Magazine Le Mensuel

Nº 2892 du vendredi 12 avril 2013

Festival

9e édition de Bipod. Le corps en toute liberté

Maqamat Dance Theater, en partenariat avec Beiteddine Art Festival, vient de lancer la 9e édition de Bipod, Beirut International Paltform of Dance, qui se poursuit jusqu’au 26 avril, au théâtre al-Madina. Une programmation intense et riche.

Le coup d’envoi de la 9e édition de Bipod a été donné hier, 11 avril, avec la présentation au théâtre al-Madina de la première performance prévue au programme, Clear Tears / Troubled Waters de la compagnie belge Thor fondée par Thierry Smiths. Comme chaque année, depuis 2004, le rendez-vous se renouvelle avec les amateurs de danse contemporaine et tout le public libanais. Une nouvelle fois, Bipod tient sa promesse de présenter au public une série de performances menées par des artistes internationaux de renom, de jeunes talents émergents et des compagnies largement saluées de par le monde, venus de Belgique, du Liban, du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Espagne, de France et des Etats-Unis, afin de développer la scène de danse contemporaine au Liban. Comme d’habitude, Bipod ne propose pas un programme divertissant, parce qu’après tout, comme l’explique Omar Rajeh, le fondateur de Maqamat, «le but n’est pas de divertir le public, mais plutôt de parler de notre vie quotidienne, d’en éclairer certains aspects, afin de pousser le public à se poser des questions».
Dans le cadre de Bipod, Maqamat organise également la 3e édition de Leymoun – Arab Dance Platform, qui permettra à 22 danseurs et chorégraphes du Liban, de Syrie, d’Iraq, d’Egypte et du Maroc de présenter leurs dernières créations, de participer à des tables rondes et des discussions en présence d’artistes et professionnels internationaux, dans l’espoir d’établir des résidences d’artistes, des collaborations et des coproductions. Cette année, Leymoun, axée sur les danseurs et chorégraphes syriens, se concentrera moins sur les performances en tant que telles, que sur le travail en progrès, les propositions pour de nouvelles créations et les présentations de studio qui auront lieu le 14 et 15 avril, au théâtre Babel, précédés chaque matin d’une table ronde au théâtre Madina, autour du sujet de la relation entre les créations artistiques et les conflits politiques et sociaux.
www.maqamat.org

Le programme
Samedi 13, 20h30
That part of heaven (Liban)
Dans sa dernière chorégraphie, Omar Rajeh et l’équipe de Maqamat Dance Theater se penchent sur les séquelles de la guerre libanaise sur nos corps et la manière dont ces derniers se meuvent dans notre vie quotidienne. Des corps désarticulés, démembrés, dérangés. Retour à l’instinct premier, à l’instinct animal. Sur scène, cinq femmes, survivantes de la guerre civile, se débattent avec leurs anciennes croyances, leurs désillusions, leurs pertes, leur insécurité, leurs insomnies, leur colère, leur peur… Une scène comme miroir de notre propre corps.

Dimanche 14, 20h30
Danas – Mawt sagheer, first movement (Liban)
Originellement créée avec Emilie Thomas, mais interprétée aujourd’hui avec Mia Habis, dans le cadre de Leymoun, Danas est la seconde chorégraphie signée Ali Chahrour, membre de Maqamat Dance Theatre. Cette création expose des corps dépouillés, des corps en mouvement à la recherche d’une motivation, quelle qu’elle soit, une quête instinctive pour un sens ou une réalité disparue… Danas habite les moments intimes d’un corps enterré, décapité à la naissance et ignoré par l’histoire.

Lundi 15, 20h30
Rêv’illusion (Maroc)
A travers ce travail en création dans le cadre de Leymoun, le danseur et chorégraphe Taoufiq Izeddiou, qui a fondé, avec Bouchra Ouizguen et Sait Ait el-Moumen, Anania, la première compagnie de danse contemporaine au Maroc, rend hommage à la danse, parce que, dit-il, «j’ai envie de danser, faire danser tout le monde…». Rêv’illusion ou quand la révolution corporelle contrôle la conscience. Un appel à la liberté d’expression après le Printemps arabe.

