sa tête d’enfant, Neshan Der Haroutiounian assimilait l’expression «tombé martyr» à un décès normal. «Je ne voyais pas la différence qui existait entre les deux. Ils étaient tous très jeunes, 19, 22, 26 ans et le plus âgé avait 32 ans».
Sa profonde connaissance de la langue arabe et sa vaste culture, Neshan Der Haroutiounian les doit à sa mère. «Elle refusait que l’on se moque de nous à cause de notre accent arménien». Depuis la classe de neuvième, sa mère lui interdisait de regarder la télévision. A la place, toutes les soirées étaient consacrées à la traduction des textes arméniens qu’il lisait dans la journée à l’école. Elève brillant, toujours premier, il se décrit lui-même comme le «nerd» de la classe. Son but ultime était de se surpasser. «Je pense que cela vient de mes origines arméniennes. Je crois dans la conscience collective». Pour Neshan, se surpasser était un devoir. «Aujourd’hui, je sais pourquoi j’avais ce sentiment. Je crois que les Libanais d’origine arménienne doivent être une source de lumière pour les autres».
A la fin de ses études scolaires, il est accepté dans trois matières, mais opte finalement pour la biologie. «Je n’avais aucune préférence particulière et étudier ne me faisait pas peur. La seule chose qui m’attirait vraiment était la télévision. Mes parents ne m’ont pas encouragé et mon nom représentait à lui seul un handicap».
Pourtant, le jeune homme ne renonce pas facilement. Plus de cinq fois, il est refusé par la LBC, Future TV, Télé Lumière, ICN, CVN, Télé Liban, Sigma et MTV. A chaque refus, il rentrait à la maison souriant, et devant l’air interrogateur de son père, il répondait: «J’ai été refusé, mais un jour viendra où ils voudront tous travailler avec moi».
Après l’obtention de son diplôme en biologie, au cours d’un stage à Dubaï, il est recruté parmi 431 candidats par Zee Arabia pour présenter une émission. «Le 1er septembre 1994, j’ai présenté le premier épisode. Le jour même, j’ai appris le décès de mon père. Je suis remonté directement sur scène, j’ai continué l’émission. Je me suis accroché à mon rêve».
En 1996, Neshan Der Haroutiounian réalise qu’il fallait commencer par le Liban. Il se présente à l’émission Studio el-fann. Lorsque Simon Asmar lui demande ce qu’il venait faire, la réponse de Neshan fuse: «Je viens prendre une médaille en or». Il obtient sa médaille en or et se heurte toujours à Simon Asmar qui lui assène: «Tu n’es pas beau. La télevision aime les gens beaux. Tu serais mieux à la radio». S’il ne pouvait pas changer son aspect physique, il pouvait au moins améliorer sa culture et ses connaissances. Il ne baisse pas les bras et, depuis 21 ans, il accumule succès après succès. Lorsqu’en 2009 Neshan reçoit Simon Asmar dans l’une de ses émissions et lui demande s’il avait commis des erreurs de jugement dans sa vie, le metteur en scène lui répond: «Oui et tu en fais partie».
Ni la gloire ni les projecteurs n’ont réussi à changer Neshan, resté un homme d’une grande simplicité, modeste et courtois. «Je suis resté le même». Optimiste de nature, il cherche l’aspect positif dans chaque situation négative. De chaque personne qu’il a rencontrée, il a appris et retenu quelque chose.
Durant sa carrière, il a rencontré une large panoplie de personnes et avec tout le monde, il se comporte de la même manière professionnelle et courtoise. «Ce qu’il y a de plus beau dans ce que je fais, c’est poser des questions». Il sait parfaitement que rien ne dure. Les feux des projecteurs s’éteindront un jour. Mais en prévision de ce jour, Neshan emmagasine cette lumière, pour que le jour où elle disparaîtra, il pourra diffuser lui-même sa propre lumière.

Joëlle Seif

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