Magazine Le Mensuel

Nº 3050 du vendredi 22 avril 2016

Diaspora

Elias Khoury. S’engager oui, s’essouffler jamais

Ses romans sur Beyrouth et la société libanaise sont traduits en plusieurs langues. Ses personnages, son style et ses citations bouleversent notre vision sur l’histoire de notre pays. Elias Khoury a reçu la Mahmoud Darwish Award for Creativity 2016, qu’il a dédiée à la Birzeit University.
 

Cette année, le prix créé en hommage à Mahmoud Darwiche a été remis à trois auteurs en Jordanie: le poète palestinien Ghassan Zaqtan, né près de Bethléem, qui a déjà vécu en Jordanie, en Syrie, au Liban et en Tunisie; la romancière américaine Alice Walker, lauréate du prix Pulitzer, célèbre pour son roman The color purple, et le Libanais Elias Khoury. Chacun des trois lauréats a reçu 25 000 dollars. La somme obtenue par Khoury a été directement remise à l’université palestinienne Birzeit, à Ramallah. Le président de l’établissement universitaire rappelle pour l’occasion que, tout au long de sa carrière, Khoury «a fait des contributions littéraires considérables pour la lutte de la libération de la Palestine». «Ce don généreux, poursuit-il, est juste un exemple de plus de son leadership (de Khoury, ndlr) dans les domaines éducatifs et intellectuels et son dévouement à la cause palestinienne».
Elias Khoury a reçu ce prix simultanément avec la parution, en anglais, de son livre Broken mirrors: Sinalcol, aux éditions Archipelago. Bien accueilli par la critique américaine et traduit de l’arabe, le livre est déjà paru en France sous le titre: Sinalcol, le miroir brisé. On y découvre comment Karim Chammas, médecin vivant en France, revient au Liban pour accomplir une mission que son frère Nassim lui a confiée. Il compte construire un hôpital, juste après la mort, dans des circonstances suspectes, de son père. Mais ce qui se passe au Liban conduit ce dermatologue à retourner en France, à peine six mois après son arrivée. La raison: il a appris tant de choses sur l’histoire de sa famille qui l’ont bouleversé. Le projet d’hôpital est tombé à l’eau. Quant à ses deux aventures amoureuses, elles ont tourné court. De plus, ses anciens camarades de la gauche laïque ont été séduits par l’islamisme. Dans le roman également, des événements et des faits de la guerre libanaise. Certains lecteurs américains ont salué ce regard enrichissant sur des épisodes dont ils ont entendu parler, mais qu’ils n’ont jamais bien compris. Une guerre sans fin oui, mais analysée dans un style captivant.
Elias Khoury est né à Beyrouth en 1948. Il a été rédacteur en chef de la Revue d’études palestiniennes (édition arabe) et du journal al-Mulhaq, supplément hebdomadaire du quotidien libanais an-Nahar. Il est l’auteur de treize romans, quatre volumes de critique littéraire et trois pièces de théâtre. Son livre Porte du soleil a été nommé «meilleur livre de l’année» par Le Monde diplomatique, The Christian Science Monitor et le San Francisco Chronicle, et «livre notable» par The New York Times. Khoury est actuellement professeur émérite d’études arabes à l’Université de New York.

 

Au Parlement européen
Remise du prix Elissa-Didon
C’est en présence de Maha el-Khalil Chalabi, ambassadrice de bonne volonté de l’Unesco, de plusieurs personnalités venant de différents pays et d’une quinzaine de parlementaires que le prix Elissa-Didon a été décerné, pour la deuxième année consécutive. Il a été remis par l’Association internationale pour la sauvegarde de Tyr à deux personnalités féminines du nord et du sud du Bassin méditerranéen, reliant les deux rives de la mer Phénicienne, comme le veut la tradition. Les deux femmes distinguées sont la députée Teofila Martinez Saiz, ancienne maire de Cadix, en Espagne, qui œuvre en faveur de la culture et de la mise en valeur du patrimoine phénicien dans sa ville, et Khadija el-Salami, cinéaste yéménite qui lutte en faveur des droits des filles mineures. On lui doit plus de vingt-cinq documentaires pour différentes chaînes de télévision et Les larmes de Sheba, racontant sa vie au Yémen.
Ce prix est le résultat d’une collaboration entre la Fondation Tyr, en partenariat avec le réseau Med 21 et le prix Didon d’or de Tunisie.

Pauline Mouhanna
 

 

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