Mardi 16, 20h30
Heavens what have I done (Etats-Unis)
Dans ce solo, l’artiste de danse et de musique basé à Brooklyn, Miguel Gutierrez, livre un monologue décousu et comique qui donne naissance à une danse audacieuse et féroce, accompagnée d’un enregistrement magistral de Cecilia Bartoli. Heavens what have I done aspire l’audience dans le processus de création du spectacle tout en répondant aux enjeux des pratiques artistiques. De ruminations sur l’enseignement et le voyage à l’hypocrisie d’un monde instable, Gutierrez révèle les rêves et les désirs d’une nature plus personnelle et turbulente qu’on ne le croit.

Jeudi 18, 20h30
The Roots (France)
Le directeur du Centre chorégraphique national de la Rochelle Poitou-Charentes, Kader Attou, issu du hip-hop, présente, au sein de sa compagnie Accrorap, son dernier projet. The Roots est avant tout une aventure humaine, un voyage mené par onze exceptionnels danseurs de hip-hop. Chapitre après chapitre, la performance se transforme, s’ouvre à de nouveaux horizons et emmène le spectateur ailleurs. De simples éléments ordinaires: une table, un disque vinyle crépitant sur un plateau tournant, des souvenirs d’enfance, une musique qui joue un rôle crucial: Brahms, Beethoven, électro… toutes ces mélodies ouvrent la porte à une humanité dansante.

Samedi 20, 20h30
I’m not the only one Part II (Allemagne)
Dans son travail et au cœur de sa compagnie, Constanza Macras examine les développements sociaux, politiques et culturels qu’elle traduit en des pièces emmêlant texte, vidéo, danse et son. I’m not the only one explore le choc des cultures et les raisons qui poussent tout un chacun à quitter son chez-soi, en s’inspirant des motivations personnelles des membres de son ensemble DorkyPark, danseurs, musiciens, acteurs et artistes de différentes disciplines, pays et âges. Et on se retrouve face à cette question: qu’est-ce qu’un chez-soi et où se trouve-t-il?

Dimanche 21
Depuis plus de vingt ans, le danseur Jonathan Burrows et le musicien et compositeur Matteo Fargion collaborent ensemble à la création de duos qui combinent la formalité de la composition musicale à une approche ouverte et radicale du spectacle et du spectateur, à travers des éléments simples et non spectaculaires. (Royaume-Uni).
19h: Cheap Lecture and the cow piece
Cette conversation structurée sur la conférence Lecture on nothing de John Cage est en même temps un hommage et un questionnement sur un mode de pensée qui sous-tend tellement de spectacles et de performances de danse tout au long des trente dernières années.
21h: Speaking dance
Dans ce 3e de leur série de duos, ils continuent d’explorer la manière dont est perçue la relation entre musique et danse et la frontière perméable mais fragile entre ces deux mondes.

Vendredi 26, 20h30
Russia (Espagne)
Le chorégraphe de renommée internationale, Marcos Morau, et sa compagnie La Veronal, ont produit plusieurs spectacles portant tous le nom d’une ville ou d’un pays, qu’ils prennent comme point de départ afin de créer une analogie entre danse et topographie. Russia est une image en mouvement, un voyage au lac Baïkal, le lac le plus profond au monde situé au sud de la Sibérie, qui met les protagonistes face à une route plongeant en pleine forêt. Russia est la représentation géographique de la peur.

Billets en vente à la Librairie Antoine: 20000 L.L. – 30000 L.L. – 40000 L.L. – (15000 L.L. étudiants) – Festival pass: 100 dollars.
 

Nayla Rached

 

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