Magazine Le Mensuel

Nº 3021 du vendredi 2 octobre 2015

Musique

Souad Massi au Music Hall. Le bonheur de chanter

Elle chante l’émotion. Elle exprime la révolte avec sa douceur de grande brunette exilée. Elle remue les foules par sa sincérité. Mais, surtout, offre à son public une voix et une prestation impeccables, fusion parfaite des deux cultures, orientale et occidentale, qui ont fait de Souad Massi une star de la scène musicale internationale.
 

Elle a le bonheur de chanter et le charisme de le partager. En jean et blazer noir, cheveux attachés en queue de cheval juvénile, elle prend sa guitare et, avec, tout son public.
Sa voix puissante, tout à la fois rauque et brisée, décline la tendresse, la mélancolie de l’Algérienne qui a osé défier le pouvoir islamiste en jouant du rock et sans voile. Elle chante en berbère (qu’elle est) des vers connus, de la poésie arabe, mais aussi, en rockeuse accomplie, fait vibrer et danser son public (aussi en français et en anglais) comme elle vient de le faire en Suède et Norvège, juste avant de se reproduire au Liban.
Souad Massi se reconnaît comme chanteuse engagée. La jeune mère de deux enfants s’est établie en France depuis seize ans après plusieurs menaces de mort à Alger où elle a grandi. Depuis, elle utilise son merveilleux instrument, sa voix ténue, aux profondes inclinaisons, pour porter haut la liberté. Pas une fausse note quand elle scande: «Le peuple veut la liberté»  ou «Toi, le dictateur injuste… amoureux du sang». Rebelle, elle chante le destin, le temps, le pays avec toute la sensibilité de ses montagnes kabyles enchâssées dans son Algérie natale.
Puis, avec beaucoup d’aisance, entourée de quatre musiciens versatiles, elle change de guitare et de registre pour lever la salle avec un répertoire rock, folk, reggae, du calibre de celui dont elle jouait adolescente dans son garage familial. De Raoui, son premier grand succès à son come-back avec son dernier album El-Moutakallimoun, celle qu’on appelle la Joan Baez de la chanson arabe ravive admirablement les poètes de l’Andalousie avec des sonorités occidentales pop et modernes (elle chante avec le Chœur de Cordoue).
Une soirée tout en vibrations qui, sous la lune beyrouthine ce soir de septembre, a transformé les larmes, blessures et douleurs chantées en gerbes musicales flamboyantes.

Gisèle Kayata Eid

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