Magazine Le Mensuel

Nº 2909 du vendredi 9 août 2013

Affaire Déclassée

De Jogashima à la Békaa. Histoire de l’Armée rouge japonaise

En février 1997, après l’arrestation de cinq membres d’une organisation d’extrême gauche japonaise qui vivaient, depuis plusieurs années, clandestinement, dans la plaine de la Békaa, s’ouvrait le procès des membres présumés de l’Armée rouge japonaise. Le gouvernement japonais s’est empressé de demander aux autorités libanaises leur extradition. Mais faute d’une convention d’extradition entre le Japon et le Liban, l’affaire traîne.

Le 28 août 1969, la faction Armée rouge naît au cours d’un rassemblement à l’auberge de jeunesse de Jogashima. En 1970, elle s’engage au Moyen-Orient. La fondatrice du mouvement, Fusako Shigenobu, est arrêtée quelque temps avant d’être relâchée en 1971, date à laquelle elle arrive au Liban et prend la tête de la branche libanaise constituée au courant de cette même année. Le groupe trouvera un appui auprès du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP, de Georges Habache). La période d’activité de l’Armée rouge japonaise s’étendra principalement de 1970 à 1977. Dans les années 1970 et 1980, l’organisation mène un très grand nombre d’opérations: attentats contre des aéroports et détournements d’avions dans le monde.
A partir des années 1980, faute de soutien, le mouvement renonce à la lutte armée et s’engage dans la propagande. Cependant, ses membres continuent de s’entraîner militairement au Liban. En 1982, lors de l’invasion israélienne du Liban, l’Armée rouge n’a plus de bases à Beyrouth et se retire dans la Békaa, où elle poursuit des activités limitées. Avec l’aide logistique du Front populaire de libération de la Palestine, le mouvement prépare plusieurs opérations. Dans les années 1990, le mouvement semble sommeiller et certains de ses membres, ayant senti le vent tourner au Liban, ont mis le cap sur l’Asie, surtout sur la Corée du Nord et l’Amérique latine.

Kozo Okamoto
Début 1997, cinq de ses membres sont arrêtés dans la Békaa. L’un d’entre eux, Kozo Okamoto, 49 ans, était condamné à la prison à vie en Israël pour l’attentat contre l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, en 1972, qui fit 26 morts et plus de 80 blessés. Okamoto est libéré en 1985 dans le cadre d’un échange de prisonniers entre Israël et les Palestiniens. Arrêté en 1997 au Liban, il est détenu pendant trois ans avec quatre autres de ses camarades. Après la demande d’extradition adressée par le Japon, leur cas est resté à l’étude. Mais le procureur général auprès de la Cour de cassation a recommandé de ne pas donner suite à la requête japonaise. Les quatre compagnons d’Okamoto sont relâchés et dirigés vers la Jordanie qui leur impose de quitter le pays. La police japonaise les arrête dès leur retour à Tokyo. Les autorités libanaises ont donné asile à Okamato qui s’est converti à l’islam et avait combattu contre Israël.
La fondatrice de l’organisation, Fusako Shigenobu, est arrêtée en novembre 2000 à Osaka. Le 14 avril 2001, elle annonce la dissolution de l’Armée rouge japonaise. Elle est accusée d’avoir orchestré les attaques, les enlèvements et les détournements d’avions. Elle a aidé à la planification de l’attentat de l’aéroport de Tel-Aviv. En février 2006, la justice japonaise la condamne à vingt ans de prison. L’affaire est close.

Arlette Kassas
 

Nihon Sekigun
L’Armée rouge japonaise est un groupe armé d’extrême gauche issu de la Nouvelle gauche et fondé par Fusako Shigenobu en février 1971, après s’être séparé de la Ligue communiste japonaise – Faction Armée rouge. A son apogée, le groupe comptait environ quarante membres et une centaine de sympathisants. Ses objectifs étaient de renverser le gouvernement japonais et sa monarchie parlementaire et de lancer une révolution mondiale. L’organisation avait des liens étroits avec le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Dans les années 1980, elle n’était plus active au Japon et était presque entièrement dépendante du FPLP pour son financement, son entraînement et son armement. Elle est placée sur la liste officielle des organisations terroristes des Etats-Unis.

 

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